Vingt ans de réclusion pour Jean-Michel Bissonnet

Publié le par Nathalie Balsan-Duverneuil

Vingt ans de réclusion pour Jean-Michel Bissonnet
Jean-Michel Bissonnet est resté calme à l'annonce du verdict. Sylvie Cambon

Jean-Michel Bissonnet est resté calme à l'annonce du verdict. Sylvie Cambon

Le verdict est tombé. Jean-Michel Bissonnet a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour avoir commandité l'assassinat de sa femme, Méziane Belkacem à 20 ans de réclusion criminelle et le vicomte d'Harcourt à 8 ans de prison. 

Le ministère public avait requis 8 ans de prison pour Amaury d'Harcourt, 20 ans pour le jardinier Méziane Belkacem, et 30 ans de détention pour Jean-Michel Bissonnet. 

Le procès en appel des trois protagonistes de l'affaire Bissonnet, Jean-Michel, le riche rentier accusé d'avoir commandité le meurtre de sa femme Bernadette, Méziane Belkacem, le jardinier illettré et Amaury d'Harcourt, le vicomte aventurier a duré trois semaines. 

Condamnés respectivement à vingt et huit ans de réclusion criminelle, Meziane Belkacem et Amaury d'Harcourt, l'auteur et le complice de l'assassinat de Bernadette Bissonnet, jouaient gros devant la cour d'assises de l'Aude. Ils n'avaient pas fait appel, et redoutaient de voir leur peine aggravée lors de ce second procès qu'ils auraient préféré éviter.

Appel du procès Bissonnet : 3e semaine

22h34

La seconde semaine du procès commence ce matin, lundi 14 novembre, à 9 h...

09h02

L''audience reprend dans quelques minutes. Les avocats des deux parties ont revu leurs dossiers pendant le week-end, ils ont l'air bourré d'énergie, prêts à en découdre.

La salle d'audience, vide la semaine dernière, est nettement plus remplie. Et pour cause, l'affiche est intéressante : aujourd'hui, on aborde, avec les trois accusés, la journée du 11 mars 2008. Le jour où Bernadette Bissonnet a été assassinée...

09h13

L'audience commence, la cour est entrée. Jean-Michel Bissonnet porte un sous-pull gris clair et une veste gris foncée. Méziane Belkacem, un sweet-shirt blanc et Amaury d'Harcourt une chemise blanche.

09h15

Audience du commandant Leclerc à la demande des avocats de la défense. Ces derniers souhaitaient en effet des éclaircissements au sujet du déroulement de la garde à vue du vicomte Amaury d'Harcourt.

09h22


Une écoute téléphonique datant de la garde à vue du vicomte reprend une conversation entre le vicomte d'Harcourt et son épouse. Dans celle-ci, le vicomte avait parlé d'une donation entre époux entre M. et Mme Bissonnet. "J'ai la preuve que c'est lui qui l'a tuée, juste avant les faits, il lui a fait signer un papier où le dernier vivant hériterait de tout."
Le président Duchemin à Bissonnet :  "Quand avez-vous évoqué cette donation avec le vicomte ?"
Bissonnet : "J'en avais parlé à Amaury il y a plus de 14 ans. La donation date de cette époque-là. Je ne l'ai pas dit au mois de février comme le prétend le vicomte. Je n'avais aucune intention en février."

09h31

Le ministère public au commandant Leclerc : "De quels éléments disposiez-vous pour placer le vicomte d'Harcourt en garde à vue le 5 mai au matin."

Commandant Leclerc :"A l'époque, nous avions des contradictions lors de ses dernières auditions. M. d'Harcourt précisait par exemple qu'il était venu le lundi 10 mars en donnant plusieurs raisons différentes. A M. Solignac qu'il était venu pour voir Bissonnet, et aux enquêteurs qu'il était venu pour aider au déménagement de M. Solignac. Il y a aussi la question de la veste polaire achetée à Décathlon : d'un côté, M. Bissonnet dit qu'ils sont allés acheter ensemble cette veste polaire parce que M. d'Harcourt avait brûlé sa veste avec un cigare, tandis que le vicomte affirme qu'il avait besoin de cette veste parce qu'il faisait froid chez M. Solignac. Ce dernier pourtant affirme qu'il avait augmenté la puissance du chauffage  et il est formel : il ne fait pas froid chez lui."

