Claude Bouyer a connu la résistance et, hélas, la Gestapo

Publié le par Ouest France

Claude Bouyer a connu la résistance et, hélas, la Gestapo
Juliette et Claude Bouyer, 189 ans à eux deux, ont fêté l'été dernier leurs noces de platine

Juliette et Claude Bouyer, 189 ans à eux deux, ont fêté l'été dernier leurs noces de platine

Témoignage

Claude Bouyer est discret, comme cette « armée des ombres » qu'il a rejointe sous l'Occupation. Le Port-Saint-Périn fut arrêté plusieurs fois et frappé, mais finalement, libéré sans avoir pipé mot.

Claude Bouyer est arrivé en 1936 à Port-Saint-Père, rue de Briord. Là, il a rencontré Juliette, qu'il a épousée juste après la Libération. Il raconte son arrestation. « On était en juin 1943, se souvient ce médaillé de la Déportation et de l'internement. Ils ont déboulé aux Chantiers de Bretagne où je travaillais comme comptable. Ils m'ont embarqué manu militari. J'ai dû être dénoncé... »

Un journal de la résistance dans son tiroir

Les militaires l'ont ensuite emmené au siège de la Gestapo, place Louis-XVI, à Nantes. « En descendant dans la cave, on a vu que quelqu'un s'était pendu dans sa cellule. On a changé de pièce. Le médecin-major m'a fait baisser mon pantalon et a constaté que je n'étais pas juif. J'ai été interrogé pendant deux jours. Les coups pleuvaient drus. »

Claude Bouyer est relâché mais entre-temps, les nazis ont perquisitionné sa maison, avenue de l'Ouest. « Ils ont trouvé un journal de la résistance dans mon tiroir... J'ai été réembarqué le 28 juin, direction La Fayette (il s'agit de la prison La Fayette, aujourd'hui désaffectée, près de l'ancien palais de justice, à Nantes). « J'ai été conduit dans une salle, en bas. On était quatre dans une pièce de 4 m x 3 m, siège à la turque, juste un robinet. Les coups de pieds succédaient aux coups de poings, pour savoir qui m'avait donné le journal. »

Claude Bouyer est condamné à 9 mois de prison. « Je devais être libéré en principe à la fin de l'année 43. Je suis sorti en fait un peu avant... sans doute pour faire de la place aux autres ».

Plusieurs autres résistants ont témoigné de la présence de Claude Bouyer. Comme Charles Viau : « Membre du réseau Buck Master, je certifie sur l'honneur avoir été détenu à la prison de La Fayette en même temps que Claude Bouyer qui avait été arrêté par la Gestapo pour actes de résistance : propagande, distribution de tracts et journaux ». Ou comme Jules Ponceau : « Capitaine FFI, membre du réseau Ker et Libération vengeance, et du mouvement Libération Nord, de 1942 à 1945, je certifie que Claude Bouyer a appartenu à mon mouvement du 3 janvier 1942 au 28 juin 1943, date de son arrestation. Durant cette période, il a pris une action active à la propagande, distribution de tracts, journaux, etc., pendant toute l'Occupation ».

Une lettre du grand Charles

Quelques années plus tard en 1951, Claude Bouyer reçoit une lettre personnelle du général de Gaulle qui bat le rappel de ses anciens compagnons d'armes, les résistants, en vue de remporter les législatives. La lettre, qu'il a conservée, commence ainsi : « Mon cher Compagnon, dans le grand combat que nous menons ensemble pour la France, nous voici à la veille de l'occasion décisive [...]. Je demanderai aux Françaises et aux Français de l'acquérir et de me l'envoyer massivement en y portant leur adhésion ou leurs suggestions... Veuillez croire, mon cher Compagnon, à mes sentiments bien cordialement dévoués. Signé : Charles de Gaulle ».

Son père, arrêté aussi

Son père, Eugène Bouyer est aussi arrêté et torturé par la Gestapo. Personnalité nantaise, il a figuré sur la liste des otages susceptibles d'être fusillés à tout moment en cas de représailles. Le 3 mai 1941, il reçoit notamment un courrier : « Comme vous le savez, dix de nos concitoyens sont chaque jour les garants du maintien de l'ordre dans la Cité. Vous avez été désigné parmi les personnes chargées d'assurer cette mission... le jeudi 8 mai, à partir de 18 h 30, pendant la période de 24 heures... Veuillez vous tenir à la disposition de l'autorité occupante... ».

Et son frère Jacques

Beaucoup plus tragique est la destinée de son unique frère, né le 15 novembre 1917. Jacques meurt lors des tristement célèbres « marches de la mort », de Buchenwald à Flossenbürg ; il est exécuté d'une balle dans la tête par les Allemands fuyant l'avance américaine. « À une heure près, il avait la vie sauve ! », rapporte Claude Bouyer.

Témoin de ce drame, Georges Bouvron, compagnon d'infortune, atteste le 10 août 1946 : « Je certifie que Jacques Bouyer demeurant à Nantes (Loire-Inférieure) a vécu avec moi durant ma captivité, depuis l'internement à la prison de Nantes (mars 1944). Et qu'il a été assassiné par les troupes SS pendant l'évacuation du camp de Flossenbürg, sur la route de Cham (frontière tchécoslovaque), le 22 avril 1945, vers les 16 h ».

Publié dans Articles de Presse

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