Mort d'Hubert de Givenchy, le Cary Grant de la haute couture

Publié le par Le Point par Astrid Faguer

VIDÉO. Le célèbre couturier est décédé à l'âge de 91 ans. Hubert de Givenchy symbolisait le culte de l'élégance et du luxe à la française.

Mort d'Hubert de Givenchy, le Cary Grant de la haute couture

Beaucoup ne distinguent pas clairement les contours de son visage mais pourtant tout le monde connaît cet illustre couturier, le succès de sa maison de couture du même nom et l'arôme de ses parfums. Surnommé le Cary Grant de la haute couture, homme naturellement discret et aristocrate de génie, Hubert de Givenchy symbolisait le culte de l'élégance et du luxe à la française. Il est mort à l'âge de 91 ans. Un parcours sans fausse note pour ce dandy de la mode qui a su conjuguer avec talent modernité et élégance, sans jamais se fourvoyer.

De l'apprentissage à l'indépendance

Fervent admirateur de Cristobal Balenciaga, le jeune Hubert de Givenchy n'a qu'une idée en tête : la mode, sa passion. Prédestiné à devenir notaire, le jeune beauvaisien abandonne sans l'ombre d'une hésitation sa formation pour tenter l'aventure à Paris. À 17 ans, il débarque la fleur au fusil et fait ses classes aux côtés de Jacques Fath, illustre figure de la haute couture. Sans tarder, il devient le premier assistant de l'exubérante Elsa Schiaparelli qui ne le lâchera pas d'une semelle, fascinée par ce jeune homme au charme et à l'élégance innés.

Il est d'ailleurs régulièrement convié à dîner à la table de la créatrice dans son hôtel particulier rue de Berri, où se croisent les notables du Tout-Paris. Après quatre années passées auprès de la créatrice italienne, Hubert de Givenchy se retire de la maison de couture dans le but de lancer sa propre activité. Piquée au vif, la Donna Schiaparelli l'avertit « Vous ferez faillite ! » ce à quoi il répond, élégant « Vous me porterez chance, Madame. » À 25 ans, en 1952, il crée la légendaire Maison Givenchy au 8 rue Alfred-de-Vigny, à Paris.

Les amis : Audrey et Cristobal

Sur les conseils de son mentor et désormais ami, Cristobal Balenciaga, il se sépare de ses associés en leur rachetant la société et assure la pérennité de sa maison en développant les licences. Il déménage alors ses bureaux au 3 avenue Georges-V, adresse devenue depuis emblématique. Rêvant d'une mode à la fois luxueuse et confortable, il lance les « séparables », une collection de jupe, de pantalons et de blouses à manches bouffantes en coton brut à associer selon son bon plaisir. Le succès est au rendez-vous et les étrangers sont fous de son style moderne à la fois chic et épuré, la Britannique Audrey Hepburn en tête. C'est ainsi qu'elle frappera à la porte du couturier en 1953 avec la ferme intention qu'il lui réalise ses tenues pour le film Sabrina.

Une rencontre qui se soldera par de nombreuses collaborations à la ville comme à l'écran et une amitié de trente ans. L'actrice deviendra sa meilleure ambassadrice, allant jusqu'à devenir le visage du parfum Interdit. De fil en aiguille, les plus belles femmes de la planète veulent être habillées par Monsieur de Givenchy : la Duchesse de Windsor, Jackie Kennedy, la princesse Grace de Monaco, les actrices Marlene Dietrich, Greta Garbo, Lauren Bacall, Jeanne Moreau et Ingrid Bergman. On ne compte plus ses fidèles clientes et amies !

La vente à LVMH

Après avoir confié à son frère, le marquis de Givenchy le soin de développer – avec succès – la société de parfums, Hubert de Givenchy lance sa ligne de prêt-à-porter masculin « Gentleman Givenchy » et en devient rapidement le meilleur ambassadeur. En 1978, cerise sur le gâteau, il reçoit son premier dé d'or. Son travail est consacré et reconnu par ses pairs. En 1982, il repart pour la deuxième fois avec la sacro-sainte récompense. Six ans plus tard, il signe avec LVMH pour le rachat des sociétés couture et parfums de la maison.

Jugeant que la mode actuelle n'est plus qu'affaire de vente de sacs à main et de chaussures, que les couturiers ne cherchent plus à embellir la femme – traduisez mais plutôt à l'enlaidir – et que l'élégance de la mode a disparu, le couturier âgé de 68 ans raccroche ses souliers vernis. Ne se reconnaissant plus dans la nouvelle industrie qu'est devenue la mode, Monsieur de Givenchy préfère se retirer définitivement de sa propre maison, laissant le soin à la jeune génération de compléter l'histoire de la maison. Les pointures Galliano, Mcqueen, Ricardo Tisci et Clare Waight Keller s'essaient avec succès à l'exercice.

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