Entre gestapistes et agents troubles

Publié le par Serge Dumont

Entre gestapistes et agents troubles

Dans son nouvel ouvrage, Jean-Claude Bonnot s’est intéressé à la Gestapo et à ses collaborateurs français en Bourgogne Franche-Comté.

Ancien journaliste au Progrès, Jean-Claude Bonnot publie son 6 e livre. Photo Serge Dumont

Ancien journaliste au Progrès, Jean-Claude Bonnot publie son 6 e livre. Photo Serge Dumont

L’auteur poursuit ses recherches sur cette époque trouble de l’Occupation, propice à tous les retournements et égarements individuels.

C’est en toute discrétion que la Gestapo s’installe en août 1940 à Besançon à l’hôtel de l’Europe, rue de la République, puis très vite à l’hôtel de Lorraine, vers la gare (actuel Ibis). Le bâtiment est endommagé par le bombardement de la gare à la mi-juillet 1943 et la Gestapo se déplace au 4 de la rue Lecourbe, où les murs des cellules conservent encore les inscriptions des suppliciés.

La Gestapo recrute…

Placé sous l’autorité de la direction régionale de Dijon, le service ne compta jamais plus d’une douzaine d’officiers et sous-officiers. Mais grâce au recrutement d’agents français, il réussit à frapper la Résistance sur toute la Franche-Comté. C’est son histoire que retrace l’auteur, à travers les portraits et les parcours de nombreux policiers nazis et de leurs collaborateurs français, dont beaucoup étaient policiers avant-guerre. L’étude permet d’évoquer sous un angle inédit plusieurs drames vécus par la Résistance franc-comtoise : l’assassinat à Poligny du résistant Paul Koepfler, les représailles de l’été 1944 dans la région de Saint-Laurent-en-Grandvaux, puis celle d’Héricourt en septembre, etc.

Avec l’Abwehr et la Feldgendarmerie

« J’ai étendu cette étude à celle de l’Abwehr, le service de renseignement de la Wehrmacht basé à Dijon. Car la Gestapo aurait vu son action très limitée sans l’appui de ce service et celui de la Feldgendarmerie, qui, de l’aveu de plusieurs résistants, était encore plus redoutable que la police nazie », précise l’auteur, qui a travaillé entre autres sur les comptes rendus, dans la presse de la Libération, des procès des collaborateurs français de la Gestapo.

Agents doubles, voir triples !

« Il y a ceux qui travaillent clairement pour la Gestapo, mais aussi des gens plus difficiles à cerner, qui sont des informateurs. Puis il y a les agents doubles, voir triples… ».

Le lecteur découvrira des personnages étranges, comme l’abbé René Magnin, qui après avoir combattu sur le front russe, tenta de manipuler les résistants de la région d’Arbois… Ou Maurice Gehin, héros de 1940 et qui se mit ensuite au service de Meissner, le capitaine SS de la Gestapo bisontine. Il sera fusillé à la Libération.

Le cas Louis Chetelat

Mais le personnage le plus extraordinaire est sans doute Louis Chetelat, de La Vieille-Loye. « Passeur sur la ligne de démarcation, il servit le 2e  Bureau français installé à Lons-le-Saunier, la ville étant encore en zone sud. Pour obtenir la libération de sa fiancée, une veuve de Quingey, il passe à l’ennemi, avant de se transformer… en chef de maquis à l’été 1944. Il en profitera d’ailleurs pour exécuter certains collabos qui auraient pu en dire beaucoup sur lui, dont un certain Paul Wilser. C’est l’agent double par excellence ! ». Jugé au printemps 1945, il échappera au peloton et sortira de prison en 1959. « J’ai retrouvé aux archives de la Défense de Vincennes des documents qui l’accablaient. Mais heureusement pour lui, la communication entre les services, à l’époque, n’était pas très performante… ».

Un nouvel éditeur

Pour son 6e  ouvrage, Jean-Claude Bonnot a changé d’éditeur. Son livre sort chez Cêtre (Besançon). Un honneur pour l’auteur, puisque ce sont les éditions Cêtre qui publièrent en 1985 « La Résistance dans le Jura » de François Marcot, un ouvrage de référence. Illustré d’une quinzaine de documents photographiques, cette étude de près de 400 pages, très référencée, est l’aboutissement de longs mois de recherche. Elle se lit aussi comme un roman d’aventures.

PRATIQUE : « Gestapistes et agents troubles : Franche-Comté et Bourgogne, 1940-1945 », chez Cêtre (24€).

Publié dans Articles de Presse

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