Le dernier survivant de la révolte du camp d'extermination nazi de Treblinka est décédé

Publié le par La Libre par Constance Léon

Le dernier survivant de la révolte du camp d'extermination nazi de Treblinka est décédé

International - Samuel Willenberg, le dernier survivant du camp d'extermination nazi de Treblinka, situé en Pologne, à 100 kilomètres de Varsovie, est mort, samedi, en Israël, à l'âge de 93 ans.

Le dernier survivant de la révolte du camp d'extermination nazi de Treblinka est décédé

Samuel Willenberg avait 19 ans, lorsqu'il a été déporté en train, au mois d'octobre 1942, avec plus de 6 000 juifs du ghetto polonais d'Opatow. Il avait une moustache brune bien taillée et le regard déterminé. Avant de monter dans le wagon, les gardes nazis expliquaient aux prisonniers qu'ils allaient être transportés dans un camp de transit. Une fois à Treblinka, ils devaient se déshabiller et prendre une douche avant de voyager. Les déportés étaient en réalité enfermés dans des chambres à gaz. Samuel Willenberg a réussi à en échapper.

Le jeune homme était maçon, les gardes lui avaient donc confié des travaux manuels dans le camps. Samuel Willenberg appartenait au Sonderkommando, les prisonniers juifs forcés de collaborer à l'extermination des prisonniers des camps de la mort.

Une tache d'une horreur sans nom, comme l'a montré le réalisateur hongrois Lazlo Nemes, dans Le fils de Saul. L'histoire fictive, fondée sur des témoignages et des archives, de Saul Ausländer, Sonderkommando à Auschwitz-Birkenau, en 1944. Samuel Willenberg, lui, était chargé de trier les objets des déportés, exterminés dans les chambres à gaz.

Trois révoltes de prisonniers dans les camps de la mort polonais

Samuel Willenberg, avec deux cents autres déportés juifs, se révoltent le 2 août 1943. Dans la nuit, ils mettent le feu au camp de Treblinka et s'enfuient. Le Polonais s'est échappé en escaladant les corps entreposés près d'une grille, pendant que les gardes nazis tiraient sur les prisonniers juifs. Samuel Willenberg fut blessé aux deux jambes.

Cette révolte a été la première des trois rébellions qui ébranlèrent les camps de la mort. Ces révoltes sont, pour Joël Kotek, historien à l'ULB, l'action de "ceux qui savent qu'ils n'ont plus rien à perdre".

Les prisonniers du camp de Sobibor se soulevèrent le 14 octobre 1943. Seuls 47 parvinrent à s'enfuir. De ce camp, il ne reste rien, les Allemands ayant détruit avec minutie le bâtiment pour ensevelir les preuves de l'holocauste.

Le 7 octobre 1944, à trois heures du matin, le 12ème Sonderkommando de Birkenau se rebelle. Tous ont été exécutés, sauf le personnage fictif de Saul Auslander, refusant de participer au soulèvement, dans l'espoir de sauver son fils.

"Ces trois épisodes rappellent qu'il y a eu des révoltes dans les camps et dans les ghettos, pas seulement dans celui de Varsovie", explique à la "Libre", Joël Kotek. Le professeur rappelle que cette transmission de la mémoire des soulèvements demeure primordiale, pour invalider l'idée que "les Juifs se sont laissés menés à l'abattoir comme des moutons", comme l'avait dit Jean-François Steiner, dans un entretien suite à la parution de son livre polémique Trebkinka, paru en 1966.

Une mémoire des camps à transmettre

Seules soixante-sept personnes ont survécu à leur passage à Treblinka. Alors, Samuel Willenberg a transformé sa vie pour que "son souvenir ne s'efface pas". Ses deux soeurs, elles, ont été tuées à Treblinka. Entre 800 000 et 1 million 200 000 personnes ont été assassinées dans le camp de Treblinka, plus que dans tous les camps d'extermination nazi, sauf celui d'Auschwitz.

"Il y a eu si peu de survivants, 97 % des personnes déportées sont mortes, alors le témoignage des survivants a été indispensable, même si on a mis longtemps avant d'écouter ces histoires", souligne Joël Kotek. Un seul des commandant de Treblinka, Franz Stangl a été condamné à la prison à vie en octobre 1970, après son procès à Dusseldorf.

En 2013, "Popow", son nom de code de résistant polonais, était revenu à Treblinka pour commémorer les 70 ans de son évasion, arborant toujours la moustache et vêtu de son uniforme. Ce même costume qu'il portait, en 1944, lors de l'insurrection de Varsovie, aux côtés de son père.

Sa fille, Orit Willenberg-Giladi, une architecte, avait été selectionnée en 2013, pour construire un centre d’enseignement sur la Shoah à l'emplacement du camp de Treblinka. Samuel Willenberg donnait lui-même à des cours pour transmettre la mémoire de la Shoah aux jeunes Israëliens, pays où il avait emmigré dès 1950.

Comme un autre ancien déporté du camp, Chil Rajchman, dans Je suis le dernier Juif-Treblinka, Samuel Willenberg avait raconté son histoire dans la Révolte à Treblinka, pour que l'on n'oublie pas. 

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