Le devoir de mémoire de Marie et Jean, déportés

Publié le par La Dépêche du Midi

Le devoir de mémoire de Marie et Jean, déportés

Colloques et conférences - Shoah - Marie Vaislic a 87 ans et son mari, Jean, 91 ans. Un grand âge qui n'altère en rien leur mémoire. Rescapé de la Shoah, le couple témoigne ce mardi à l'Espace du Judaïsme (2 place Riquet à 15 heures) à Toulouse auprès des jeunes. Entretien.

Marie Vaislic a relaté sa déportation dans : Seule à 14 ans à Ravensbrück et Bergen Belsen. / Photo DDM, Nathalie Saint-Affre

Marie Vaislic a relaté sa déportation dans : Seule à 14 ans à Ravensbrück et Bergen Belsen. / Photo DDM, Nathalie Saint-Affre

Marie, vous aviez 14 ans lorsque le 30 juillet 1940, vous êtes arrêtée sur dénonciation et déportée au camp de Ravensbrück puis à celui de Bergen-Belsen. Que ressentez-vous à ce moment ?

Sur le moment, rien. Et puis la peur. Quand on arrive dans ce genre d'endroit, on ne comprend pas comment ça peut exister. Quand on en sort vivant, on est devenu un vieillard. L'enfance et la vie adulte ont disparu.

Jean vous a été arrêté en Pologne en 1942 et déporté à Auschwitz Birkenau. Vous aviez 16 ans.

J'ai eu la chance d'être aidé par un compatriote d'une vingtaine d'années. Il m'a pris sous son aile. C'était un peu mon grand frère. Libéré le 10 avril 1945 par l'armée américaine, j'ai suivi mon ami à Toulouse. Toute ma famille avait été tuée. Je ne voulais pas rentrer en Pologne. Je me serai tué.

Durant des décennies vous n'avez rien dit de votre passé. Pourquoi vouloir à un moment, témoigner ?

Nous habitons dans cet immeuble depuis plus de 60 ans et personne n'a rien su de notre déportation. Après la Libération, on ne parlait que des déportés résistants. Les autres étaient occultés. On trouvait même suspect que certains soient revenus vivants d'une telle horreur. Jusqu'en 2007, nous n'avons donc rien dit. Mais lorsque j'ai appris que Serge Klarsfeld venait à Toulouse pour inaugurer la plaque commémorative du convoi dans lequel je me trouvais, je me suis réveillée. J'ai décidé de témoigner. Si les déportés ne racontent pas ce qu'ils ont vécu, qui le fera ?

Quelles sont les questions posées par ces jeunes ?

Ils ont du mal a réaliser cette période. Et posent parfois des questions inattendues. De toute façon, l'échange est essentiel. Surtout en cette période où certains pans d'Histoire sont remis en cause.

Et vous Jean ?

J'ai du mal. Je suis las. Mais il faut témoigner vite car le temps presse. Avec l'âge, le souvenir de l'horreur que j'avais étouffé me rattrape douloureusement. L'an passé, j'ai reçu la Légion d'honneur que j'appelle la Légion d'horreur.

Publié dans Articles de Presse

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