La fille de Franco disparaît, son empire immobilier lui survit

Publié le par François-Xavier Gomez

La fille de Franco disparaît, son empire immobilier lui survit

Morte d'un cancer à 91 ans, Carmen Franco Polo défendait la mémoire du dictateur espagnol tout en faisant fructifier un héritage mal acquis. 

Carmen Franco et sa fille Carmen Martinez-Bordiu le 3 juin 2015 aux arènes de Las Ventas à Madrid, à l'occasion d'une corrida. Photo Curto de la Torre. AFP

Carmen Franco et sa fille Carmen Martinez-Bordiu le 3 juin 2015 aux arènes de Las Ventas à Madrid, à l'occasion d'une corrida. Photo Curto de la Torre. AFP

La fille unique du dictateur Francisco Franco (1892-1975), décédée vendredi à Madrid des suites d’un cancer, occupait peu la scène médiatique, contrairement à sa nombreuse descendance dont les mariages, divorces, bals costumés, excès de vitesse et autres frasques occupent une place privilégiée dans les pages de la prensa rosa, la presse people espagnole. Quand Carmen Franco Polo, née en 1926, faisait parler d’elle, c’était surtout pour l’imposant empire immobilier qu’elle détenait et gérait à travers deux sociétés. Le saviez-vous ? Quand vous utilisez un parking payant à Madrid, il y a de fortes chances que vous enrichissiez le clan de feu le Caudillo.

La plus emblématique des propriétés familiales est un manoir en Galice, le Pazo de Meirás, dans la province de La Corogne, non loin d’El Ferrol, ville natale de Franco. Qui, en 1938, avant la fin de la guerre civile, s’approprie le château. Ce bâtiment néogothique de la fin du XIXe siècle est toujours aux mains de la famille, quarante ans après la fin de la dictature, malgré des décennies d’efforts de la région et de l’Etat pour le récupérer.

Droit de visite

Le clan Franco a en effet bataillé pour rester dans la place. En 2008, le château est déclaré monument historique, avec obligation faite à ses pseudo-propriétaires d’autoriser les visites du public quatre jours par mois. Ce qui est enfin possible en 2011, après décision du Tribunal suprême. Le gouvernement régional, la Xunta de Galicia, n’a toujours pas trouvé le moyen juridique pour déloger les squatteurs, qui se réfugient derrière un «don» fait par les autorités militaires franquistes (donc un cadeau de Franco à lui-même) validé par un parchemin qui demeure introuvable.

Si un jour le Pazo de Meirás intègre le patrimoine espagnol (sa valeur architecturale est discutable, mais il serait parfait pour accueillir le tournage de films d’horreur), l’abondante descendance pourra se consoler avec le reste de l’empire familial, composé notamment de plusieurs appartements et parkings à Madrid, et de propriétés à Alicante, Jaen ou Marbella. Le tout estimé, en 2007, entre 500 et 600 millions d’euros par le journaliste Mariano Sánchez, dans son livre Franco, S.A.

Mariage de Carmen Franco et Cristobal Martinez-Bordiu, le 10 avril 1950 à Madrid. A gauche, le dictateur, à droite, la mère du marié. Photo AFP

Mariage de Carmen Franco et Cristobal Martinez-Bordiu, le 10 avril 1950 à Madrid. A gauche, le dictateur, à droite, la mère du marié. Photo AFP

Issu de la petite bourgeoisie provinciale, Franco avait l’obsession de se rapprocher de l’aristocratie et de la famille royale. En 1950, il marie sa fille unique au chirurgien Cristóbal Martínez-Bordiú, marquis de Villaverde. Le couple aura sept enfants dont l’aînée, Carmen Martínez-Bordiú y Franco, épouse en 1972 Alphonse de Bourbon, cousin germain du futur roi Juan Carlos Ier. Le duc de Bourbon, de Bourgogne, d’Anjou, de Cadix, etc., détient le titre d’altesse royale puisqu’il est le prétendant «légitimiste» au trône de France.

Monarque chaviste en France ?

Mais ce prince de contes de fées va être aussi la malédiction de la famille du tyran. Le couple a deux enfants, François et Louis-Alphonse. En 1984, en rentrant des sports d’hiver, Alphonse de Bourbon est victime d’un grave accident de la route près de Pampelune. L’aîné, François, 12 ans, est tué. Cinq ans plus tard, Alphonse de Bourbon, qui dirige le Comité olympique espagnol, descend une piste avant les championnats du monde de ski à Beaver Creek (Colorado). Un filin d’acier qu’il n’a pas vu lui tranche (quasiment) la tête: il périt comme son ancêtre Louis XVI.

C’est Louis-Alphonse de Bourbon, le fils survivant, qui a annoncé vendredi la mort de sa grand-mère. Pour les royalistes français de la branche légitimiste, il est l’unique postulant possible au trône des Capétiens. Il travaille dans la banque et a épousé en Margarita Vargas, fille du banquier vénézuélien Victor Vargas, considéré comme le financier chouchou d’Hugo Chavez et du régime bolivarien. Dans l’hypothèse (peu plausible) d’une restauration monarchique, la France aurait donc un monarque chaviste, sous le nom de Louis XX.

«Un peu autoritaire»

Revenons à Carmen Franco Polo qui, le 12 juillet 1979, échappa à l’incendie de l’hôtel Corona de Aragon, à Saragosse, où elle était descendue. Dans le sinistre périront 83 personnes, et ses causes n’ont jamais été éclaircies malgré trente ans d’enquête. Une des hypothèses est un attentat terroriste visant, outre la fille du dictateur, un grand nombre de galonnés présents à Saragosse à l’occasion d’une cérémonie militaire.

Dans une biographie autorisée parue le mois dernier, sous la plume de la journaliste Nieves Herrero, Carmen Franco décrit son père comme «un peu autoritaire et machiste» mais pas «dictateur». Présidente d’honneur de la fondation Francisco-Franco, elle participait jusqu’à l’an dernier aux messes à la mémoire de l’allié d’Hitler et de Mussolini, lors desquelles, souligne l’AFP, «les participants faisaient encore le salut fasciste sur le parvis de l’église, en plein Madrid».

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