Hitler passe à table

Publié le par Le Point par François-Guillaume Lorrain

Hitler passe à table

Les éditions para-universitaires du Nouveau Monde publient "Les Propos de table" de Hitler, retraduits et dûment annotés par François Delpla. Extraits.

Hitler passe à table

Il y trois mois, le petit milieu historien, prenant le relais d'un politique, Jean-Luc Mélenchon, et de ses cris d'orfraie, tombait à bras raccourcis sur Fayard qui annonçait la publication scientifique de Mein Kampf pour 2018. Ces jours-ci, Les Propos de table de Hitler, retraduits et dûment annotés par François Delpla, sont édités par les éditions para-universitaires du Nouveau Monde, et pas la moindre protestation ! Un silence radio dont Delpla lui-même nous dit s'étonner et s'amuser. Un nouvel exemple de l'indignation sélective ? Quid de ces historiens montant au créneau pour un texte et non pour l'autre, plus méconnu et tout aussi important ?

Revenons à ces Propos. Ils débutent le 5 juillet 1941 et se poursuivent jusqu'en septembre 1942, date à laquelle ils seront relayés par les notes des réunions d'état-major de Hitler avec ses généraux, lesquelles ont déjà été publiées en France. Ce premier volume court jusqu'au 11 mars 1942, le second sera publié en octobre. Le 5 juillet 1942, Hitler vient d'envahir l'URSS, il n'a plus le temps, dans son QG de Rastenburg, d'organiser des réunions de politique intérieure. Adepte de la logorrhée, il décide, tel Luther dont Les Propos de table avaient jadis propagé sa renommée, de pérorer devant ses invités, souvent les dirigeants du Reich, pendant les repas et à la veillée, avec Heinrich Heim et Henry Picker à la prise de notes.

« Un nouveau tome oral de Mein Kampf »

Ces juristes sont appointés par Martin Bormann, son secrétaire particulier, qui officie déjà comme un Premier ministre officieux. L'objectif est clair. Il s'agit de constituer un « nouveau tome oral de Mein Kampf, susceptible de servir de consignes pour la direction du Reich en même temps que de matériau pour la biographie de Hitler et l'histoire de ce Reich », précise Delpla.

Le texte a jusque-là été négligé, car il était tombé entre les mains du sulfureux François Genoud. Le banquier suisse pro-nazi, qui l'avait récupéré auprès d'un sympathisant italien – lequel l'avait sans doute acheté à la veuve de Bormann –, en publia une première édition française en 1952, mal traduite et sans note explicative, ici très abondante. On y voit un Hitler brut de brut dégoiser sur l'Antiquité idéalisée, le christianisme prébolchevique, le judaïsme destructeur, Paris la moche, l'Europe, réécrire en sa faveur les grands épisodes de sa vie, envisager un avenir radieux… Un verbatim sidérant qui replace Hitler, sous-estimé par les historiens fonctionnalistes, au centre du grand jeu nazi.

Hitler, propos intimes et politiques (1941-1942), traduction et présentation par François Delpla. Nouveau Monde éditions. 700p., 25 euros.

Extrait

17 octobre 1941. L'Europe de l'Est, version hitlérienne.

« Les deux ou trois millions de personnes dont nous avons besoin, nous les prendrons en Allemagne, dans les pays scandinaves, l'Ouest et l'Amérique. Je ne serai plus là pour le voir, mais d'ici vingt ans, la région comptera déjà 20 millions d'Allemands. Dans trois siècles, ce sera un paysage verdoyant d'une beauté inouïe ! Les indigènes ? Nous les trierons. Le Juif destructeur, nous l'éliminerons complètement. (…) Nous n'allons pas jouer les bonnes d'enfants, nous n'avons absolument aucun devoir à l'égard des habitants. Réformer l'habitat, attraper des puces ? Des instituteurs allemands, des journaux ? Nenni ! Nous installerons plutôt une station de radio et pour le reste ils devront connaître le Code de la route pour ne pas se jeter sous les voitures. (…) Un seul devoir : réaliser la germanisation par l'immigration des Allemands et considérer les habitants comme des Indiens. Si ces gens nous avaient vaincus, bonté divine ! De la haine ? Non, nous agissons seulement de manière réfléchie. (…) Dans cette affaire, je vais mon chemin avec une froideur de glace. Je me sens comme l'exécutant d'une volonté historique. Ce que les gens pensent de moi sur le moment m'est complètement égal. (…) Les rapports juridiques, c'est une invention humaine ! La nature ne connaît ni géomètres ni notaires. Le ciel ne connaît que la force ».

Publié dans Articles de Presse

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