09h39

Commandant Leclerc : "Il y avait donc des éléments qui permettaient de placer M. d'Harcourt en garde à vue afin de vérifier son rôle dans l'affaire. Ni M. Belkacem, ni évidemment M. Bissonnet n'avaient encore mis M. d'Harcourt en cause. Au fur et à mesure de la garde  à vue, il y a eu un travail fait par mes collègues. Quand j'arrive, vers 16 h (d'Harcourt était en garde à vue depuis 8 h du matin), il a fini par avouer qu'il avait mis une heure non parce qu'il s'était trompé de route, mais parce qu'il avait jeté l'arme du crime dans le Lez. Je lui demande de faire un shéma pour expliquer où l'arme a été jetée. Elle est finalement découverte à l'endroit précis où M. d'Harcourt l'avait jetée. S'il n'avait rien dit, nous n'aurions rien eu contre lui, et il serait reparti comme il était venu."

09h45

Commandant Leclerc : "Dans son audition, quand le vicomte avoue ça, il m'a dit : "Ca me soulage de vous dire ça." Souvent, dans ce genre d'enquête, les gens sont soulagés après ce type de révélations.Il faut dire que nous n'avançions pas au hasard, nous avions accumulé un certain nombre d'élements matériels à l'appui des hypothèses que nous avions échaffaudées."

09h49

Le président à d'Harcourt : "Pourquoi avoir fait ces révélations ?"
Le vicomte d'Harcourt :"Pourquoi j'ai dit la vérité en garde à vue ?"
Le président : "La vérité ?"
Le vicomte d'Harcourt  : "On n'est pas habitué à mentir dans la famille."
Le président : "Pourtant vous avez beaucoup menti pendant la garde à vue avant ces "révélations"..."
Le vicomte d'Harcourt  (bafouille)
Le président : "La seule expérience que vous n'avez pas dans votre longue vie d'aventurier, c'est celle de la garde à vue."
Le vicomte d'Harcourt  : "Plus maintenant."
Le président : "Et pourquoi avoir dit où était l'arme ?"
Le vicomte d'Harcourt  : "Pour soulager ma conscience."

09h59

Commandant Leclerc : "La première fois que j'ai vu M. Bissonnet, pour moi, c'était une malheureuse victime qui venait de perdre sa femme. L'hypothèse du meurtre commandité par le mari n'était même pas évoquée au début."
Le président : "Et M. Belkacem, à partir de quand devient-il suspect ?"
Commandant Leclerc : "Le deuxième jour après les faits, on n'a pas le temps de poser la question, que M. Bissonnet commence à parler de M. Belkacem, de la voiture, de la photo qu'il a vue avec la Kalachnikov."
Le président à Bissonnet : "Etes-vous d'accord de dire que le 12 mars, alors que vous êtes entendu en tant que victime, vous commencez immédiatement à parler de M. Belkacem ?"
Bissonet : "Je ne suis pas d'accord. Ca a démarré comme ça, juste après la réflexion de la nuit, après que les enquêteurs m'aient dit la veille que, comme il n'y avait pas d'effraction, c'était forcément quelqu'un qui avait les possibilité d'entrer."

10h07

La défense de M. Belkacem : "Si j'ai bien compris, l'implication de M. d'Harcourt repose seulement sur ses aveux."
Commandant Leclerc : "Oui."
La défense de M. Belkacem :" Ca arrive souvent des aveux aussi abrupts, où le criminel se livre totalement alors que rien de matériel ne les accuse."
Commandant Leclerc : "Ca arrive, mais il est vrai que c'est rare. Les enquêteurs sont bons, et ceux qui sont en face n'ont généralement pas l'expérience de ce genre d'expérience."
La défense de M. Belkacem : "Donc, à vos yeux, ce n'est pas un "dur à cuire" ? On l'accuse pourtant d'être machiavélique et d'avoir tout organisé."
Commandant Leclerc :  "Tout au long de l'enquête, on sent bien que d'Harcourt est le père spirituel de M. Bissonnet, que ce dernier est le fils qu'il n'a pas eu. Lorsqu'il fait ses aveux, on le sent à la fois soulagé, et déçu que le fils qu'il n'a pas eu ait pu faire ça. M. d'Harcourt est un homme de sentiment. Quand il avoue, moi je suis surpris, moi je ne l'aurais pas dit. Qu'il doive dire ça de son fils spirituel, on sent que ça lui coûte. Non, ce n'est pas un dur à cuire.

