Patron «historique» de la CGT, le Toulousain Georges Séguy est mort

Publié le par La Dépêche

Patron «historique» de la CGT, le Toulousain Georges Séguy est mort
1968, le négociateur – 2013, la mémoire du syndicalisme

1968, le négociateur – 2013, la mémoire du syndicalisme

C'est une des grandes figures du syndicalisme français qui vient de disparaître avec Georges Séguy, mort à 89 ans. L'ancien ouvrier typographe de Toulouse, Résistant et déporté, avait fait partie des signataires des fameux accords de Grenelles en 1968.

Il a fait trembler le pays, en 1968, lorsqu'il était le patron de la CGT, alors forte de 2,5 millions d'adhérents. Sa petite voix légère et son accent toulousain, son visage rond et avenant ne l'empêchaient pas d'être un lutteur redoutable et redouté, maniant avec aisance l'humour et la férocité. Et c'est toujours avec la foi communiste chevillée au corps que Georges Séguy vient de s'éteindre à l'âge de 89 ans. La dernière ligne droite de sa vie a été pénible et douloureuse, marquée par le décès de son épouse, plusieurs AVC, et un diabète qui avait nécessité l'amputation de ses deux jambes.

Georges Séguy était un pur Toulousain. Il était né rue des Trois-Banquets, à côté de la place Saint-Etienne d'un père communiste et cheminot et il a baigné très jeune dans le militantisme et le syndicalisme. Il est rentré en apprentissage à l'imprimerie Lion, qui pendant la guerre est devenue une des places fortes de la Résistance toulousaine.

38 kilos après Mauthausen

«Je suis devenu un spécialiste des fausses cartes d'identité, des faux certificats de famille au service de la Résistance, jusqu'à ce que, sur dénonciation, une descente de la Gestapo arrête nos activités clandestines et nous envoient en déportation au camp de Mauthausen. Je suis le seul de l'imprimerie Lion a en être revenu, avec trois femmes qui avaient été envoyées à Ravensbrück et qui ont regagné Toulouse dans un état de santé très dégradé», nous avait-il confié dans sa dernière interview à La Dépêche en 2013, à l'occasion d'un congrès de la CGT à Toulouse.

Lui aussi revient très affaibli des camps de la mort. Il pèse 38 kilos à son retour. Il ne peut plus reprendre son travail d'imprimeur, car il a contracté une pleurésie qui l'empêche de se retrouver en contact avec le plomb. Il rentre comme cheminot à la SNCF. Et très vite, il devient un syndicaliste actif et reconnu.

Dès 1949, il est membre du bureau de la fédération nationale des cheminots. En 1956, il est à Moscou pour le 22e Congrès du Parti Communiste d'Union Soviétique. Khrouchtchev y dénonce les «crimes accomplis sous Staline». Un souvenir «traumatisant», mais, dira-t-il, «en même temps, il provoquait en moi l'espérance d'un tournant décisif».

C'est à quarante ans seulement qu'il devient le secrétaire général de la CGT, en succèdant à Benoît Frachon qui l'avait dirigée pendant 20 ans. Nous sommes en 1967. L'année suivante, c'est 1968. C'est un des moments les plus forts de la vie politique française du XXe siècle. «J'ai véritablement fait mon apprentissage en mai 1968. Cela a été un moment crucial de ma vie militante», expliquera-t-il.

«Attaché à la justice sociale»

Les événements sont l'occasion d'une empoignade intellectuelle. «Cohn-Bendit, qui est-ce ?», lancera Séguy un rien méprisant. Avec derrière lui, une CGT qui se méfie plus que tout de l'extrême gauche, mais qui arrache, aux accords de Grenelle, bien des avantages au patronat : «Allez-vous appeler à la reprise du travail, compte tenu de tout ce que vous avez obtenu ?», lui demande le Premier ministre Pompidou, fourbu. «Non, répond Séguy, ce n'est pas nous qui avons lancé le mot d'ordre de grève !»

Plus tard, ayant passé les clefs de la centrale à Henri Krasucki en 1982, il restera toujours un militant de l'union syndicale. Son syndicat pleure «un dirigeant qui a compté, qui comptait et comptera encore longtemps», selon Philippe Martinez, actuel numéro un de la CGT. Pour François Hollande, «il laisse le souvenir d'un homme sincère et passionnément attaché à la justice sociale. Il participa à de nombreuses avancées sociales dans notre pays». Le Premier ministre Manuel Valls a, lui, salué «une grande figure du syndicalisme et des luttes sociales dans notre pays». Carole Delga, présidente de la région Occitanie a honoré «la mémoire d'un homme profondément engagé» et Martin Malvy, ancien président de Midi-

Pyrénées, a invité à saluer la mémoire de Georges Seguy «avec respect. L'homme dans chacun de ses engagements mérite cet hommage.»

Une longue vie, marquée par la fidélité dans ses convictions et ses engagements, qui ont fait du petit ouvrier typographe toulousain une figure historique.

La France des travailleurs

La CGT, c'était trois initiales qui en imposaient. Aux gouvernements du général de Gaulle, à tous ses successeurs, et surtout au «grand patronat». Le syndicat de Georges Séguy s'inscrivait dans une histoire qui avait alors un sens, celle du mouvement ouvrier dont le destin était inexorablement lié à un «idéal de progrès» dont témoignaient, grèves après manifs, les principales conquêtes sociales du dernier siècle.

Nous vivions alors une époque pleine de certitudes, celle de la France nourrie de l'esprit de Résistance à laquelle il participa, celle de la France des «travailleurs», celle encore du mur de Berlin derrière lequel commençaient pourtant de s'effriter les illusions d'une société nouvelle. Combien de fois reprocha-t-on à la CGT d'être la «courroie de transmission» du Parti communiste, sinon de Moscou! Ce n'était pas absolument vrai. Ni tout à fait inexact.

Dans ce combat de tous les instants, Georges Séguy était à la fois le militant et le «notable», le «révolutionnaire» en discours et le réformiste en actes, l'agitateur et le modérateur – bref l'habile négociateur à la dialectique bien rodée qui savait tout autant pousser l'avantage ou se replier en bon ordre. Sa grande victoire fut celle des accords de Grenelle en Mai 68 – la seule victoire ô combien concrète de ces semaines de luttes avec, entre autres, une augmentation de 35% du salaire minimum ! Séguy avait gagné, regagnez vos ateliers!

Fidèle à ses idées, nées dans un camp de concentration. Fidèle à cette époque où Jean Ferrat chantait «c'était un joli nom camarade».

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