Montségur : les nazis y cherchaient le Graal

Publié le par La Dépêche par Océane Oulés

Montségur : les nazis y cherchaient le Graal

Culture - Histoire - Histoire et légende

Tristan Bergerot, guide, dans la salle basse où les nazis pensaient trouver le Saint Graal

Tristan Bergerot, guide, dans la salle basse où les nazis pensaient trouver le Saint Graal

Le château de Montségur a de tout temps cristallisé les passions. Tantôt détenteur du trésor de l'église cathare, ou bien cachant des souterrains secrets, le château a été l'objet de toutes les spéculations. Les nazis, quant à eux, pensaient que Montségur était le château du Graal. Explications.

L'histoire du château de Montségur a été marquée, sans conteste, par de nombreux mythes et légendes. Des spéculations qui sont nées alors que l'histoire réelle du site n'était pas encore connue.

C'est le cas au début des années 1900 lorsque des groupes ésotériques se mettent en tête que le château de Montségur serait le château du Graal. Un objet mythique, qui selon les croyances revêt une forme différente et qui, selon la légende, confère à celui qui le trouve un pouvoir immense. «Ces spéculations découlaient d'une totale méconnaissance de l'histoire du site. Ces personnes mélangeaient les époques, les personnages, tout cela donnant lieu à des théories farfelues comme celle-ci», explique Tristan Bergerot, guide et historien du château de Montségur.

Des raccourcis malencontreux

C'est donc sur ce terreau que les Allemands s'intéressent à leur tour à Montségur. Dans les années 30, Otto Rhan, un ancien étudiant allemand qui se prétend historien et archéologue, identifie Montségur comme étant le château du Saint Graal. Et ce, sur la base de raccourcis étymologiques discutables : «Otto Rhan se base sur deux arguments. Premièrement, l'Opéra de Wagner, Parsifal, dans lequel le château du Graal se nomme ‘'Montsalvat''. Il n'en faut pas plus pour le jeune allemand. Pour lui''Montsavalt'' qui veut dire''le mont sauvé'' est le château de Montségur qui veut dire''le mont sûr''. Deuxième erreur de sa part, il fait un rapprochement, encore erroné, entre Perceval, qui est donc le chevalier gardien du Graal dans l'opéra de Wagner, et Raymond-Roger de Trencavel, vicomte de Carcassonne à l'époque de la croisade des Albigeois. Cela sur le simple fait que Perce-val veut dire''qui perce la vallée'' et Tranca-val''qui tranche la vallée''. Comme quoi, quand on veut trouver du sens, on en trouve !», ironise le guide.

Légitimer l'idéologie nazie

Ces raccourcis et fantasmes poussent Otto Rahn a rédigé son premier ouvrage : «Croisade contre le Graal», en 1933. Un ouvrage qui connaît un succès moyen mais qui parvient tout même à tomber dans les mains d'Himmler, alors chef des SS. Une aubaine pour celui qui cherche à justifier l'ascension au pouvoir des nazis et conférer une légitimité mythique à ses troupes. Otto Rahn est alors recruté et envoyé à Montségur pour continuer ses recherches et rapporter le Graal aux nazis.

C'est donc une quête effrénée qui commence à la recherche du moindre signe qui pourrait indiquer la présence du graal à Montségur. «Otto Rahn était persuadé qu'il se trouvait dans ce qu'il pensait être la chapelle mais qui, en réalité, n'était qu'une cave. Il pensait que les Cathares veillaient sur le Saint Graal comme les chevaliers de la table ronde. Il nageait en plein délire !», commente Tristan Bergerot. À tel point qu'il est allé jusqu'à dessiner lui-même des signes sur les parois de certaines grottes locales pour étayer ses thèses.

Alors qu'il écrit un deuxième ouvrage et qu'il voit peu à peu son rêve de Saint Graal s'éloigner, il est dénoncé aux nazis, sa mère étant juive, lui étant homosexuel. On lui donne le choix, se faire abattre ou se suicider. Il sera retrouvé mort, congelé, en 1939 sur un glacier en Autriche. Avec lui disparaîtra toute théorie sur la présence du Saint Graal à Montségur. Obligeant les nazis à chercher ailleurs leur légitimité mystique.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article