10h13

La défense de M. Bissonnet : " Vous rappelez-vous que M. d'Harcourt avait dit que M. Belkacem avait demandé 5 000 euros à M. Bissonnet pour acheter une voiture et que "depuis le temps qu'il travaillait pour lui, il pouvait bien faire ce geste" ? Vous rappelez-vous que M. d'Harcourt avait dit à l'époque que M. Belkacem lui avait donné son numéro de téléphone et qu'il l'avait noté sur le téléphone ?"
Commandant Leclerc : "Oui, mais ce n'est pas moi qui ai pris cette audition."

10h22

La défense de M. Bissonnet ; "Donc, jusqu'aux aveux de M. d'Harcourt, vous n'avez absolument rien contre lui ?
Commandant Leclerc : "Si, beaucoup de contradictions dans les auditions. Il y a eu beaucoup de constatations, de recoupements qui permettent de mettre M. d'Harcourt en garde à vue."
La défense de M. Bissonnet : "Vous avez dit que vous aviez été surprise quand M. d'Harcourt a fait ses aveux."
Commandant Leclerc : "Oui. Je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi rapide."
La défense de M. Bissonnet : "Parmi les techniques d'interrogatoires, il y a les interrogatoires en pleine nuit. Avec des heures de réveil au milieu de la nuit, des période de sommeil très courtes. Et comme M. d'Harcourt est très âgé..."
Commandant Leclerc : "Ca ne se passe pas exactement comme ça, en plus M. d'Harcourt ne dort pas."
La defense de M. Bissonnet : "C'est encore plus intéressant : donc il ne dort pas avant de faire des aveux aussi importants...."

L'avocat de Bissonnet fait remarquer qu'en mai 2008, les auditions des gardés à vue n'étaient pas filmées.

10h32

La défense de Bissonnet  au commandant Leclerc: "Pourquoi ne rien avoir fait entre le 22 mars et le 5 mai contre d'Harcourt, au vue des auditions de plusieurs témoins. La mise en garde à vue de d'Harcourt était-elle actée avant le 5 mai, date de l'audition du vicomte ?".
Commandant Leclerc : "Non, mais un faisceau de déclarations imposait son audition".

La défense de M. Bissonnet à M. d'Harcourt : " Revenons sur la question de la polaire. Vous souvenez-vous de ce que vous avez répondu quand on vous a appris que M. Bissonnet  avait dit que vous l'aviez acheté parce que vous l'aviez brûlé avec un cigare."
M. d'Harcourt : "Que c'était pour donner un alibi  à Jean-Michel."
La défense de M. Bissonnet : "Pourtant, à l'époque vous avez affirmé quelque chose de totalement différent, et vous disiez que c'était vous qui aviez menti."

10h43

L'avocat de Bissonnet : "Avez-vous procédé aux constatations dans le meuble qui était à l'entrée de la maison ?"
Commandant Leclerc : "En partie. Je trouvais étrange cette histoire de double de clefs de la voiture prise dans le tiroir de la commode."
L'avocat de Bissonnet : " Avez-vous été au courant du fait qu'il y avait un tiroir secret avec de l'argent dans ce meuble ?"
Commandant Leclerc : "C'est M. Bissonnet lui-même qui a indiqué qu'il y avait de l'argent dans ce tiroir."
L'avocat de Bissonnet : "Avez-vous souvenir qu'on a trouvé une arme de poing à l'étage ?"
Commandant Leclerc : "Non, je ne m'en rappelle pas."
L'avocat de Bissonnet : " Pendant que M. Bissonnet est en garde à vue, il y a une perquisition dans la 206 de M. d'Harcourt. Les enquêteurs indiquent qu'ils utilisent un produit de vaporisation. Pouvez-vous indiquer à quoi ça sert ?"
Commandant Leclerc : "Oui, ça permet de trouver des taches de sang.."
L'avocat de M. Bissonnet : "Et on en trouve pas mal dans toute la voiture. Humain et animal. Pourtant, les enquêteurs n'en parlent pas à ceux qui interrogent M. Bissonnet : cela vous paraît-il vraisemblable ?"
Commandant Leclerc : "Je n'en sais rien."
L'avocat de Bissonnet : "Ce n'est pas le genre de choses qui aurait pu être glissée à l'oreille de M. d'Harcourt et aurait pu le conduire à faire ses aveux ?"
Commandant Leclerc : "Je n'en sais rien."

10h44

L'audience est suspendue dix minutes.

