En cas de malheur (Arte) : quand Bardot charmait Gabin...

Publié le par Télé 7 jours par Jean-Baptiste Drouet

En cas de malheur (Arte) : quand Bardot charmait Gabin...

Dans ce drame de Claude Autant-Lara diffusé ce dimanche 7 juin 2015 à 20h45 sur Arte, Brigitte Bardot rencontre pour la première fois Jean Gabin. Retour sur un tournage qui a construit le mythe BB.

En cas de malheur (Arte) : quand Bardot charmait Gabin...

Octobre 1957. Raoul Lévy, producteur, propose à Jean Gabin le rôle de Maître André Gobillot, un ténor du barreau dans le prochain flm de Claude Autant-Lara. L’acteur est mal luné : il garde un souvenir exécrable de La Traversée de Paris, qu’il a tourné un an plus tôt avec ce réalisateur despotique. Il survole le scénario et soupire, glacial : "Eh ben, c’est du propre. Un avocat qui couche avec une gamine doublée d’une voleuse et d’une roulure." Et lorsque Lévy lui révèle que la gamine en question, une certaine Yvette Maudet, sera jouée par Brigitte Bardot, Gabin explose : "Quoi ? Cette chose qui se promène toute nue ! C’est une plaisanterie."

Mauvais débuts… Claude Autant-Lara et son producteur rament deux mois pour convaincre le vieux lion, qui finit par céder. Pas fou, l’acteur apprécie ce scénario inspiré de Simenon où une jeune délinquante devient l’amante d’un notable du barreau. Et il sait aussi que Brigitte Bardot est, à 24 ans, la comédienne à la beauté du diable dont tout le monde parle.

Bardot tétanisée

Paris, janvier 1958. Le réalisateur Claude Autant-Lara est nerveux lorsqu’il tourne sa première scène clé : celle où Yvette soulève sa jupe et exhibe son intimité pour charmer maître Gobillot. Brigitte Bardot, tétanisée à l’idée de jouer face à un monstre sacré, butte sans cesse sur son texte. Autant-Lara enrage : "Tu as deux phrases à dire ! Deux ! Ce n’est pas compliqué." Les larmes montent aux yeux de la comédienne. Jean Gabin donne sa réplique… Se tait, hésite, et lance au réalisateur : "Et fûte ! J’ai aussi oublié mon texte !" En réalité, l’acteur aux cent films connaît ses répliques par coeur. Par élégance, il fait semblant de bafouiller pour mettre à l’aise sa partenaire…

Gabin est conquis

Puis Brigitte Bardot se dénude dans un silence de mort. Debout, les mains dans les poches, Gabin est immobile et imperturbable. Mais ce n’est qu’une posture : au fond de lui, il est déjà conquis. À 54 ans, ce grand séducteur, qui a serré Marlene Dietrich dans ses bras, est toujours sensible à la beauté féminine. Face au volcan BB, il ne boude pas son plaisir. La prise achevée, il rejoint Bardot dans sa loge et lui glisse : "Mademoiselle, j’aime les femmes belles et grandes. Vous l’êtes, donc je vous aime…" Les jours suivants, il va rivaliser d’humour et de galanterie pour détendre l’actrice. Et lorsque Autant-Lara hausse le ton avec sa "petite protégée", Gabin le remet vertement à sa place : "Lâche la môme !" Sous le regard amusé de Jean Gabin, Bardot va alors passer le reste du tournage à provoquer le réalisateur. Un jour, elle drague ouvertement les techniciens. Le lendemain, elle oublie de mettre ses dessous et écarte sa jupe. Et lorsque le metteur en scène exige le silence, elle éclate de rire...

À sa sortie en salles, le 17 septembre 1958, ce drame au parfum de scandales attire plus de 3 millions de spectateurs et les éloges de la critique. Mais la sulfureuse prestation de Brigitte Bardot déchaîne les ligues de vertu qui dénoncent l’obscénité de cette "sorcière". Elle est blessée et s’en ouvre à Gabin, qui répond, d’un haussement d’épaule : "Laisse-les dire. Ils construisent ton mythe…"

Publié dans Articles de Presse

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