2e Guerre mondiale : un héros repose par 124 m de fond

Publié le par La Provence

2e Guerre mondiale : un héros repose par 124 m de fond

L'épave du P-38 d'Henri Ray se trouve bien dans la fosse de Cassidaigne 

Henri Schlienger qui volait sous le pseudonyme d'Henri Ray, aux commandes de son P38 de reconnaissance non armé

Henri Schlienger qui volait sous le pseudonyme d'Henri Ray, aux commandes de son P38 de reconnaissance non armé

Dans le courrier qu'il avait adressé en février 1945 aux maires de plusieurs communes littorales afin d'aider la Croix-Rouge à retrouver la trace de pilotes disparus durant la guerre, le préfet des Bouches-du-Rhône attirait particulièrement l'attention des élus sur trois d'entre eux : le commandant Antoine de Saint-Exupéry, le lieutenant Raoul Agliany et le capitaine Henri Ray.

Soixante-treize ans plus tard, un robot sous-marin téléopéré va tenter de filmer ce qu'il reste du Lockheed P-38 Lightning de Joseph-Henri Schlienger, plus connu sous le pseudonyme d'"Henri Ray". Un avion dont l'épave repose très probablement par 124 mètres de fond, dans la fosse de Cassidaigne, sans doute après avoir été abattu lors d'une terrible mission "dicing" (lire ci-dessous).

Parti d'Alghero, en Sardaigne, où était basé le fameux "escadron à la Hache" - le 2/33, auquel appartenaient également Saint-Exupéry et Agliani -, Henri Ray avait été porté disparu le 21 mars 1944, lors d'une mission photo à très basse altitude, dans le secteur de Toulon-Hyères ; mission menée aux commandes d'un bimoteur P-38 F-4A de reconnaissance non armé, portant le nº223. Jeune ingénieur diplomé de l'Ecole nationale des arts et métiers, il avait 29 ans.

"Nous disposions de deux témoignages"

Comme le souligne le plongeur archéologue marseillais Luc Vanrell, spécialiste des avions de combat tombés en Méditerranée - on lui doit notamment l'identification de celui de "Saint-Ex" -, l'existence d'une épave à cet endroit figurait déjà sur les cartes de navigation car le Service hydrographique de la Marine (Shom) avait détecté une anomalie lors de relevés sonar. Mais comme souvent en pareil cas, c'est un faisceau d'indices qui a permis de confirmer qu'il s'agissait bien d'un avion P-38, notamment grâce à la découverte, en 1999, d'un empennage gauche, à Cassidaigne, par le plongeur Jean-Claude Cayol. Deux ans plus tard, les éléments mécaniques remontés par le pêcheur professionnel ciotaden José Ibanez qui avait calé ses filets sur l'anomalie du Shom, permettent de lever les derniers doutes, notamment grâce aux numéros de série figurant sur un vérin hydraulique de commande de volets.

"Nous disposions en outre de deux témoignages, précise Luc Vanrell. L'un faisait état d'un avion passant en vol rasant au-dessus de la gare de Cassis avant de disparaître en mer, près du phare de Cassidaigne. L'autre décrivait un avion faisant un bruit anormal, poursuivi par deux avions de chasse allemands Messerschmitt, à l'extrémité de la presqu'île de Giens, avec un lieu de crash en mer, situé vers Cassis".

En prenant contact avec le fils d'Henri Ray dans le cadre de cette nouvelle enquête passionnante, Luc Vanrell a d'ailleurs pu corriger une erreur d'interprétation que les historiens relayaient depuis des années. Comme le lui a expliqué Michel Schlienger, 79 ans, si son père avait pris ce pseudonyme, ce n'était pas pour dissimuler un nom d'origine juive - il avait été baptisé selon la religion catholique - mais pour protéger sa famille en cas de capture, étant né en Alsace sous occupation allemande. 

Devenus indispensables dans la seconde moitié du conflit afin de repérer des objectifs stratégiques particulièrement bien camouflés, les vols de reconnaissance photographique à grande vitesse et très basse altitude ont rapidement été surnommés par les pilotes missions "dicing", c'est-à-dire dont la réussite ou l'échec, - et donc la survie ou la mort de ceux qui les exécutaient. Elles se jouaient souvent sur un coup de dé. Ces vols constituaient en effet de véritables missions suicides en raison de l'altitude "zéro" à laquelle évoluaient les avions, mais aussi de l'obligation pour eux de passer à la verticale de cibles souvent très bien défendues, notamment par la redoutable flak (canons antiaériens).

À ce danger majeur, s'ajoutait celui des chasseurs ennemis qui fondaient sans mal sur ces avions de reconnaissance non armés, dont les pilotes consacraient l'essentiel de leur attention à essayer d'éviter de heurter le relief ou la mer. Comme Henri Ray, promu capitaine à titre posthume, beaucoup d'entre eux n'en revinrent d'ailleurs pas. Quant aux plus chanceux, ils rentraient aux commandes d'avions parfois très endommagés, non par les obus ennemis mais par les arbres qu'ils avaient étêtés ou les câbles qu'ils avaient sectionnés ; sans compter les pare-brise éclatés à la suite d'une collision, fréquente au ras des vagues, avec des oiseaux de mer. Indispensables, ces missions ont sans doute permis aux états-majors alliés de peaufiner les plans du débarquement en Provence et d'éviter nombre de morts inutiles. L'engagement des pilotes qui les ont assurées au péril de leur vie, peut donc être parfaitement qualifié "d'héroïque". 

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article