« Un matin, les SS ont débarqué à la maison »

Publié le par Eric de Grandmaison

« Un matin, les SS ont débarqué à la maison »

L'abbé Denis Mary avait 8 ans lorsqu'il vit débarquer des SS de la division « Adolf Hitler » (1) chez ses parents, à Saint-Hilaire-de-Briouze. C'était un 12 août 1944, il y a 69 ans.

L'abbé Denis Mary, dans son jardin fleuri de L'Aigle. Il aimerait faire éditer son témoignage d'enfance dans la tourmente de la bataille de Normandie.

L'abbé Denis Mary, dans son jardin fleuri de L'Aigle. Il aimerait faire éditer son témoignage d'enfance dans la tourmente de la bataille de Normandie.

Huit jours de cohabitation obligée avec la division d'élite du Führer. L'abbé Denis Mary ne s'était jamais beaucoup étendu sur ses souvenirs de gamin en pleine bataille de Normandie. Il a fini par l'écrire. Des souvenirs de gosse du bocage, incroyablement intacts malgré le temps.

Et pourtant, entre les 12 et 20 août 1944, à Saint-Hilaire-de-Briouze, Denis Mary fut obligé de cohabiter avec des SS de la 1re Panzerdivision « Leibstandarte Adolf Hitler ». Huit jours avec les mercenaires du diable, pour un futur prêtre ! Un comble ! Car ces mêmes SS, soldats parmi les plus fanatiques du Führer, allaient, au même moment, massacrer à Tourouvre, dans l'Orne, 18 civils.

Denis Mary, serviteur de Dieu, écrivain passionné, l'histoire chevillée au corps, a fini par prendre la plume. 68 ans après. 60 pages, comme une parenthèse d'horreur dans sa vie au service de l'amour du prochain, « des peurs, des souffrances, des angoisses, qui n'arrivent pas à mourir au fond de moi », confie-t-il. Récit qu'il n'avait pas non plus raconté, « comme une tumeur ».

Au coeur de l'horreur, surgissent étonnamment des moments souriants. « Un jour, nous étions à table en train de manger, quand notre chien « Stop », un bâtard de ratier, vint nous rejoindre à la maison, tenant dans sa gueule un beau saucisson. Fier de sa prise, il vint vers mon père qui mit aussitôt cette charcuterie sur ses genoux. Je lui aurais bien remis une médaille militaire ! ».

La mort rôde. Il suffirait d'un rien : suite à un bombardement, « les Allemands, vexés et furieux, nous menaçaient facilement avec leurs armes. Un Allemand blessé, mis dans un lit de la maison, avait sur lui une chemise de mon père qui lui en fit la remarque. La réponse fut un pistolet braqué sur lui ».

Denis Mary raconte aussi cette anecdote de son frère : « un jour, je trouvai mon petit frère Xavier (6 ans) pleurant très fort au centre d'un groupe de SS qui s'amusaient avec son petit chien en peluche. Je suis immédiatement entré dans le cercle et j'ai pu récupérer la peluche, surpris de m'en sortir sans dommage ».

« L'apocalypse »

« Le 12 août, ce fut l'enfer. Des engins militaires passaient continuellement dans la cour. Les Allemands entraient à tout instant dans la maison, voulant du matériel de cuisine. Les SS devenaient menaçants en cas de résistance de nos parents. Des avions alliés sillonnaient souvent le ciel au-dessus de nous. Vers 19 h, ce fut le bombardement redouté. Le troupeau de vaches se dispersa et ma grand-mère fut légèrement blessée à la tête. C'était pour moi l'apocalypse ».

Dans les heures qui allaient suivre, entre Falaise et Argentan, Les Allemands furent encerclés dans la nasse de la Poche de Chambois. C'est là aussi, au coeur des combats, que l'abbé Mary a prié : « La mort subite était considérée comme une catastrophe pour l'avenir éternel. Il fallait l'absolution ou un acte de contrition parfaite pour être sauvé. J'ai fait ma prière comme tout le monde, sans bien comprendre pourquoi ».

(1) La 1re SS-Panzer-division SS-Adolf Hitler sera taillée en pièces dans la poche de Falaise, perdant près de 5 000 hommes et presque la totalité de son équipement lourd. Néanmoins elle sera reconstituée en septembre 1944 à Siegburg en Allemagne.

Publié dans Articles de Presse

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