Le procès de l’ancien SS Gröning : un verdict à portée historique

Publié le par L'Express par Sébastien Vannier

Le procès de l’ancien SS Gröning : un verdict à portée historique

Oskar Gröning, le « comptable » d’Auschwitz vient d’être condamné à quatre ans de prison. Bien au-delà de la hauteur de la peine, c’est la portée symbolique et historique de ce jugement sur la machinerie nazie qui importe.

 

L’entrée du camp d’Auschwitz

L’entrée du camp d’Auschwitz

Fatigué, c’est les yeux fermés qu’Oskar Gröning, 94 ans, a suivi une partie de la dernière journée de cet historique procès, ce mercredi 15 juillet. Historique car il s’agit très certainement, 70 ans après la fin de la guerre, de l’un des tous derniers procès mettant en accusation un acteur du système d’extermination nazi. Historique surtout car il est venu condamner l’un des petits rouages de l’appareil nazi, voulant ainsi démontrer que le fait de participer, même indirectement à la tragédie d’Auschwitz, reste aujourd’hui encore condamnable.

Faute morale et faute légale

C’est ce dernier point qui a évidemment été au centre du procès d’Oskar Gröning. Celui-ci se déroulait à Lünebourg et portait sur la complicité de meurtre de 300 000 Juifs, principalement venus de Hongrie, au printemps 1944. Oskar Gröning n’a jamais fait ombrage de son rôle de « comptable » au sein du camp. Membre volontaire de la SS depuis 1940, il était principalement chargé depuis 1942 de rassembler l’argent des déportés à Auschwitz, de le compter et de le renvoyer à Berlin. Son histoire, il l’a déjà racontée à la BBC et à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel en 2005. L’atrocité des scènes auxquelles il a assisté, dont celle du meurtre de sang-froid d’un bébé à la sortie même du train, est ainsi connue depuis longtemps. Des scrupules, Oskar Gröning a en eu rapidement et a demandé à être envoyé sur le front. Des regrets, il en a aussi exprimé lors de ce procès. Dès le début de celui-ci, en avril, il a reconnu être porteur d’une « faute morale » mais laissait ouverte celle d’une « faute légale ». Ses avocats ont tenté cependant de faire jouer quelques circonstances atténuantes, notamment celle de l’indoctrination national-socialiste au sein même du foyer familial. S’il a reconnu lui-même avoir eu connaissance sur place des méthodes d’extermination, il explique n’avoir  jamais conduit lui-même les déportés vers cette mort tragique. Oskar Gröning a tenu à expliquer que, même s’il avait été présent à la descente des trains, il n’avait pas participé à la sélection de ceux qui allaient être tout de suite exterminés. « A Auschwitz, on ne peut pas faire comme si on n’y était pas » a rétorqué l’avocate de la partie civile. Le juge Kompisch a donné raison à celle-ci ce mercredi à Lünebourg : « le fait de gérer l’argent, en soi, est un acte de complicité« .

La fenêtre de temps se referme

La justice allemande reconnaît depuis 2011 et le spectaculaire cas Demjanjuk également la complicité dans les meurtres en camps d’extermination même si l’action est indirecte, comme dans le cas d’Oskar Gröning. Cette fenêtre de temps entre cette décision juridique, lourde de sens, et la mécanique temporelle qui fait que les survivants disparaissent peu à peu, met la justice allemande sous pression. Si plusieurs dossiers sont encore ouverts, les chances que les procédures aillent à leurs termes s’amenuisent de jour en jour. Un ancien infirmier du camp d’Auschwitz, lui aussi âgé de 94 ans et accusé de complicité de meurtre dans 3681 cas, échappera ainsi à son procès dans la région du Mecklenbourg. Le tribunal régional a estimé que l’état de démence du vieil homme ne permettait pas l’ouverture d’un procès. Le cas d’Oskar Gröning reste donc un cas juridiquement historique. Le parquet avait requis 3 ans et demi contre Oskar Gröning. Le tribunal a finalement élevé la peine à 4 ans. Vu son âge avancé et son état de santé fragile qui a déjà hâché le cours du procès, il reste probable qu’il ne passera pas toute cette période derrière les barreaux. L’essentiel est ailleurs. Oskar Gröning s’est dit désolé, a exprimé ses regrets, reconnu sa faute morale et a été condamné. C’est une petite pierre de moins sur le lourd fardeau du passé que porte la soixantaine de personnes (victimes et familles de victimes) réunies en partie civile.

Publié dans Articles de Presse

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