Disparition d'Abraham Fridman, ancien déporté

Publié le par Ouest France

Disparition d'Abraham Fridman, ancien déporté

Il avait connu les camps d'Auschwitz et de Buchenwald. Ce Parisien, installé en Mayenne depuis 1988, témoignait inlassablement de la Déportation des Juifs. Il est décédé jeudi dernier à 87 ans.

Abraham Fridman est décédé le 14 août dernier

Abraham Fridman est décédé le 14 août dernier

Sur son bras gauche, un matricule était tatoué : B 3764. Il ne manquait jamais de relever sa manche pour le montrer devant des élèves éberlués, souvent émus, par la force de son témoignage. Abraham Fridman était le seul témoin de la déportation des Juifs vivant en Mayenne. Il est intervenu dans de nombreuses écoles en Mayenne et dans la région, participait aux commémorations sur la Déportation. Il est mort le 14 août dernier dans sa 87e année.

Abraham Fridman est Mayennais depuis 1988, date de sa retraite à Montsûrs. Après avoir été commerçant en fruits et légumes à Paris, il vient vivre dans cette commune d'où sa compagne est originaire. Né en 1927 dans la capitale, Abraham Fridman est l'enfant d'un couple de Juifs polonais. « J'ai été déporté avec 245 autres enfants et adolescents, racontait-il à Ouest-France en 2005. Aucun d'entre eux n'est rentré. Ça m'a toujours marqué. Ça m'a longtemps empêché de dormir. »

Son père est arrêté le 17 juillet 1942, le lendemain de la rafle du Vel d'Hiv. Il est mort à Auschwitz. Sa belle-mère disparaît avec sa plus jeune soeur (il les retrouvera après la guerre). Quant à Abraham, il est arrêté dans la nuit du 22 au 23 juillet 1944. Il prend le dernier convoi pour Auschwitz. « Dans des wagons à bestiaux, prévus pour 40 chevaux, et plombés. On était 70 avec deux seaux hygiéniques. Le voyage a duré quatre ou cinq nuits. »

Arrivés dans le camp, on les dépouille de leurs vêtements. « Une équipe de coiffeurs nous a enlevé cheveux et poils avant de nous tremper dans un désinfectant. On nous a remis l'habit rayé. Et on nous a tatoués. » Il parle de l'horreur des camps, de l'odeur de la mort, de la violence des kapos (ceux qui gardent les prisonniers), du travail de forçat à la construction des routes, de la nourriture infâme et en quantité insuffisante, de l'espoir d'échapper à la « sélection » dont personne ne revient jamais.

Il est ensuite transféré au camp de Buchenwald. « Ils ont voulu tous nous tuer. » Mais lui survivra avec d'autres. « Le 11 avril 1945, deux tanks américains entrent dans le camp où nous ne sommes plus que 22 000. Des squelettes ambulants ». Lui ne pèse plus que 36 kg.

Pendant longtemps, il gardera cette histoire en lui. « J'ai commencé à en reparler grâce à ma petite fille. Elle a été la première à me poser des questions sur les camps. C'était il y a vingt ans. Depuis, ma retraite consiste à aller raconter ce que j'ai vécu. »

« Je n'ai rien oublié ».

Abraham Fridman a raconté son histoire dans ce livre paru en 2007 aux éditions Les quatre roses.

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