L'ancien roi Michel de Roumanie est mort

Publié le par Mirel Bran, notre correspondant à Bucarest

L'ancien roi Michel de Roumanie est mort

L'ancien souverain, décédé mardi à l'âge de 96 ans, a incarné le destin tragique de la Roumanie au XXe siècle, de la Seconde Guerre mondiale au communisme.

Le roi Michel de Roumanie (ici en 2004) avait annoncé en mars 2016 son retrait de la vie publique au profit de sa fille aînée Margareta. Niviere/SIPA / SIPA/

Le roi Michel de Roumanie (ici en 2004) avait annoncé en mars 2016 son retrait de la vie publique au profit de sa fille aînée Margareta. Niviere/SIPA / SIPA/

C'était un roi sans trône, mais il aura marqué l'histoire de son pays. Le roi Michel de Roumanie, dernier chef d'État vivant ayant gouverné pendant la Seconde Guerre mondiale, est décédé mardi 5 décembre dans sa résidence de Versoix en Suisse. Sa vie fut aussi mouvementée que l'histoire de son pays, qu'il dirigea, quitta et retrouva en l'espace d'un demi-siècle. Il est né le 25 octobre 1921 au château royal de Sinaia, résidence de la maison royale roumaine nichée dans les Carpates. À l'échelle de l'histoire, la monarchie roumaine était encore très jeune. En 1866, afin d'en finir avec les querelles politiques qui envenimaient le pays, la Roumanie fait le choix de la monarchie en installant sur le trône le roi Carol-Ludovic de Hohenzollern-Sigmaringen. Lui succède son fils Ferdinand, qui confie le pouvoir à son fils Carol II. L'entre-deux-guerre est une période faste pour la Roumanie. Le pays connaît alors un essor économique sans précédent et s'aligne, en brûlant les étapes, sur le modèle démocratique de l'Europe de l'Ouest.

Mais Carol II ne se montre pas à la hauteur de ses prédécesseurs. En 1927, il cède la place à son fils Michel, alors âgé de 6 ans, pour une régence de trois ans. Carol II revient ensuite sur le trône, mais, après une série de frasques amoureuses, il abdique le 6 août 1940 en faveur de son fils de 19 ans. Deux mois plus tôt, l'Union soviétique avait annexé la partie orientale de la Roumanie alors engagée aux côtés de l'Allemagne nazie. La Roumanie était dirigée à l'époque par le maréchal Ion Antonescu, un pronazi qui s'est constamment heurté à l'opposition du roi Michel. C'était grâce au roi que la Roumanie rejoindra in extremis le camp allié à la fin de la guerre. Après la victoire des Alliés, l'Armée rouge impose à Bucarest un gouvernement communiste. Un pistolet sur la table, les dirigeants communistes venus rencontrer le roi Michel au palais Elisabeta le contraignent à abdiquer en menaçant de fusiller un millier d'étudiants monarchistes en cas de refus. Le 30 décembre 1947, le roi abdique et part en exil. Après un court passage à Londres, il s'installe avec son épouse, Anne de Bourbon-Parme, à Versoix, en Suisse. Ils auront cinq filles.

"Le monde de demain n’existera pas sans morale, sans foi et sans mémoire."

Ce n'est qu'en 2001 que le roi Michel revient à Bucarest et se réinstalle dans le palais Elisabeta, tout en prenant soin de se tenir à l'écart de la vie politique. Pourtant, par sa dignité, le roi a marqué l'imaginaire collectif des Roumains qui ont voulu rendre hommage à l'ancien monarque avant sa disparition. En 2011, à l'occasion de ses 90 ans, il avait été convié à s'exprimer devant le Parlement. « Le monde de demain n'existera pas sans morale, sans foi et sans mémoire, avait-il déclaré devant les élus. Le cynisme, l'intérêt étroit et la lâcheté ne doivent pas trouver place dans nos vies. La Roumanie a évolué grâce aux idéaux des grands hommes de notre histoire qu'ils ont servie en se montrant responsables et généreux. Je ne considère pas la Roumanie actuelle comme un héritage de nos parents, mais comme un pays qu'ils nous ont prêté parce que nous sommes ses enfants. » Des paroles simples qui traduisent la force d'un véritable homme d'État que les Roumains cherchent encore depuis la chute de la dictature communiste il y a un quart de siècle. En mars 2016, Michel avait annoncé son retrait de la vie publique au profit de sa fille aînée Margareta.

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