11h13

La défense de M. Bissonnet : "A quoi sert M. d'Harcourt dans l'élaboration de ce crime d'après-vous ?"
Commandant Leclerc : "Le lien très fort qui unit d'Harcourt à Bissonent fait que M. Bissonnet ne peut demander ce service qu'à lui."
La défense de M. Bissonnet : "On a l'impression que très tôt, les enquêteurs se sont fait une religion, et n'ont pas cherché sur toutes les pistes. Mais quel intérêt a M. Bissonnet d'introduire M. d'Harcourt dans cette affaire."
Commandant Leclerc : "Nous nous bornons à des constatations. M. d'Harcourt était là au moment des faits. Le fait que M. Belkacem ait fait lui-même disparaitre l'arme a été envisagée par les enquêteurs."
La défense de M. Bissonnet : "M. Bissonnet a-t-il intérêt à faire entrer M. d'Harcourt dans l'affaire, quand M. Belkacem pouvait tout faire ?"
Commandant Leclerc : "Les constatations nous montrent qu'il n'y a pas de lien entre M. Belkacem et M. d'Harcourt, et pas de coups de téléphone entre eux. M. Bissonnet avait besoin d'Harcourt pour jeter l'arme."
La défense de M. Bissonnet : "En gros, à vos yeux, M. Bissonnet avait confiance en M. Belkacem pour tuer Bernadette, en revanche il n'avait pas confiance en lui pour jeter l'arme, alors que c'est infiniment plus simple..."

11h15

La défense de d'Harcourt à son client : "Aviez-vous bien dormi pendant la garde à vue ? Aviez-vous un médecin ?"
D'Harcourt : "Oui. Mon médecin famille est passé à plusieurs reprises."
Le commandant Leclerc : "Je n'ai appris que c'était le médecin de famille qu'après. Il a été choisi par les gendarmes de Bléneau."

11h20

La défense d'Harcourt : "M. Bissonnet prétend que M. d'Harcourt et M. Belkacem ont organisé tout entre eux. Avez-vous l'impression de M. d'Harcourt a tenté de protéger M. Belkacem pendant la garde à vue ?"
Le commandant Leclerc : "Non, pas plus que ça."

11h21

La défense de M. Bissonnet : "Aviez-vous l'impression que M. Belkacem protégeait M. d'Harcourt ?"
Le commandant Leclerc : "Ce n'est pas moi qui me suis occupée de la garde à vue de M. Belkacem."

11h23

Audition de Méziane Blekacem.

11h28

Méziane Blekacem : "Le mardi 11 mars, j'arrive à 8 h. M. et Mme Bissonnet sont dans la maison. M. Bissonnet vient de m'accueillir là où je me gare, en bas de l'allée près de la maison. J'avais sonné, M. Bissonnet m'avait ouvert la porte. J'ai commencé à travailler. Mme Bissonnet est partie vers 9 h faire sa gym. Quand elle a été partie, c'est là que M. Bissonnet m'a dit que c'était sa femme que je devais la tuer. Là, je lui demande s'il peut me trouver un logement.  Plus tard, je lui demande pourquoi il ne divorce pas d'avec sa femme. Il me répond qu'il ne veut pas perdre sa maison. Il m'a ensuite montré la liasse de billets. Après j'ai commencé  à travailler, lui il bricolait comme d''habitude."
Jean-Michel Bissonnet : "Je ne suis pas d'accord. Le matin, quand il est arrivé, je lui ai demandé de faire le haut de la maison, parce que ma femme n'était pas là. Nous avons bu un café ensuite comme d'habitude. Je lui avait demandé de faire le haut afin que quand elle rentrerait le haut soit terminé et qu'elle soit tranquille. M. Belkacem prétend avoir commencé par le bas c'est faux."

