Le 30 janvier 1933: Hindenburg nomme Hitler chancelier

Publié le par Gilles Simond

Le 30 janvier 1933: Hindenburg nomme Hitler chancelier

DANS LA «FEUILLE D'AVIS DE LAUSANNE»Le chef du plus important parti politique allemand accède au pouvoir, à 43 ans.

Adolf Hitler et Paul von Hindenburg, en 1933

Adolf Hitler et Paul von Hindenburg, en 1933

«Le président du Reich a reçu lundi matin Adolphe Hitler ainsi que [l’ex-chancelier] Franz von Papen, avec lesquels il a eu un long entretien», relate la Feuille d’Avis de Lausanne du 30 janvier 1933, se basant sur une dépêche datée du jour même à Berlin.

«Le président Hindenburg a nommé M. Hitler chancelier. Sur la proposition de ce dernier, le président a nommé les ministres qui formeront le cabinet.» Hitler, 43 ans, a atteint son objectif: son poids électoral – plus de 33% des voix aux élections législatives de novembre 1932 – l’a emmené au sommet du pouvoir.

Otto Treyvaud, rédacteur en chef de la Feuille d’Avis, écrit: «Tant que je vivrai, jamais cet individu ne sera chancelier du Reich. Ces mots, le président Hindenburg les prononçait l’an dernier encore. Aujourd’hui, non seulement il les renie, mais il paraît avoir capitulé entièrement entre les mains du chef des nazis, de l’ancien peintre autrichien naturalisé allemand. (…) L’«appointé» Hitler triomphe du Generalfeldmarschall von Hindenburg und Beneckendorff. (…) Hitler chancelier, c’est peut-être la guerre civile, en tout cas une provocation très nette envers les partis de gauche allemands, les seuls qui soient vraiment républicains. Or, cette provocation a lieu au moment où [l’armée allemande] – arbitre de la situation – voit son chef von Schleicher limogé sans autre forme de procès. D’autre part, il y a dans le programme hitlérien toute une partie démagogique qui doit certainement inquiéter les banquiers. A moins que le Führer ne l’ait émasculé pour faire plaisir à M. von Papen.

» Enfin, l’arrivée au pouvoir de Hitler aura à l’étranger des répercussions énormes. En France surtout, où l’on n’a pas oublié que Hitler se vante de n’avoir pas serré la main d’un Français depuis 1914. Par contre, la joie sera grande en Italie. A tout prendre, une péril­leuse aventure. Mais il paraît que M. von Papen croit nécessaire la politique du pire que les Allemands appellent Katastrophenpolitik.»

Le quotidien vaudois donne également la composition du nouveau gouvernement. Outre Hitler lui-même n’y figurent que deux nazis, aux côtés du vice-chancelier von Papen. «Le petit caporal bohémien», comme l’appelait Hindenburg, ne perd pas son temps. Après la dissolution du parlement et la convocation de nouvelles élections (43,9% des voix), il obtient les pleins pouvoirs en mars. Chasse aux communistes et violences antijuives peuvent commencer, avec l’aide des SA et des SS, devenus forces de police auxiliaires. En juillet, le Parti national-socialiste deviendra le seul autorisé. Plus rien n’arrêtera le Führer.

Publié dans Articles de Presse

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