Sète : Patachou avait lancé la carrière de Brassens

Publié le par Midi Libre par Marc Caillaud

Disparue à 96 ans, Patachou, de son vrai nom Henriette Ragon, avait été la première à donner sa chance à Georges Brassens en 1952.

Brassens, alias "Jo" avait 30 ans quand il croise Patachou, qui lui ouvre son cabaret sur l’insistance de Victor Laville

Brassens, alias "Jo" avait 30 ans quand il croise Patachou, qui lui ouvre son cabaret sur l’insistance de Victor Laville

De Püpchen, son "éternelle fiancée", à Jeanne, les femmes, on le sait, ont beaucoup compté dans la vie et l'œuvre de Georges Brassens. Le décès de Patachou vient rappeler le rôle prépondérant que cette chanteuse et comédienne dotée d'une forte personnalité a joué dans l'éclosion de la carrière de Brassens. Mais si cette rencontre déterminante a pu avoir lieu, c'est grâce à l'ami d'enfance sétois du poète, Victor Laville (qui habite toujours à la Corniche). En 2011, pendant "l'année Brassens", Victor Laville avait évoqué, dans les colonnes de Midi Libre, cet épisode-clé.

Ce 24 janvier 1952

C'était le 24 janvier 1952. "Jo", comme l'appelaient ses amis, avait 30 ans. De prestations peu convaincantes (la faute au satané trac) en auditions infructueuses, il "galérait". Ce jour-là, à la demande pressante de Victor Laville, journaliste à Paris Match, l'un de ses collègues avait réussi à décrocher un rendez-vous pour "Jo" chez Patachou, dont le restaurant-cabaret montmartrois était un haut lieu de la nuit parisienne. Édith Piaf y avait rodé ses tours de chants. Jacques Brel y fera aussi ses débuts.

"Jo est arrivé, transpirant à grosses gouttes, et a attaqué avec "La Mauvaise Réputation". Après quelques autres, la salle entière a applaudi." raconte Victor Laville

Patachou demande à Brassens de lui interpréter quelques chansons à la guitare. Rapidement conquise, elle lui demande : "Voulez-vous rester ?". C'est une invitation à ce qu'il se produise le plus vite possible le soir dans son cabaret. Quelques jours plus tard, Jo est de retour chez Patachou. Victor Laville est dans la salle : "Pat, comme on l'appelait, est montée sur scène pour dire que le spectacle était terminé mais que ceux qui le souhaitaient pouvaient rester écouter un garçon inconnu. Jo est arrivé, transpirant à grosses gouttes, et a attaqué avec "La Mauvaise Réputation". Après quelques autres, la salle entière a applaudi. Pat ne cessait de me répéter : “Votre copain est extraordinaire !”.

Sur le chemin du succès

En partant, elle nous a attrapés par le bras pour nous dire de revenir le lendemain vers 16 h pour le goûter. Jo lui a alors répété qu'il ne voulait pas lui-même chanter ses chansons, et qu'il cherchait des interprètes. Mais Pat l'a convaincu du contraire. En repartant, sur le pas de la porte, elle m'a pris à part en me glissant : "Dans un an, votre copain sera aussi connu que moi !". Patachou ne croyait pas si bien dire… Brassens se produira à plusieurs reprises dans son cabaret. Un soir, le bassiste de l'orchestre de la chanteuse lui propose spontanément de l'accompagner. Il s'agit de Pierre Nicolas, qui deviendra vite son fidèle accompagnateur.

Le 9 mars 1952, curieux de découvrir ce nouveau chanteur, Jacques Canetti, patron des Trois-Baudets et directeur artistique chez Philips, se rend chez Patachou. Enthousiasmé, il propose à Brassens de lui signer un contrat. Une semaine plus tard, le grand quotidien France Soir titrera : "Patachou a découvert un poète !". Elle-même enregistrera en cette fin d'année 1952 un album de chansons de Brassens. Et ils chanteront en duo "Maman, Papa".

La gouaille de Patachou s’éteint

Patachou, l’une des voix les plus gouailleuses de la chanson française d’après-guerre, qui avait tenu un célèbre cabaret parisien à Montmartre avant de se lancer elle-même sur les planches, s’est éteinte jeudi à 96 ans.

Henriette Ragon, née le 10 juin 1918 à Paris, fut d’abord dactylo puis employée d’usine, avant de prendre en 1948 la direction d’un cabaret-restaurant à Montmartre, avec son mari Jean Billon, dont elle fait rapidement un haut lieu de la nuit parisienne. « Chez Patachou » a vu débuter de nombreux artistes comme Jacques Brel ou Georges Brassens avec lequel elle a interprété "Maman, papa en duo". Hugues Aufray ou Michel Sardou se sont aussi produits dans ce haut lieu de la chanson populaire.

Soutenue par Maurice Chevalier, Patachou prend elle-même le micro, avec un répertoire de chansons réalistes (La complainte de la Butte, Gamin de Paris) ou de ritournelles légères (le Tapin tranquille, Douce Marijane).
Interprète à la voix rauque et chaude, son Bal chez Temporel est resté célèbre tout comme La Bague à Jules ou Toutes les femmes de mon mari. Elle obtient aussi de petits rôles dans French Cancan de Renoir et Napoléon de Guitry, avant d’orienter sa carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision.

En 1983, Jean-Claude Guignet lui offre son plus grand rôle, la tenancière d’hôtel de Faubourg Saint-Martin. Patachou jouera aussi dans Cible émouvante de Pierre Salvadori (1993), Les acteurs de Bertrand Blier et Pola X de Leos Carax.

Publié dans Articles de Presse

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