11h35

Le président : "Parlez-moi du Rav4."
Méziane Blekacem : "Ce jour-là, on devait aller chercher des galets. Alors on a pris le Rav4. C'est moi qui ai conduit parce que M. Bissonnet m'avait dit qu'il fallait qu'on trouve mes empreintes dedans, afin que ça coincide."
M. Bissonnet : "Pendant qu'on prenait le café, M. Belkacem m'a demandé de lui prêter 5 000 euros pour acheter une voiture. Je lui ai dit que je ne pouvais pas. Il m'a ensuite demandé si je pouvait lui laisser conduire la voiture, pour l'essayer, pour aller chercher une quarantaine de gros galets pour le jardin. Il n'y avait que 500 m à faire alors ça m'a paru ne pas poser de problèmes. Il y avait pas mal de temps que j'avais envie de ces galets. J'ai profité que Méziane était là pour m'aider à enlever les sièges, mettre une bâche et les transporter. Mais au magasin, ils m'ont répondu qu'ils ne les livraient que par mètres cubes et qu'il faudrait les commander pour qu'ils les livrent. On est revenu et Bernadette est arrivée. Je suis ensuite allé à mon bureau et j'en suis revenu vers 13 h. Quand j'arrive j'ai mangé seul avec Bernadette."

11h41

Méziane Blekacem : "Dans la journée, M. Bissonnet m'a dit qu'un de ses amis allait nous aider et qu'il ne fallait pas que je m'inquiète. M. d'Harcourt, que je voyais pour la première fois, est arrivé dans l'après-midi."
Bissonnet : "D'Harcourt m'appelle pour me dire qu'il arrive dans l'après-midi. Je lui propose de venir manger, il me dit qu'il arrivera trop tard pour manger."
D'Harcourt : "L'après-midi quand j'arrive, on boit une bière, et puis on part à Décathlon. On en fait un premier où il n'y avait pas ce que je voulais. Dans le second Decathlon, je trouve une veste, qui était un peu grande, mais comme c'était la dernière, je la prends".

11h45

D'Harcourt : "C'est entre les deux Decathon qu'il me dit qu'il va me faire rencontrer Belkacem, et que c'est lui qu'il a engagé pour assassiner sa femme."
Bissonnet : "Nous sommes allés au premier Decathlon, et puis on est allé au second. On n'a pas parlé de ce dont parle M. d'Harcourt."
Le président à d'Harcourt : "Vous venez de faire 700 km, et la première chose que vous faites en arrivant, c'est d'acheter une veste polaire ?"
D'Harcourt : "Non. Je venais parce que M. Bissonnet m'avait demandé de venir lui rendre un service."
Le président à Belkacem : "Mme Bissonnet était là quand M. Bissonnet et M. d'Harcourt sont partis à Decathlon ?"
Méziane Blekacem : "Oui."

11h54

La partie civile : "M. Belkacem et M. d'Harcourt, vous ne vous connaissiez vraiment pas avant le 11 mars ? Et vous n'aviez pas les numéros de téléphone respectifs ?"
Méziane Blekacem : "Non, je l'ai rencontré la première fois le 11 mars. Non, je n'ai jamais eu son numéro de téléphone."
D'Harcourt : "Pareil."

Le président pose la même question à M. Bissonnet.
M. Bissonnet : "Ils se sont probablement croisés, mais je ne pense pas qu'ils ne se soient jamais parlés. Le 11 mars, je les ai laissés seuls tous les deux, mais je ne peux pas affirmé que je n'ai pas donné le numéro de téléphone de M. Belkacem à M. d'Harcourt. On a été un moment tous les trois autour de l'ordinateur, je l'ai peut être donné à ce moment-là."

La partie civile à M. Bissonnet : "Est-ce que vous confirmez que dans les trois mois qui ont précédé le 11 mars, vous avez rencontré deux  fois le vicomte ?"
Bissonnet : "Oui. Et la deuxième fois, j'ai dormi chez lui. Et pendant cette période Belkacem est venu travailler début janvier et en février."
La partie civile à M. Bissonnet : "Belkacem venait au maximum travailler deux fois par an chez vous. Pourquoi entre janvier et février est-il venu quatre fois ?"
Bissonnet : "Avant cette période, il était seulement laveur de vitre. En 2008, comme j'avais ma double hernie, je lui ai demandé de s'occuper du jardinage et des carreaux."
La partie civile : "Avez-vous souvenir qu'avant le 11 mars, vous ayez été réunis tous les 3 chez vous ?"
Bissonnet : "Je ne me souviens pas. Il ont très bien pu se croiser."

12h00

La partie civile : "La mise au point à  votre insu, entre Belkacem et d'Harcourt, n'a pu avoir lieu qu'entre 16h15 et 16 h 30. Avant, ont-ils pu se mettre en relation pour mettre l'assassinat au point ?"
Bissonnet : "C'est votre hypothèse."
La partie civile : "A quelle heure part M. Belkacem ?"
Bissonnet : "Après 18 h 45."
La partie civile : "Pendant combien de temps il y a-t-il pu y avoir une rencontre entre M. Belkacem et M. d'Harcourt ?"
Bissonnet : "Entre 18 h et 18 h 30, mais c'est votre hypothèse."

