Le 93, rue Lauriston a retrouvé sa mémoire

Publié le par Le Parisien

Le 93, rue Lauriston a retrouvé sa mémoire
93, rue Lauriston (XVIe). Cette plaque doit rendre sa mémoire à l'immeuble au passé funeste

93, rue Lauriston (XVIe). Cette plaque doit rendre sa mémoire à l'immeuble au passé funeste

La plaque commémorant les Résistants torturés par la « Carlingue », ainsi qu'on désignait alors les miliciens français chargés des basses besognes de la Gestapo, entre 1940 et 1944, a retrouvé sa place, jeudi après midi. Près de trois mois après le déclenchement de la polémique entre les partisans de tourner la page et les moins oublieux de l'Histoire.

Au 93 rue Lauriston, la nouvelle plaque est certes discrète et ton sur ton, ardue à déchiffrer mais « au moins est-elle revenue, avec le texte originel », préfère saluer Gérard Flaisler, cet habitant que la disparition soudaine de la plaque du souvenir, subrepticement par une plaque édulcorée rendant un hommage très global « aux héros de la Résistance » avait bouleversé.

« Je suis choqué et triste que l'Histoire puisse être travestie de cette manière », écrivait-il encore en début de semaine à l'intention du Président de la République, après trois mois de vaines démarches. Finalement, aujourd'hui, sa requête peut passer directement à l'archivage : les copropriétaires, ouvertement réticents jusqu'alors à reposer une plaque au texte évoquant les tortionnaires français du groupe Bonny-Lafont, à la solde de l'occupant nazi, ont fini par plier.

Après une mise en demeure de la ville

Fin août dernier, malgré une mise en demeure de la Ville de Paris, qui leur donnait un mois pour rétablir l'ancienne plaque, descellée à l'occasion d'un ravalement, les copropriétaires faisaient pourtant front. Tout en assurant « ne pas vouloir nier ou ignorer les faits et l'Histoire, aussi sombre soit-elle, de notre pays », ils opposaient leurs arguments pragmatiques : « Cet immeuble a vocation à être loué à des sociétés commerciales [...], il serait très préjudiciable de leur imposer des termes très violents alors même que l'objet de cet immeuble est de recevoir de la clientèle ».

Un argument irrecevable pour la Ville de Paris, propriétaire de toutes les plaques commémoratives de la capitale, et donc seule à pouvoir menacer les copropriétaires de poursuites en justice s'ils ne rendaient pas sa mémoire, dans les termes initiaux. Depuis l'été, en marge des associations et de dizaines d'anonymes émus ou effarés, choqués et attristés, un avocat particulier s'était à son tour emparé du dossier, décidé à ne plus laisser trahir les martyrs de la Résistance.

La pression a fini par payer, l'émotion des riverains suscitant un engouement des politiques, toutes étiquettes confondues, a été finalement efficace. 

Publié dans Articles de Presse

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