Décès de Jean Lacouture, journaliste et biographe des grands du XXe siècle

Publié le par France24

Décès de Jean Lacouture, journaliste et biographe des grands du XXe siècle

Le journaliste et historien français Jean Lacouture, biographe notamment du Général de Gaulle, de Léon Blum et de Champollion, est décédé jeudi à 94 ans.

Décès de Jean Lacouture, journaliste et biographe des grands du XXe siècle

L'écrivain et journaliste Jean Lacouture, mort jeudi 16 juillet à l'âge de 94 ans, a associé son nom aux grands personnages du XXe siècle, auxquels il a consacré des biographies monumentales, révélatrices d'une fascination pour le pouvoir qui a parfois nui à la pertinence de son analyse.

Journaliste engagé à gauche, Lacouture fut dans les années 1950 un ardent partisan de la décolonisation, très critique envers le général de Gaulle, dont il sera 30 ans plus tard un biographe pointilleux et compréhensif.

Blum, Mauriac, Malraux, Nasser, Hô Chi Minh, Mendès France, Champollion, de Gaulle et enfin Mitterrand sont tour à tour passés au crible Lacouture.

Amoureux de l'histoire et de ceux qui en changent le cours, il témoignait d'une imposante capacité de travail et de synthèse, en accumulant anecdotes et détails inconnus du public, dans lesquels il voulait voir la réalité du pouvoir politique et intellectuel.

Né en 1921 dans une famille de la bourgeoisie bordelaise, diplômé de l'École libre des sciences politiques, le jeune Lacouture reste de son propre aveu insensible à l'appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle.

Une notoriété acquise grâce à ses biographies

Il estimera plus tard "avoir manqué sa guerre". À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il devient l'attaché de presse du général Leclerc et découvre l'Indochine où il fréquente les grands acteurs de ce dossier, du commissaire de la République Jean Sainteny au général Giap et Hô Chi Minh, pour lequel il ne cache pas son admiration. Il goûte alors à l'ivresse de l'Histoire, dont il gardera la passion.

Journaliste, il collabore à "Combat", "France-Soir", au "Nouvel Observateur", puis devient chef du service outre-mer et grand reporter au "Monde" (1957-1975).

Mais c'est comme biographe que Jean Lacouture va acquérir sa notoriété. Souvent plébiscité par le grand public et les intellectuels, le petit homme séduit ses interlocuteurs avec son accent discrètement méridional et un regard malicieux plein de sous-entendus.

D'autres critiquent sa tendance à l'hagiographie et aux récits d'histoire immédiate, jugés parfois complaisants. On lui reproche notamment une condamnation tardive du régime Khmer rouge et de son chef Pol Pot : il met trois ans à reconnaître l'existence du génocide cambodgien.

En 1989, Lacouture fera amende honorable avec "Enquête sur l'auteur", un récit en forme d'autocritique dans lequel il reconnaît avoir parfois "au chaud contact des personnalités", confondu "empathie et lucidité".

Mais il revendique son droit à l'erreur et sa volonté de les corriger : "Tenter d'écrire l'histoire instantanée entraîne beaucoup d'erreurs. C'est dans la correction de ces erreurs que consiste l'exercice responsable de ce métier."

Deux volumes consacrés à Mitterrand qui le rendent "très amer"

Se consacrant entièrement à son travail d'écrivain, il publie en 1989 un "Champollion" qui sera l'un de ses grands succès, et une monumentale histoire des Jésuites, en deux volumes (1991-92), saluée par de nombreux spécialistes.

Amoureux du rugby, sur lequel il écrit de belles pages pour "Le Monde" dans les années 70, il publie "Voyous et gentlemen, une histoire de rugby" en 1993, qu'il aurait voulu, forcément, intituler "Une biographie du rugby".

En 1998, il consacre deux volumes à François Mitterrand mais sort "très amer" de ce travail, même s'il se refuse à accabler un homme dont l'image est déjà ternie par les affaires. "Il manque (à l'ouvrage) quelques coups de canifs. Mais le désamour est tel que je n'ai pas voulu en rajouter", confesse-t-il alors.

Homme "délicat, qui ne sait pas dire du mal des gens", selon sa fille, il souffre de relever les erreurs de Mitterrand. Car, s'il a pu observer de Gaulle "de loin", il reconnaît qu'en tant que mendésiste, puis rocardien, la distance était pour lui "plus difficile à prendre" avec l'ancien président socialiste.

Travailleur infatigable, Jean Lacouture devait encore écrire une trentaine d'ouvrages, certains co-écrits avec son épouse Simonne, et d'autres consacrés notamment à la grande résistante Germaine Tillion mais aussi à Montaigne, Montesquieu, Stendhal ou Alexandre Dumas, prenant avec l'âge de la distance avec son siècle, qui fut sa grande passion.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article