12h02

La partie civile : "Pourquoi demandez-vous  à M. d'Harcourt de venir à Montpellier le 11 mars ?"
Bissonet : "Je n'ai jamais demandé à M. d'Harcourt de venir à Montpellier le 11 mars. Les témoins et M. d'Harcourt qui ont dit ça mentent."

12h10

La partie civile : "Pourtant, dans vos auditions, vous avez affirmé que vous lui avez demandé de venir parce que vous sortiez de votre opération et que vous avez besoin de son aide."
Bissonnet : "Je lui avais demandé de venir me voir, mais jamais je n'ai parlé du 11 mars. Il a essayé de me joindre le 9, mais je n'ai pas entendu l'appel, alors j'ai tenté plusieurs fois de le joindre en vain. Je réussi finalement à le joindre en l'appelant du restaurant, là il m'explique qu'il va descendre au cours de la semaine, mais à ce moment là il ignorait encore quel jour il arriverait."

12h15

Audience du Dr Marc Beauvois, médecin légiste à Montpellier.

12h20

Dr Marc Beauvois :" J'ai effectué la levée du corps de M. Bissonnet le 12 mars à 9 h 15. Il y avait de la terre noirâtre autour du corps. Il y avait pas mal de sang autour. Je trouvais aussi un fragment d'ongle par terre. La rigité cadavérique était en cours d'accomplissement. La température rectale était de 27°7C. Aux membres supérieures deux plaies béantes. Une plaie béante sur le tronc, compatible avec une projection par arme à feu. Le corps a été transporté au service de médecine légale."

12h23

Dr Marc Beauvois : "Les traces rougeâtres étaient disposées autour du corps, et des gouttelettes fusiformes sur le sol et le volet roulant. Il y avait des lésions de criblages qui montraient que c'était probablement une arme qui avait plusieurs plans."

12h31

Dr Marc Beauvois : "Je n'ai pas noté de signes qui pourraient faire penser qu'il y ait eu une lutte. Les mains ne portaient pas de traces, les bras ne laissaient pas à penser qu'il y avait eu une empoignade, le corps ne présentait pas de trace de coups. Le premier coup dans l'avant-bras gauche n'était pas mortel, le second si."
La partie civile : "Le premier coup, ça produit quel effet sur la victime ? Une chute ?"
Dr Marc Beauvois : "Pas nécessairement."
La partie civile : "Sur le mur, il y a une trace de sang ascendant, comment expliquez-vous ça ?"
Dr Marc Beauvois : "Je vous avoue que je ne sais pas vraiment. Peut être s'agit-il d'une trace d'essuyage."'

12h31

Audition de Marie-Claude Belrivo, ingénieur biologiste.

12h37

Marie-Claude Belrivo : "J'ai fait des analyses dans une voiture R5. On a fait des recherches d'analyse papillaires, j'ai tenté de mettre en évidence des supports pouvant supporter du sang. Sous le siège du conducteur, il y avait de nombreuse traces rougeâtres sur un mouchoir en papier, il y avait aussi une lampe-torche avec des traces rougeâtres dessus. Il y en avait sur la clef de contact dans le coffre. Dans le coffre, il y avait un contreplaqué supportant des traces rouges. Mes prélévements ont mis en évidence que seule les traces rougeatres sur le mouchoir en papier contenaient du sang. J'ai fait un profilage ADN sur les traces du sang du mouchoir : c'était du sang d'un individu de sexe masculin."
Méziane Belkacem : "C'était mon sang. J'avais mis ma main dans un gros chiffon, et j'ai essuyé mes doigts dans le mouchoir en papier."

12h40

La défense de Bissonnet : "Existe-t-il un procédé pour faire apparaître les traces de sang lorsque celui-ci a été essuyé."
Marie-Claude Belrivo : "Oui, il y a des techniques diverses, Personnellement, j'ai utilisé des techniques très sensibles qui me permettent de conclure qu'il n'y avait du sang que sur le mouchoir."

12h43

L'audience est suspendue jusqu'à 14 h 15.

