Affaire Skripal : un scientifique russe affirme avoir participé au programme "Novitchok"

Publié le par L'Obs

Affaire Skripal : un scientifique russe affirme avoir participé au programme "Novitchok"

Pourtant, Moscou a démenti l'existence de tout programme de développement d'armes chimiques du nom de "Novitchok" ni du temps de l'URSS ni en Russie.

Un militaire britannique, à proximité du lieu de l'empoisonnement de Sergueï Skripal. (ADRIAN DENNIS / AFP)

Un militaire britannique, à proximité du lieu de l'empoisonnement de Sergueï Skripal. (ADRIAN DENNIS / AFP)

"Le Novitchok n'est pas une substance, c'est tout un système d'armes chimiques." Jamais, selon Moscou, aucun programme du nom de "Novitchok", mis en cause par Londres dans l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal, n'a existé. Un scientifique a pourtant raconté ce mardi 20 mars y avoir participé, dans un média d'Etat qui est ensuite... revenu sur ses propos.

"Le Novitchok n'est pas une substance, c'est tout un système d'armes chimiques", expliquait Leonid Rink dans cet entretien à Ria-Novosti, qui le présente comme l'un des concepteurs de ce programme.

Cette phrase, on l'imagine polémique, a disparu quelques heures plus tard du site de l'agence, qui a amendé le texte où le chimiste est désormais présenté comme "l'un des concepteurs de l'agent toxique qui a reçu le nom de 'Novitchok' en Occident". 

L'agent innervant Novitchok a été désigné par Londres comme à l'origine de l'empoisonnement de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille le 4 mars en Angleterre.

""Ils sont toujours vivants. Cela signifie que soit ce n'était pas le système Novitchok du tout, soit il était préparé négligemment", assure Leonid Rink à Ria-Novosti."

L'existence de ce programme et sa formule chimique ont été révélées par le chimiste russe aujourd'hui réfugié aux Etats-Unis Vil Mirzaïanov. Selon lui, ces agents à l'efficacité redoutable ont été mis au point dans les années 1980 par des scientifiques soviétiques.

"Nous sommes parvenus à un très bon résultat"

Après les accusations de Londres, Moscou a démenti l'existence de tout programme de développement d'armes chimiques du nom de "Novitchok" ni du temps de l'URSS ni en Russie.

"Un grand groupe de spécialistes développait le Novitchok à Moscou et à Chikhany : des techniciens, des toxicologues, des biochimistes. [...] Nous sommes parvenus à un très bon résultat", raconte cependant Leonid Rink à Ria-Novosti.

Selon lui, ce système était nommé pendant la période soviétique "Novitchok-5". "Cette appellation n'était jamais utilisée sans le chiffre qui lui était accolé", précisait-il dans la première version du texte. "Le programme d'armes chimiques en URSS ne s'appelait pas 'Novitchok' mais autrement. Le nom utilisait des chiffres", déclare Leonid Rink dans la nouvelle version de Ria-Novosti...

Leonid Rink affirme toutefois ne pas croire que la Russie soit derrière l'empoisonnement de Sergueï Skripal, hospitalisé dans un état critique, car elle sait que l'utilisation même du "Novitchok" permettrait de remonter jusqu'à elle.

""Tirer sur un individu qui ne présente pas d'intérêt avec un missile d'un tel calibre et ne pas parvenir malgré tout à le toucher, c'est le summum de la stupidité", estime-t-il."

Selon le chimiste, la technologie du "Novitchok" est accessible "pour n'importe quel Etat développé" ou grande compagnie pharmaceutique. "Développer une telle arme ne présente aucun problème", affirme-t-il. Selon lui, des "spécialistes" britanniques auraient donc pu procéder à l'attaque.

Interrogé mardi par l'AFP sur cet entretien publié dans une agence d'Etat, le ministère russe des Affaires étrangères s'en est tenu à sa position : "Il n'y a eu aucun programme de recherche et développement sous le nom 'Novitchok'."
 

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