Germaine Tillion : 100 ans de résistance

Publié le par Conseil Régional d'Ile de France par Rouja Lazarova

Germaine Tillion : 100 ans de résistance

Portrait de l’ethnologue et historienne qui entre au Panthéon ce 27 mai avec trois autres grandes figures de la Résistance : Geneviève de Gaulle- Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay.

Germaine Tillion chez elle à Saint-Mandé, le 6 janvier 1972

Germaine Tillion chez elle à Saint-Mandé, le 6 janvier 1972

Née le 30 mai 1907 à Allègre, en Haute-Loire, dans une famille de républicains fervents et érudits, Germaine Tillion grandit parmi les livres. « Lorsque, petite, elle demande à ses parents si une fille peut devenir archéologue, ils lui répondent par l’affirmative sans hésiter ! Ils cultivent en elle l’esprit d’ouverture et la liberté de penser », explique Erik Guignard, ethnologue, ami proche de Germaine Tillion et membre du conseil d’administration de l’association qui porte son nom.

Les premiers pas de l'ethnologue

En 1922, la famille s’installe à Saint-Maur-des-Fossés (94). La jeune femme étudie la préhistoire, l’histoire de l’art, le folklore celtique, et finit par trouver sa voie à l’Institut d’ethnologie de l’université de Paris, avec Marcel Mauss. Le père de l’ethnographie française devient son directeur de thèse. En 1934, elle conduit une mission de recherche dans les Aurès, un massif montagneux de l’est algérien, auprès des tribus berbères seminomades chaouïas. La jeune femme n’a pas froid aux yeux. « Lorsqu’elle arrive dans les montagnes sur son cheval, les Berbères sont sidérés, relate Erik Guignard en souriant. Elle, de son côté, accepte la simplicité de leur vie et la complexité de leur culture, et se met à travailler sur sa thèse. »

De la Résistance à la déportation

Le 17 juin 1940, à peine rentrée de sa mission, elle entend à la radio l’allocution du maréchal Pétain annonçant la capitulation de la France. Profondément bouleversée, elle décide d’agir et entre dans la Résistance. Avec quelques amis, elle fonde le Réseau du musée de l’Homme. Le groupe collecte des informations qu’il transmet à Londres, organise les évasions et les planques de soldats, fabrique de faux papiers, diffuse des appels au combat. Trahie par un agent double, l’abbé Robert Alesch, Germaine Tillion est arrêtée en août 1942 et emprisonnée. Elle sera ensuite déportée à Ravensbrück, en Allemagne, dans le même camp de concentration que Geneviève de Gaulle, dont elle deviendra l’amie. Sa mère y sera gazée début 1945…

L'ethologue des camps

Malgré les conditions de vie inhumaines, Germaine Tillion interroge ses codétenues, étudie la structure et le fonctionnement du camp. Une façon pour elle de poursuivre son combat et de résister. « Comprendre ce qui vous écrase est en quelque sorte le dominer », écrit-elle. Elle crée également une opérette-revue, Le Verfügbar aux Enfers, décrivant sur un mode ironique le quotidien terrible des détenues. « Pouvoir rire dans des circonstances aussi tragiques était un gage de survie », note Erik Guignard. Libérée en avril 1945, et en dépit de son épuisement, Germaine Tillion commence à travailler sur Ravensbrück, un ouvrage analysant l’univers concentrationnaire nazi. Puis, en 1949, elle enquête sur l’existence de camps de concentration en URSS, à la demande de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance.

L'engagement en Algérie

Fin 1954, elle est chargée par le gouvernement d’une mission d’information en Algérie. Elle y découvre une population paupérisée, entassée dans des bidonvilles, illettrée. La « savante » redevient « militante », selon le philosophe Tzvetan Todorov, auteur du Siècle de Germaine Tillion. Elle engage la création des Centres sociaux, lieux d’éducation, d’aide médicale et administrative, ouverts à tous, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. Entre-temps, la guerre d’Algérie éclate. Aux attentats perpétrés par les partisans de l’indépendance succèdent les exécutions et la torture pratiquées par l’armée française. Cette réalité est insupportable à la rescapée des camps nazis qui s’emploie à convaincre les deux parties de négocier.

Photos : les quatre résistants entrant au Panthéon le 27 mai (de g. à dr. de haut en bas) : Geneviève de Gaulle- Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brossolette

Photos : les quatre résistants entrant au Panthéon le 27 mai (de g. à dr. de haut en bas) : Geneviève de Gaulle- Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brossolette

La cause des femmes

En 2013, la Région et l’institut Viavoice interrogeaient les Franciliens pour connaître les personnalités incarnant le mieux le savoir. Marie Curie arrivait en tête, suivie de Louis Pasteur et Françoise Dolto. Germaine Tillion se classait 9e, devant Rémi Mathis. Découvrez le palmarès complet.

À partir de 1962, Germaine Tillion se consacre entièrement à l’enseignement et à ses étudiants, ainsi qu’à ses recherches sur le terrain. Erik Guignard l’accompagne dans ses voyages au Sahara. « Sous la tente des Touareg, elle était comme chez elle. Elle aimait partager ses confitures et ses médicaments. Elle écoutait beaucoup, sans trop questionner, prenait des notes, adorait les anecdotes », se souvient-il. Retraitée en 1974, Germaine Tillion continue à militer pour les causes qui lui sont chères, notamment les droits des femmes, car « l’immense monde féminin reste, à bien des égards, une colonie ». Elle prend position pour les sans-papiers en France, pour la paix entre Israël et la Palestine. En 2004, elle se dresse contre la torture en Irak. Et poursuit l’édition et la réédition de ses travaux. « Germaine Tillion est restée longtemps inconnue du grand public. Sans ambition personnelle, elle pensait, de toutes ses forces, que la justice et la vérité comptaient plus que n’importe quel intérêt politique », résume Erik Guignard.

Dates clés.

30 mai 1907 : naissance à Allègre (Haute-Loire). 1934-1940 : recherches sur les tribus berbères chaouïas. Juin 1940 : entre dans la Résistance. 31 octobre 1943 : est déportée à Ravensbrück. Elle sera libérée en avril 1945. 1958 : devient directrice d’études à la 6e section de l’École pratique des hautes études (EHESS depuis 1975). 1966 : publication du Harem et les cousins, sur la situation des femmes au Maghreb. 1999 : reçoit la Grand-croix de la Légion d’honneur. 2000 : Il était une fois l’ethnographie, tiré de ses travaux sur les Chaouïas. 19 avril 2008 : décède à son domicile quelques jours avant son 101e anniversaire. 27 mai 2015 : entrée au Panthéon d'une urne contenant de la terre prélevée sur sa tombe , qui demeure au cimetière familial de Saint-Maur-des-Fossés.

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