14h34

Le ministère public à Belkacem :" Quand M. Bissonnet vous a dit que c'était sa femme que vous deviez tuer, qu'est-ce que ça vous a fait ?
Belkacem : "Ca m'a surpris."
Le ministère public : 'C'est tout ?"
Belkacem : "Oui. Il m'a dit qu'il ne voulait pas divorcer et se retrouver dans une hlm."
Le ministère public à d'Harcourt : "Et vous ? Vous avez ressenti quoi quand Bissonnet vous l'a dit."
D'Harcourt : "Je lui ai demandé pourquoi il ne voulait pas divorcer, il m'a répondu qu'il ne voulait pas tout perdre."
Le ministère public : "Et ça vous paraissait suffisant pour qu'il tue sa femme ?"
D'Harcourt : "Non, ça me paraissait monstrueux."
Le ministère public : "Et pourquoi avoir accepté de l'aider ?"
D'Harcourt : "Aujourd'hui encore je n'arrive pas à me l'expliquer."

14h40

Le ministère public à Bissonnet : "Revenons à la conversation de plus de 5 minutes que vous avez avec d'Harcourt le 9 mars à partir du retaurant. Pourquoi une telle urgence ? Pourquoi ne pas avoir attendu votre retour chez vous ?"
Bissonnet : "Parce qu'un bon ami m'appelle un peu avant dix heures, que je n'arrive pas à le joindre en vain pendant un moment, je me dis qu'il y a quelque chose d'important, de grave. C'est à ce moment-là qu'il me dit qu'il vient me voir dans la semaine."
Le ministère public : "Et tout ça dure plus de 5 minutes ?"
Bissonnet : "Il m'a parlé du déménagement de Solignac, de choses et d'autres..."
Le ministère public : "Pourquoi avoir caché si longtemps ce coup de fil et qu'il a fallu attendre le procès aux assises pour qu'on en parle."
Bissonnet : "Je me rappelais bien des coups de fils importants, mais celui-là me semblait secondaire."

14h42

Bissonnet : "Si, comme vous l'affirmez, c'est moi qui organise le complot, sachant le jeudi que Méziane vient le 11 mars, vous ne trouvez pas étrange que j'attende le dimanche d'avant le coup de fil d'Harcourt pour organiser ça ?"

14h50

Le ministère public : "M. Bissonnet : à quel moment effacez-vous les numéro de téléphone de M; Belkacem ?"
Bissonnet : "Le mardi, à table. Bernadette m'a dit que Belkacem la "matait" derrière sa fenêtre, en plus Belkacem m'avait dit qu'il allait me demander 150 euros au lieu de 100 euros. Je trouvais que ça faisait beaucoup, alors impulsif comme je suis, je l'ai effacé de mon iPhone. Mais je ne l'ai pas effacé de mon ordinateur. Par ailleurs, une entreprise me proposait un tarif plus interessant, en plus déclaré."
Le ministère public ; "Pourquoi avoir donné des explications diverses sur l'effacement de ce numéro, notamment que vous aviez trop de contact sur votre iPhone ?"
Bissonnet : "Vous imaginez dans quel état on peut être après la mort de sa femme quand on clame son innocence. Par ailleurs, quand j'ai eu l'iPhone, je l'ai synchronisé avec l'ordinateur, alors il y avait 250 contacts. Alors quand j'étais à la clinique, j'ai commencé à effacer les noms."

14h52

Commentaire de la part de LAWLESSJOEL  
Pourquoi d'Harcourt dans une conversation téléphonique avec son ex-épouse Guilaine, parle-t-il de cambriolage ?

14h57

Le ministère public : "A l'époque vous disiez que le mobile de Belkacem était le vol."
Bissonnet : "Quand les gendarmes m'ont interrogé, après le crime, ils m'ont dit qu'il n'y avait pas d'effraction. Alors la nuit, j'ai réfléchi, et je me suis dit que Belkacem m'avait demandé de l'argent le matin, et que ça pouvait être lui."
Le ministère public : "Vous avez dit que le seul moment possible où d'Harcourt et Belkacem pouvaient fomenter le meurtre, c'était le jour même entre 18 h 30 et 18 h 45."
Bissonnet : "Je confirme. Par contre, je ne suis pas témoin d'autres rencontres qu'il y ai pu avoir après 18 h 45."

