"Le procès de l'ex-président du Tchad Hissène Habré nous a donné raison"

Publié le par Juliette Galeazzi, sur la base de propos recueillis par Jean Leclerc

"Le procès de l'ex-président du Tchad Hissène Habré nous a donné raison"

Le verdict jeudi dans le procès en appel de l'ex-chef d'Etat tchadien Hissène Habré, définitivement condamné à perpétuité notamment pour "crimes de guerre", et "crimes contre l'humanité", marque la fin de 18 ans de lutte acharnée.

"Le procès de l'ex-président du Tchad Hissène Habré nous a donné raison"

Surnommé "le chasseur de dictateurs", l'avocat américain Reed Brody a passé plus de seize ans à poursuivre l'ancien président du Tchad (1982 à 1990), avant que ne s'ouvre son procès à Dakar le 20 juillet 2015 devant un tribunal africain inédit.

La condamnation en appel d'Hissène Habré clôt une aventure juridico-politique et humaine racontée dans le documentaire "Hissène Habré - Procès d'un allié embarrassant" (à voir ci-dessus). Au-delà de la tragédie nationale et du combat pour que justice soit faite, le film rappelle aussi le rôle joué par la France et les Etats-Unis qui avaient, à l'époque, soutenu le régime Hissène Habré face à la Libye de Kadhafi.

"Si nous sommes arrivés au procès, c'est parce que les victimes ont pu créer les conditions politiques avec leur parole pour qu'un président africain soit jugé en Afrique avec le soutien de l'Union africaine", estime Reed Brody dans un entretien à l'émission Histoire vivante (à écouter ci-contre).

Des dizaines de milliers de victimes

"Chaque jour du procès nous a donné raison face à ceux qui prétendaient que cela ne pourrait pas arriver en Afrique. Pour beaucoup de témoins, la vraie victoire était de pouvoir témoigner devant Hissène Habré de ce qu'ils avaient subi", ajoute celui qui a oeuvré 17 ans pour Human Rights Watch (HRW) avant de devenir membre de la Commission internationale de juristes, une ONG basée à Genève.

Amené de force à son procès, Hissène Habré s'est muré dans le silence au cours des dix mois de procès qui mèneront le 30 mai 2016 à sa condamnation à la prison à perpétuité pour "crimes de guerre", "crimes contre l'humanité", "tortures" et "viols". Selon une commission d'enquête tchadienne, 40'000 personnes auraient perdu la vie pendant sa présidence, entre 1982 et 1990, avant qu'il ne soit renversé par l'actuel président tchadien, Idriss Déby, qui est toujours en poste.

Une volonté de justice indépendante

"Pour moi, l'idée que les Tchadiens regardent à la télévision en direct le procès de leur ancien président participe à une prise de conscience de ce qu'il est possible d'obtenir pour de simples citoyens", se réjouit l'avocat Reed Brody pour qui c'est le combat de toute une vie.

"La justice est ainsi rendue à des milliers de personnes alors qu'aucune volonté politique n'existait", complète l'avocat genevois Alain Werner, qui a également participé au procès Habré.

Fondateur de Civitas Maxima, un réseau d'avocats et d'enquêteurs qui documente notamment les crimes de guerre perpétrés pendant des guerres civiles en Afrique de l'Ouest basé à Genève, il espère - également dans Histoire vivante - que de tels cas permettent à d'autres victimes et avocats de "ne plus se satisfaire du statu quo".

Publié dans Articles de Presse

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