Le couturier Hubert de Givenchy est mort

Publié le par Christine Halary

Le couturier Hubert de Givenchy est mort

DISPARITION. - Son style incarné par Audrey Hepburn a fait le tour de la planète. Un des derniers grands noms de l’âge d’or de la haute couture est décédé ce week-end à 91 ans.

Le couturier Hubert de Givenchy est mort

 «C’est avec une immense tristesse que Monsieur Philippe Venet vous informe du décès de Monsieur Hubert Taffin de Givenchy, son compagnon et ami. Monsieur de Givenchy s’est éteint dans son sommeil le samedi 10 mars 2018. Ses neveux et nièces et leurs enfants partagent sa douleur.» C'est avec ces mots sobres qu'a été annoncée la disparition de l'aristocrate de la couture. L’esthète, grand amateur d’art et de botanique, l’homme fidèle à ses amis, à ses chiens, à ses propriétés (qu’il décorait lui-même) s’en est allé. Le couturier, lui, avait déjà tiré sa révérence. Sans tapage, sans narcissisme rétrospectif, mais avec panache. Le 11 juillet 1995, sous les lambris des salons du Grand Hôtel à Paris (devenu, depuis, l’InterContinental), il clôturait son ultime défilé par un hommage à ses 80 ouvrières en blouse de lin blanc juchées sur le podium.

« L’éternel apprenti » comme il aimait à se qualifier lui-même, le bourreau de travail qui, durant quarante-trois ans rejoignit rituellement ses ateliers dès 7  heures du matin, avait prévenu : « Je m’arrêterai de faire des robes mais pas de découvrir. La vie est comme un livre. Il faut savoir tourner les pages. » Pudeur ou sincérité ? Hubert de Givenchy ne trouvait pas sa place dans la nouvelle ère, celle des « bulldozers industriels ». Pourtant nulle amertume chez cet homme, un temps reconverti chez Christie’s, dans les ventes aux enchères de prestige, qui jubilait d’avoir exercé le plus beau métier du monde, à la belle époque, celle « où les mannequins étaient élégants, où les clientes s’habillaient, même pour aller dans des endroits perdus ». Tout juste a-t-il longtemps évoqué un regret, celui de n’avoir pas identifié un disciple à qui transmettre son savoir-faire.

Le couturier Hubert de Givenchy est mort

Une muse nommée Audrey Hepburn

 Le discret célibataire, privé de descendance, se rêvait un fils spirituel dans la couture. Nul doute qu’il ne se reconnaissait pas dans le style parfois outrancier des directeurs artistiques successivement recrutés par LVMH pour prendre la relève : John Galliano, Alexander McQueen, Julian Macdonald, Riccardo Tisci. Jusqu’à Clare Waight Keller, nommée à la direction artistique de la griffe en mars 2017. La Britannique s’était fait un point d’honneur de rencontrer le couturier-fondateur qui, pour la première fois, avait ouvert son cœur à un successeur et lui avait transmis les fondamentaux de son style. Le défilé haute couture de janvier dernier s’était révélé être un hommage inattendu au legs de «Monsieur» comme on l’appelle encore dans les murs de l’avenue George-V, à son noir puissant, à sa muse Audrey Hepburn.

L’empreinte du fondateur, l’aristocrate protestant, réside dans une extrême élégance, tient à une précision chirurgicale dans le dosage des effets. Ni trop, ni trop peu. Balenciaga, son maître, lui faisait observer : « Piquer une fleur, surcharger d’un détail, ce n’est pas de la couture. Mais faire une robe toute simple où il n’y a rien qu’une ligne, c’est de la grande couture. » Hubert de Givenchy libère la femme corsetée de l’après-guerre avec une désinvolture très étudiée, une fluidité dans la silhouette amincie. Les encolures se dépouillent, les dos blousent, les lignes tombent précises sur les étoffes légères. Le jeune couturier innove en ajoutant du confort dans la mode. Précurseur du prêt-à-porter de luxe, il invente chez Schiaparelli, où il officie pendant quatre ans, le fameux « separate », une ligne de coordonnés -blouse, jupe, veste et pantalon -, que les clientes peuvent ­accessoiriser au gré de leur humeur.

Le talent perce, dès la première collection du couturier en février 1952, détecté par l’œil averti d’Hélène Lazareff, la directrice de Elle, ou celui de Carmel Snow, grande prêtresse du Harper’s Bazaar. Un défilé tout en noir et blanc où évoluent les piquantes amies du couturier parmi lesquelles Bettina Graziani qui donnera son prénom à une pièce destinée à devenir culte, la blouse Bettina.

À quoi tient le succès ? «À l’amitié », aurait répondu Hubert de Givenchy. La trajectoire du sobre provincial (issu de l’ancienne noblesse du Nord, ce natif de Beauvais y avait installé son usine de parfums) est intimement mêlée à celle d’Audrey Hepburn. C’est elle, l’espiègle actrice aux yeux de biche, qui incarnera à la perfection et avec une fidélité exemplaire le style Givenchy. Elle, qui forgera sa notoriété aux États-Unis où se concentre alors 70 % de sa clientèle. Parmi les tenues mémorables de l’actrice, la robe en organdi noir et blanc brodée de fleurs du film Sabrina de Billy Wilder ou le fourreau en soie cloquée assorti d’une capeline et de lunettes noires dans Diamants sur canapé. C’est elle encore, l’amie, la muse, qui prête gracieusement son image à l’Interdit, l’une des toutes premières fragrances de Givenchy.

De "Sabrina" à "Charade", le style d'Audrey Hepburn selon Hubert de Givenchy

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