15h01

Bissonnet : "J'ai aidé Belkacem à démonter les survitrages, j'ai ensuite discuté avec d'Harcourt de la proposition de chasse à louer chez son neveu. Ensuite Belkacem m'a demandé le prix à l'Argus de ma voiture."
Le ministère public : "Donc, d'après vos souvenirs, Belkacem et d'Harcourt,  sont resté moins de trois minutes ensemble. Donc vous pensez que leur alliance criminelle s'est faite en moins de 3 minutes."
Bissonnet : "Je n'en sais rien, je sais que je les ai laissés seuls pendant cette durée, mais ils ont pu se voir avant, la veille ou après, je n'en sais rien."

15h08

La défense de M Bissonnet : "Vous effacez le numéro de téléphone de M. Belkacem de votre iPhone. Vous gardez le numéro sur votre ordinateur. Vous indiquez le 12 mars aux enquêteurs qu'ils peuvent trouver le numéro de téléphone dans votre ordinateur. Est-ce vrai ?"
Bissonnet : "Oui."
La défense de M. Bissonnet : "C'est important, parce qu'on a laissé croire que M. Bissonnet avait fait obstruction en ne donnant pas ce numéro. Il n'y a pas eu de dissimulation."

15h12

La défense de Bissonnet à d'Harcourt : "Dans la conversation téléphonique enregistrée par la police entre vous et votre ex-épouse, vous affirmez que vous êtes descendu à Montpellier à la demande de M. Solignac. Maintenant vous dites que vous êtes descendu à la demande de Bissonnet. Quand dites-vous la vérité M. d'Harcourt ?"
M. d'Harcourt : "Il y avait trois raisons, Bissonnet, Solignac et  la bague de Mme Bodin."

15h20

La défense de Bissonnet à d'Harcourt : "Lorsque Bissonnet vous propose de l'aider à tuer sa femme, pourquoi ne refusez-vous pas ?"
Le président à d'Harcourt : "Et si vous lui aviez dit non, que se serait-il passer à votre avis ?"
Le vicomte Amaury d'Harcourt : "Je pense que ça se serait passé exactement pareil. L'affaire était montée depuis plusieurs mois."
Le président : "Votre meilleur ami, que vous considérez comme votre fils, vous propose de tuer sa femme, et vous dites oui, votre réponse est un peu courte."
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "J'ai récupéré l'arme parce que M. Bissonnet m'a dit qu'il n'avait pas confiance en M. Belkacem."
Le président : "En somme, vous êtes le contrôleur de gestion... Vers 18 h, vous avez une discussion dans le garage, que conseillez-vous ?"
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "Bissonnet était avec Belkacem dans le garage, Bissonnet tenait le fusil, il avait montré à Belkacem comment se servir de son arme. Bissonnet me dit de montrer à Belkacem où il fallait tirer."
Méziane Belkacem : "Moi je faisais le tireur, Bissonnet faisait la victime et d'Harcourt faisait l'instructeur."
Le président : "M. d'Harcourt : un commentaire ?"
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "Je n'aurais pas dû être là, c'est tout. Si je n'avais pas été là, l'acte aurait été commis de toute façon."

15h24

Le président : "Vous avez montré où il fallait tirer pour tuer Mme Bissonnet ?"
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "Oui."

Le président : "On a l'impression qu'il y a quelque chose qui manque dans votre explication M. d'Harcourt. Vous avez tout le temps de réfléchir à ça jusqu'à la fin du procès."

15h26

La défense de Bissonnet à d'Harcourt : "Vous vous rendez-vous compte que votre participation à ce geste à quelque chose, pour nous, d'incompréhensible ? Vous auriez pu dire alors qu'on vous demandait où tirer, dire stop."
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "N'oubliez pas que j'ai eu un accident de voiture très grave un peu de temps avant.  J'ai été pendant des mois abruti, gâteux. Il a fallu que je me reprenne. Au moment des évènements, je pense que je n'étais pas complètement moi-même."

15h30

La défense de Bissonnet à d'Harcourt : "N'avez-vous pas quelque chose à cacher ? L'année d'avant vous êtes parti en Australie avec l'argent que vous a donné M. Bissonnet. D'habitude vous y allez à quelle époque en Asutralie ?"
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "Au printemps, en mars généralement."
La défense de Bissonnet : "En janvier 2008, vous demandez de l'argent à M. Bissonnet, qui ne vous les donne pas. Vous passez un coup de fil en Australie pour annuler. Cette année là vous n'y allez pas. Peut être aviez-vous besoin d'argent ?"
Le vicomte Amaury d'Harcourt  : "De l'argent j'en ai quand je veux, je fais une coupe de bois et ça y est."

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