Donald Trump contre Adolf Hitler : ce que nous pouvons apprendre de l'Allemagne de Weimar

Publié le par Atlantico par Nathan Stolfzfus

Donald Trump contre Adolf Hitler : ce que nous pouvons apprendre de l'Allemagne de Weimar

Non, les Etats-Unis ne vivent pas un "moment Weimar", comme les Allemands quand ils ont élu Hitler, mais les comparaisons entre le Führer et Donald Trump peuvent faire réfléchir.

Donald Trump contre Adolf Hitler : ce que nous pouvons apprendre de l'Allemagne de Weimar

Les éditorialistes américains ont souvent comparé Donald Trump à Adolf Hitler, une accusation bien pratique, faite pour nous assurer au final que les Américains valent mieux que cela.

Jusqu'à présent, il existe en fait quelques points instructifs de comparaison, surtout dans la relation entre ces deux hommes et leurs partisans, ainsi que dans les compromis que les dirigeants politiques en poste sont prêts à faire avec eux, certains qu'ils seront en mesure de les contrôler une fois au pouvoir.

Comme ceux qui ont aidé Hitler à accéder au pouvoir, des politiciens et hauts fonctionnaires américains pensent qu'ils peuvent exploiter Trump pour leurs propres intérêts. Les sondages ont montré à répétition que deux tiers ou plus des Américains ont un avis négatif sur Trump. Mais il risque encore de devenir notre prochain président avec, à la manoeuvre, des politiques et dirigeants de l'ombre. Lors de l'élection de septembre 1930, les nazis étaient devenus le deuxième plus grand parti d'Allemagne. Le président allemand Paul von Hindenburg a alors dû décider comment "gérer" Hitler, fondateur et chef de ce parti nazi. Le général Hindenburg traita d'abord Hitler par le mépris. Il le voyait comme un "caporal bohémien", faisant référence à ses origines autrichiennes et à son parcours militaire peu reluisant durant la Première Guerre mondiale.

Donald Trump contre Adolf Hitler : ce que nous pouvons apprendre de l'Allemagne de Weimar

Mais Hitler a bénéficié d'une atmosphère politique polarisée à Weimar, créée par la perte de prestige et de pouvoir de l'Allemagne après la Première Guerre mondiale, une crise économique encore exacerbée par la Grande Dépression, et le désir de stopper un Parti communiste allemand toujours très populaire.

Après l'élection de juillet 1932, les nazis devinrent le parti le plus puissant d'Allemagne, et les conservateurs persuadèrent Hindenburg de nommer Hitler chancelier, certains qu'ils allaient bientôt l'acculer dos au mur.

Les États-Unis ne vivent pas actuellement un ''moment Weimar," parce que le ressenti de la crise économique est loin d'être aussi palpable et généralisé qu'il ne l'était dans l'Allemagne de Weimar. Trump ne semble pas désireux, comme Hitler, de glisser l'Histoire elle-même dans la camisole de sa propre idéologie, et sa ruse criminelle est moins aiguë.

Pourtant, s'il est soutenu dans sa marche vers le pouvoir par une combinaison de grande popularité et de personnel politique désireux de se servir de lui, Donald Trump pourrait nuire gravement à la démocratie, compte tenu de sa démagogie raciste, de sa confiance en lui-même et de son hostilité envers des médias libres, pour ne citer que quelques raisons. Les conditions qu'il a posées pour défendre les alliés de l'Amérique à l'Otan peuvent signaler un projet de transiger avec Poutine sur les sphères d'influence politique de l'Amérique et de la Russie.

L'historien peut analyser les similitudes entre Trump et Hitler. Comme Hitler, Trump aime l'image du grand chef que personne ne doit remettre en question. Et comme dans l'Allemagne de Weimar, beaucoup de citoyens ont envie de croire en une solution facile en l'élisant. Les deux encouragent une dépendance directe à un homme plutôt qu'à un système ou une Constitution. Les deux veulent une unité nationale contre les étrangers. Tous deux appellent les foules à s'unir dans un sentiment où ils peuvent libérer leurs émotions et le carcan des contraintes sociales. "Je joue avec les  fantasmes des gens'', peut-on lire dans un livre de Trump. "Les gens ne peuvent pas toujours penser grand eux-mêmes, mais ils peuvent encore être très excités par ceux qui le font... Les gens veulent croire en quelque chose de plus grand, dans le plus grand, le  plus spectaculaire".

Durant ses meetings dans les stades, ses partisans signalent aux bullyboys (hooligans) que quelqu'un parmi eux ne "fait pas partie". "Croyez-moi, ce ne sont pas des gens bien'', lance Trump, alors que l'indésirable est expulsé. Ses partisans réagissent également aux invectives de Trump contre la presse en libérant leur propre fureur refoulée.

Dans les années 1930, une relation aussi symbiotique entre un nombre croissant d'Allemands et leur chef est devenue la pierre de touche du pouvoir de Hitler, et c'est cette relation entre les masses et leur "grand leader" qui a servi de tremplin aux crimes de l'Allemagne. Arrivé au pouvoir en promettant de faire à nouveau de l'Allemagne un grand pays, Hitler a convaincu de plus en plus d'Allemands de lui céder, lui le leader spectaculaire. Puis il les a entraînés à collaborer de plus en plus aux crimes de son racisme, processus qui a continué à développer le sentiment d'appartenance et un nouveau sentiment de puissance pour ses disciples.

Les innombrables prédictions que tel ou tel commentaire choquant conduira à la disparition de Trump, et l'excès de confiance - Trump va certainement perdre les élections - font l'impasse sur le désir des électeurs de préserver l'image d'un chef qu'ils désirent. Des forces puissantes sont à l'oeuvre dans ce pays contre Trump, que Hitler n'a pas eu à combattre. Mais l'Histoire montre que plus les gens se rassemblent dans la croyance qu'ils ont trouvé un super-homme, dont ils ont besoin de toute urgence pour les sauver, plus il devient difficile d'en empêcher d'autres de sauter dans le train en marche.

Comme on l'a vu à Weimar, les protections constitutionnelles peuvent s'effriter face à des majorités unies par un démagogue. Bien sûr, Trump est raciste, mais la menace fondamentale de son utilisation du racisme, illustrée par son attaque d'anthologie contre le juge Gonzalo Curiel, est la possibilité d'obtenir un soutien populaire suffisant pour modifier la Constitution et son rôle dans l'équilibre des pouvoirs. Hitler avait lui aussi pour objectif d'amender les lois selon la volonté du peuple allemand "de race", une fois qu'ils le suivaient aveuglément.

Plus Trump progresse, plus les électeurs réticents à le soutenir souhaiteront se joindre à lui, comme ceux qui ont "fait" Trump et espèrent l'utiliser. Il est toutefois peu probable que ces derniers pourront le contrôler si Trump continue à galvaniser ses foules, avec la chaire toute en brutalité que lui offre l'élection présidentielle.

Nathan Stolfzfus est professeur de la chaire Dorothy et Jonathan Rintels d'études sur l'Holocauste à la Florida State University, et auteur de l'ouvrage Les compromis de Hitler : Coercion et consensus dans l'Allemagne nazie.

 

Publié dans Articles de Presse

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