Léon-Ernest Halkin: portrait d'un résistant liégeois resté dans l'ombre

Publié le par Radio Télévision Belge Francophone par François Braibant

Léon-Ernest Halkin: portrait d'un résistant liégeois resté dans l'ombre

En Belgique, aucun résistant n'a atteint la notoriété de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay, quatre figures de la résistance française à l'occupant nazi qui viennent d'entrer au Panthéon septante ans après la fin de la deuxième guerre mondiale. Pourtant, des Belges ont résisté. Comme ce professeur d'Université liégeois dont le nom est connu de tous les étudiants en histoire depuis les années trente : Léon-Ernest Halkin.

Léon-Ernest Halkin: portrait d'un résistant liégeois resté dans l'ombre
Léon-Ernest Halkin: portrait d'un résistant liégeois resté dans l'ombre

Léon-Ernest Halkin est né en 1906. Il est mort en 1998. C'était un spécialiste de la pensée d'Erasme. Il a formé plusieurs générations d'étudiants en histoire, qui se souviennent tous de ses Eléments de critique historique. Très vite, au début de l'occupation, Léon-Ernest Halkin entreprend de résister à l'occupant nazi. Il rédige, il reproduit et il distribue des tracts à ses collègues qui s'en inquiètent : "On va reconnaître ta machine à écrire !", raconte Vincent Genin, historien à l'Université de Liège. "Et un matin, la gestapo débarque chez les Halkin, à Tilff. Le professeur-résistant avait été dénoncé."

Léon-Ernest Halkin sera interrogé par la Gestapo au Boulevard de la Sauvenière. "Parmi les bourreaux, il remarque l'un de ses anciens étudiants, qui évite de le regarder en face." Léon-Ernest Halkin passera par Breendonck, puis par les camps de Gross-Rosen et de Dora. Il a raconté tout ça dans "A l'Ombre de la Mort", un livre d'historien, froid, sans haine pour l'Allemagne, et qui a été préfacé par l'écrivain François Mauriac, ce qui montre que cet historien-résistant wallon avait quand même sa petite notoriété.

Il y a eu des résistants en Belgique, mais aucun n'a acquis une notoriété équivalente à celle du français Jean Moulin. "Ca tient tout d'abord à la personnalité de Charles de Gaulle", explique Vincent Genin. "De Gaulle est un militaire. Il a une vision patriotique exacerbée, et même romanesque, qui n'existe pas à ce point parmi les membres du gouvernement belge en exil à Londres. C'est lui qui a envoyé Jean Moulin pour coordonner la résistance française."

"Il y a eu des héros de la résistance. Comme l'évèque de Liège qui a fait cacher des enfants juifs autour de Banneux. Et aussi des héros de la résistance armée, comme l'avocat Simon Pirmolin, qui sera fusillé à la Citadelle. Il y a eu des figures connues localement, mais qui n'ont pas eu d'éclat national."

La Belgique n'a pas construit son "roman national" de la même manière que la France : "En France, vous avez des institutions qui peuvent couronner la vie, l'oeuvre, du grand homme ou de la grande femme, des institutions qui n'ont pas d'équivalent en Belgique. Ce sont deux pays et deux cadres institutionnels différents. Donc on ne peut pas avoir les mêmes résultats en matière de figures nationales."

Si aucun résistant belge n'est au panthéon belge, ce n'est pas parce que les Belges n'ont pas résisté à l'occupant nazi, mais parce que la Belgique n'a pas construit de Panthéon. Il y a à Liège un monument national à la résistance. Aucun nom de héros n'y est inscrit.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article