Décès, à 89 ans, de Georges Séguy, l'ancien patron de la CGT

Publié le par Le Parisien

Décès, à 89 ans, de Georges Séguy, l'ancien patron de la CGT

Georges Séguy, qui a dirigé la CGT de 1967 à 1982, est décédé samedi à l'âge de 89 ans à l'hôpital de Montargis (Loiret), a-t-on appris dimanche auprès de l'Institut d'histoire sociale (IHS) de la CGT, dont il était président d'honneur.

ARCHIVES (Palais de l'Elysée, mars 1978). Georges Séguy, alors secrétaire général de la CGT, accompagné d'Henri Krasucki (à gauche), qui lui succèdera quelques années plus tard, à sa sortie d'un entretien avec Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République. Le décès de l'ancien leader syndical a été annoncé ce dimanche 14 août

ARCHIVES (Palais de l'Elysée, mars 1978). Georges Séguy, alors secrétaire général de la CGT, accompagné d'Henri Krasucki (à gauche), qui lui succèdera quelques années plus tard, à sa sortie d'un entretien avec Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République. Le décès de l'ancien leader syndical a été annoncé ce dimanche 14 août

L'ancien leader cégétiste est décédé samedi «en début d'après-midi» des suites d'une «maladie», a déclaré Elyane Bressol, présidente de l'IHS. Il «était hospitalisé depuis quelques jours à l'hôpital de Montargis, dans le Loiret», a-t-elle précisé. La CGT souhaite qu'un «hommage national lui soit rendu en septembre à Montreuil», a indiqué à l'AFP Gisèle Vidallet, membre de la direction cégétiste.

Les hommages à cette figure du paysage syndical des années 1970 se sont multipliés à l'annonce de sa mort, venant des différents horizons politiques, du patron du Parti communiste, Pierre Laurent, au sénateur LR Roger Karoutchi, en passant par la ministre du Travail Myriam El-Khomri et le Premier ministre Manuel Valls.

François Hollande a rendu hommage à «un homme sincère et passionnément attaché à la justice sociale», qui «durant toute sa vie, incarna un syndicalisme offensif, prêt à engager des luttes mais aussi à négocier de bons compromis». Sur Twitter, le Premier ministre Manuel Valls a, lui, salué «une grande figure du syndicalisme et des luttes sociales dans notre pays», tandis que Myriam El Khomri, ministre du Travail, a fait part de sa «grande émotion».

L'engagement de Georges Séguy à la fois à la CGT et au PCF était «une nécessité pour marcher sur ses deux jambes : défendre les droits des travailleurs et changer la société», souligne notamment Pierre Laurent, le secrétaire national du PC. Il rappelle les nombreux combats de l'ancien responsable syndical, «pour le droit des salariés (y compris dernièrement contre la loi El Khomri)», pour le désarmement nucléaire, l'égalité homme-femme, «pour une société du commun, du partage des richesses et des savoirs».

Ancien secrétaire général de la puissante CGT Georges Séguy a marqué de sa personnalité les temps forts de l'actualité sociale et politique des années 1960-1970, en particulier lors des négociations de Grenelle en 1968. Sa jovialité, son accent chantant, son sens de la répartie autant que sa pugnacité, lui avaient valu une grande popularité.

C'est après une tentative d'ouverture en direction des socialistes, lors du congrès CGT de Grenoble (Isère) en 1978, que ce grand résistant, entré à l'adolescence dans les rangs du Parti communiste, avait été écarté politiquement. En 1982, il avait quitté à la fois le Bureau politique du PCF et la direction de la centrale, en invoquant des raisons de «convenances personnelles» pour couper court aux rumeurs de désaccord d'ordre politique.

Né le 16 mars 1927 à Toulouse (Haute-Garonne) dans une famille ouvrière - son père, militant communiste, est responsable du syndicat CGT des cheminots -, Georges Séguy entre à 15 ans comme typographe dans une imprimerie travaillant pour la Résistance. Adhérent de l'organisation clandestine des Jeunesses communistes, il est arrêté par la Gestapo et sera l'un des plus jeunes déportés FTP de France. Arrivé en février 1944 au camp de concentration de Mauthausen (Autriche), il y reste 15 mois.

A son retour en France, Georges Séguy entre à la SNCF et participe activement comme militant aux grèves de 1947. Son ascension politique et syndicale sera fulgurante : en 1954, il est élu au comité central du PCF et, seulement deux ans plus tard, entre au bureau politique. Il n'a que 29 ans. Il devient en 1961 secrétaire général de la fédération des cheminots, l'une des plus importantes avec celles de la métallurgie et de l'EGF (électricité et gaz). Entré en 1965 au bureau confédéral de la CGT, il succède en 1967 à Benoît Frachon au poste de secrétaire général. Il vient de fêter son quarantième anniversaire.

ARCHIVES (mai 1968). A ministère des Affaires sociales, le Premier ministre Georges Pompidou et son secrétaire d'Etat au Travail Jacques Chirac face à Georges Seguy, secrétaire général de la CGT, lors des négociations qui aboutiront aux accords de Grenelle

ARCHIVES (mai 1968). A ministère des Affaires sociales, le Premier ministre Georges Pompidou et son secrétaire d'Etat au Travail Jacques Chirac face à Georges Seguy, secrétaire général de la CGT, lors des négociations qui aboutiront aux accords de Grenelle

Un an plus tard, ce sont les événements de mai 68, les barricades, neuf millions d'ouvriers en grève, la révolte étudiante, De Gaulle ébranlé. Lors des difficiles négociations de Grenelle, Georges Séguy, au nom de la CGT, affronte Georges Pompidou, Premier ministre. Sous les présidences de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing, la CGT, alors au faîte de sa puissance, mènera sous sa houlette une lutte permanente contre la politique contractuelle lancée au début des années 1970 par Jacques Delors, alors conseiller social du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas.

Plus récemment, Georges Séguy était sorti de son silence en décembre 2015 pendant l'affaire Thierry Lepaon, son lointain successeur poussé à la démission après un scandale sur son train de vie. Dans une courte tribune dans l'Humanité, il exhortait la relève à «préserver la cohésion de la CGT et son aptitude à poursuivre efficacement la lutte pour la défense des intérêts des travailleurs».

Après son retrait de la scène publique, il s'était installé dans sa maison du Loiret, soignant jardin et potager. Il avait perdu son épouse en mars 2015 et résidait depuis en maison de retraite. «Il est resté, jusqu'à ses dernières semaines, un résistant qui s'intéressait à la vie sociale du pays et qui avait un avis», se souvient Elyane Bressol, présidente de l'Institut d'histoire sociale de la CGT, dont Georges Séguy était président d'honneur depuis 2002. Selon elle, «il a su anticiper les transformations que la CGT devait opérer», par son «son travail sur la démocratie interne et l'unité syndicale».

Georges Séguy s'était retiré dans le Loiret

Georges Séguy s'était retiré dans le Loiret

Père de trois enfants, Georges Séguy laisse trois ouvrages: «Le Mai de la CGT» (1972), «Lutter» (1975), et «Résister, de Mauthausen à Mai 68» (2008).

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