Justice : décès du célèbre avocat marseillais Paul Lombard

Publié le par PACA Informations Économiques par Michel Hugues

Justice : décès du célèbre avocat marseillais Paul Lombard

L’information a été révélée dimanche en fin d’après-midi, le très célèbre avocat marseillais Me Paul LOMBARD s’est éteint dimanche au l’hôpital des invalides de Paris des suites d’un œdème pulmonaire selon son associé Me Baratelli. « C’est 65 ans d’un monde judiciaire qui s’en va » …« Une légende du verbe s’éteint, l’histoire judiciaire perd l’un de ses géants », a-t-il salué.

JUSTICE : décès du célèbre avocat marseillais Paul LOMBARD

JUSTICE : décès du célèbre avocat marseillais Paul LOMBARD

Me Paul LOMBARD fut un temps promis au poste de Garde des sceaux, mais son destin politique national en sera brisé lorsqu’il sera inculpé le 21 décembre 1988 par le juge Jean-Pierre Bernard de recel, complicité et usage de faux en écriture privée dans l’affaire Suzanne Canson. Étant intervenu dans la négociation de la vente au Louvre du tableau Le Gentilhomme sévillan de Murillo, transaction qui se révèlera frauduleuse, il bénéficiera d’un non-lieu total. Il fut également l’un des avocats de Gaston Defferre et de Jean-Luc Lagardère pour ses principales entreprises.

J’avais personnellement (alors apprenti-journaliste mais toujours étudiant) eu l’occasion de découvrir le « personnage de Paul LOMBARD» lors du célèbre procès en cours d’assises d’Aix en Provence de Christian RANUCCI, accusé du meurtre de la petite Marie-Josée Dolores RAMBLA, dite l’affaire du pullover rouge, j’avais alors découvert l’intelligence, la ruse et la maestria de l’avocat marseillais alors assisté d’un « jeune » débutant en la personne de Me Gilbert COLLARD. Un véritable » spectacle d’artiste » dans unvéritable drame humain. Par la suite Me Paul LOMBARD a toujours correspondu à cette attitude.

En 2001, Me Paul Lombard avait raconté dans un livre autobiographique « Un petit monde – Récits d’enfance » ces premières années au cœur d’une Marseille truculente qu’il n’estimait pas encore sortie du XIXe siècle.

Des dossiers historiques. Paul Lombard revendiquait « des centaines, voire des milliers » d’affaires à son actif, dont certains des plus grands dossiers de l’histoire criminelle française, de l’affaire de Bruay-en-Artois (1972) à celle du petit Grégory Villemin (1984), en passant par le procès de Christian Ranucci, condamné pour le meurtre d’une petite fille et l’un des derniers guillotinés de France, en 1976. Lors du procès de Ranucci, qui avait déchaîné les passions, Me Lombard avait plaidé : « N’écoutez pas l’opinion publique qui frappe à la porte de cette salle. Elle est une prostituée qui tire le juge par la manche, il faut la chasser de nos prétoires, car, lorsqu’elle entre par une porte, la justice sort par l’autre ». Egalement avocat de grandes causes, il a eu à traiter du combat des femmes pour l’avortement, des drames du Heysel et de Furiani, de la responsabilité médicale (l’affaire Albertine Sarrazin) …

Me Paul Lombard à gauche et ses adjoints lors d’une audience

Me Paul Lombard à gauche et ses adjoints lors d’une audience

« J’aurais voulu défendre Verlaine, Baudelaire, Oscar Wilde. Dieu ne l’a pas voulu. J’ai eu ma revanche en défendant Albertine Sarrazin », écrivait Paul Lombard à propos de l’auteur de l’Astragale, morte à 30 ans lors d’une intervention chirurgicale. Né le 17 février 1927 à Marseille, fils de médecin, diplômé d’études supérieures (DES) de droit, il a exercé de 1952 à 1995 dans sa ville natale. Il eut pour mentor l’avocat marseillais Emile Pollak (1914-1977). « J’ai découvert l’éloquence en l’entendant plaider au procès Dominici », disait-il. L’éloquence, qu’il aura aussi rencontrée chez Raymond Filippi (1910-1976), du barreau d’Aix-en-Provence. « Peut-être le plus grand orateur que je n’aie jamais entendu, un personnage de Pagnol qui aurait parlé comme Démosthène ».

A la recherche d’une « brindille d’humain » chez Michel Fourniret. Puis Paul Lombard s’est installé à Paris à un âge où il aurait pu prétendre à la retraite, dirigeant en collaboration avec d’autres avocats le cabinet « Lombard Baratelli et associés ». En 2008, crinière blanchie par les années, main un peu tremblante mais timbre toujours clair, il est encore intervenu dans un grand procès d’assises, celui de Michel Fourniret et de sa femme Monique Olivier, en tant que conseil du père d’Elisabeth Brichet, une des victimes du tueur en série. « Je vais vous parler non d’un assassin, non de la complice d’un assassin, mais d’un couple assassin, ce qui est rarissime dans l’histoire de la criminologie française », avait-il plaidé.  Il dira plus tard avoir tout tenté pour extirper « une brindille d’humain » du coeur de Fourniret, sans y parvenir. 

En 2009, il a été durant quelques mois parmi les avocats de l’héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt, en conflit avec sa fille. Il s’est aussi occupé des successions de peintres de renom, dont Picasso, Bonnard, Chagall… 

Parmi ses ouvrages figurent Mon intime conviction (1977), Plaidoyer pour Marseille (1979), Quand la justice se trompe (1981), Le crépuscule des juges (1988), Le juge et l’avocat (1992, avec la magistrate Simone Rozès), Ma vérité sur le mensonge (1997), les Droits de la défense (2008). Il a également signé en 2003 « Le procès de la justice » avec le magistrat Jean-François Burgelin, décédé en 2007.

 « J’ai toujours désiré être avocat, j’ai beau réfléchir, à aucun moment je n’ai eu envie de faire un autre métier », a-t-il confié plusieurs fois à la presse dans les années 70. Il disait aussi que si on perdait la foi, il valait mieux arrêter. Une trentaine d’années plus tard, il n’envisageait pas de prendre sa retraite avant le jour de son enterrement.

En conclusion, retenons cette citation de Me Paul LOMBARD : « Il n’y a pas de grand avocat, il n’y a que de grandes affaires. »

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