Avec ses courriels, Hillary Clinton a-t-elle violé la loi fédérale américaine?

Publié le par Le Figaro par Anne-Laure Frémont

Avec ses courriels, Hillary Clinton a-t-elle violé la loi fédérale américaine?

Selon le New York Times, l'ancienne secrétaire d'Etat américain a travaillé à partir de son adresse électronique personnelle pendant les quatre années qu'elle a passées à ce poste, sous le premier mandat de Barack Obama.

Hillary Clinton, en 2011

Hillary Clinton, en 2011

Certains s'empressent déjà de crier au scandale, alors qu'Hillary Clinton entretient toujours le suspense sur sa candidature aux primaires démocrates pour la présidentielle américaine de 2016. Le quotidien The New York Times révèle que l'ancienne secrétaire d'État, en poste de 2009 à 2013, utilisait à l'époque exclusivement son adresse électronique personnelle pour l'envoi de ses messages professionnels. «Ses assistants n'ont pris aucune mesure, à l'époque, pour faire protéger ses courriels personnels sur les serveurs du département d'Etat comme l'impose la loi fédérale sur les archives», assure le journal.

Or la correspondance des secrétaires d'État doit être conservée en archives, qui pourront ensuite être exploitées par les historiens, les journalistes ou les membres du Congrès. Il y a quelques mois donc, pour se plier à un nouvel effort du département d'État de se conformer aux pratiques d'archivages des dossiers fédéraux, les conseillers de Clinton ont ainsi passé en revue des dizaines de milliers de courriels provenant de sa boîte personnelle, pour en transférer quelque 55.000 pages aux services de la diplomatie américaine.

«La transparence compte», clame Jeb Bush

Un porte-parole de l'ancienne secrétaire d'État, Nick Merrill, a déclaré au New York Times que cette dernière s'était toujours «conformée à la lettre et à l'esprit des lois». Des analystes cités par le journal jugent toutefois ces informations «alarmantes». Car plusieurs questions se posent, notamment en matière de sécurité, étant donné que son compte personnel était sans doute beaucoup moins sécurisé que celui de l'administration américaine. De plus, certains observateurs s'interrogent sur les raisons d'un tel choix: cherchait-elle sciemment à contourner les règles de transparence? Et pourquoi les conseillers de Clinton n'ont-ils pas envoyé l'intégralité des messages de l'ancienne secrétaire d'État? Son adversaire hypothétique à la présidentielle, le républicain Jeb Bush, s'est engouffré dans la polémique, rappelant sur twitter que «la transparence importe», et qu'il a lui-même rendu public des milliers de courriels envoyés quand il était gouverneur de Floride:

Joints par le Business Insider, d'anciens officiels ont assuré que l'utilisation par Hillary Clinton de sa boîte personnelle n'était un secret pour personne. Elle utilisait cette adresse - plus sécurisée que celle d'un internaute lambda - venant d'un nom de domaine personnalisé, «clintonemail.com», et s'en servait aussi pour communiquer avec ses amis et sa famille. Ce qui expliquerait pourquoi elle n'a pas transféré tous ses courriels aux archives. Clinton aurait choisi de n'utiliser que son compte personnel par souci d'efficacité, car à l'époque, le département d'État ne l'aurait pas autorisée à avoir plusieurs adresses électroniques sur son smartphone professionnel.

Si ses détracteurs semblent vouloir monter l'affaire en épingle, Hillary Clinton a-t-elle vraiment violé la loi fédérale, comme le suggère le New York Times? «Oui et non, explique au Figaro Thomas S. Blanton, directeur de la National Security Archive, association qui plaide pour la transparence gouvernemental. ‘Oui', parce que depuis le début des années 1990, le principe de l'archivage des correspondances des hauts responsables américains est acquis. Mais d'un autre côté, la régulation actuelle sur l'obligation d'utiliser sa boîte professionnelle, dictée par la National Archives and Records Administration, ne date que d'août 2013, soit quelques mois après qu'Hillary Clinton a quitté son poste. En fait, John Kerry est le premier secrétaire d'Etat à utiliser uniquement le compte 'state.gouv' pour sa correspondance professionnelle.»

Même si elle a eu tort sur le principe, la potentielle candidate démocrate à la présidentielle de 2016 n'a donc rien fait d'illégal, estime Thomas Blanton, qui rappelle qu'elle a en outre accepté sans contrainte de partager ses courriels avec le département d'Etat, alors qu'il faut souvent que la justice s'en mêle pour obtenir ce genre de coopération. «Le plus gros problème dans cette histoire, selon lui, c'est la question de la sécurité: comment Clinton a-t-elle pu utiliser un compte personnel quand on sait que Barack Obama utilise un Blackberry crypté hautement sécurisé?»

Publié dans Articles de Presse

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