L’affaire Stavisky, d’hier à aujourd’hui

Publié le par L'Humanité par Caroline Constant

L’affaire Stavisky, d’hier à aujourd’hui

"Stavisky, l’escroc du siècle" sur France 2, ce soir à 20 h 55. Le réalisateur Claude-Michel Rome raconte ce scandale des années 1930, affaire polico-financière qui résonne cruellement avec notre époque.

Tomer Sisley, convaincant dans le costume de Stavisky

Tomer Sisley, convaincant dans le costume de Stavisky

Le 8 janvier 1934, Sacha Alexandre Stavisky est retrouvé mort. Assassinat ou suicide ? Le Canard enchaîné tranchera, avec l’un des titres les plus célèbres de la presse française : « Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant. » Avec le décès de Stavisky sort au grand jour un des plus gros scandales financiers et politiques du XXe siècle. C’est son histoire que met en lumière le réalisateur Claude-Michel Rome. Mais il ne se contente pas d’exposer des faits vieux de quatre-vingt-deux ans : il relie hier et aujourd’hui, et met en garde le téléspectateur contre les petits arrangements entre amis sous les ors de la République. « Le krach boursier, le chômage, la pauvreté, la crise… Comment croyez-vous que Hitler ait pris le pouvoir, à Berlin ? » avertit ainsi le juge Albert Prince (Frédéric Van den Driessche), qui tente de faire tomber les hommes politiques, les juges, les policiers, qui ont « croqué » au système de Stavisky, basé sur la fameuse chaîne de Ponzi. Et c’est là tout le fond du film, qui relie la crise multiforme que nous traversons aujourd’hui et cet énorme scandale, sur lequel Bernard Madoff a aussi construit sa fortune, avant de tomber en 2008.

La première bonne idée de Claude-Michel Rome est d’avoir confié le rôle-titre à Tomer Sisley. Belle gueule, charme, bagout d’enfer, Stavisky n’a aucun mal à emporter les cœurs, et l’appât du gain fait le reste. Le garçon est présenté comme un adorable filou, pas dupe de ceux qui l’entourent. Mais il est incapable, aussi, de résister à la vie facile qu’offre l’argent. Face à toute cette racaille, le juge Albert Prince et un inspecteur tentent de faire tomber Stavisky et ses acolytes haut placés. Mais l’affaire touche au monde de la justice et de la police... dont certains membres, raconte Claude-Michel Rome, se retrouveront, rue Lauriston, à torturer des résistants, cinq ans plus tard... Et si l’affaire Stavisky prend fin avec la mort – assassinat ou suicide – du principal intéressé, elle a aussi des relents détestables d’antisémitisme, et débouche, un mois plus tard, sur les émeutes des ligues d’extrême droite, les 4 et 6 février 1934. Une sacrée mise en garde…

Publié dans Articles de Presse

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