Qui est Heinz Munter, ancien SS poursuivi pour le massacre d’Ascq?

Publié le par Franck Bazin

Qui est Heinz Munter, ancien SS poursuivi pour le massacre d’Ascq?

La justice allemande s’interroge sur la possibilité de rejuger un ancien SS condamné en 1949 pour sa participation au massacre de civils à Ascq lors de la nuit des Rameaux de 1944. L’historienne villeneuvoise Jacqueline Duhem a retracé le parcours judiciaire de Heinz Munter, qui se fait appeler Karl depuis la fin de la guerre et habite non loin de Hanovre.

Le 5 avril 1944, près de 20 000 personnes ont assisté aux funérailles des massacrés. Photo Archives « La Voix du Nord »

Le 5 avril 1944, près de 20 000 personnes ont assisté aux funérailles des massacrés. Photo Archives « La Voix du Nord »

En préparant son livre (1), Jacqueline Duhem s’est plongée dans les archives dites « Le Blanc » et celles du Service de recherche des crimes de guerre ennemis (SRCGE). Elle a pu reconstituer le parcours judiciaire d’Heinz/Karl Munter, l’homme que la justice allemande aimerait renvoyer devant un tribunal pour le massacre d’Ascq.

Dès le 10 octobre 1945, 18 soldats sont recherchés pour le massacre. Munter n’est pas dans la liste. Il apparaît pour la première fois dans un PV d’interrogatoire de Walter Hauck, le commandant de la division SS, en février 1948 à Metz par le capitaine Michel, juge d’instruction militaire. Dans la 2e compagnie d’Hauck, il y avait 4 sections. La 3e était commandée par « l’Oberscharführer Munter (grade SS équivalent à adjudant) Heinz ou Karl Heinz, environ 25 ans, 1,75 m, cheveux blonds, originaire de Saxe ou Thuringe  ». Le capitaine Michel délivre un ordre d’informer afin de le rechercher. Jacqueline Duhem précise qu’Américains et Britanniques, dans leur zone d’occupation, n’extradaient plus à cette date, la guerre froide étant devenue leur première préoccupation.

En mars 1948, Walter Hauck précise que Munter est allé à la gare d’Ascq avec lui et y est resté après son départ. Ce qui correspond aux déclarations d’Élie Derache, facteur enregistrant à la gare, du 5 octobre 1948. Il a été tabassé par un gradé avec une étoile blanche sur l’épaule, donc un sous-officier. Derache précise qu’il portait une casquette et mesurait entre 1,72 et 1,75 m.

Le 4 mars 1949, les inculpations des 17 pour le deuxième procès d’Ascq tombent : Heinz Munter, parmi les 8 absents, est poursuivi pour « assassinats et complicités » et « association de malfaiteurs ». Le 9 mars, un mandat d’arrêt est émis, suivi, le 5 juillet, d’un formulaire d’ordonnance de contumax.

Aujourd’hui, les spécialistes du droit international examinent les textes à la loupe pour s’assurer que cette précédente décision ne fait pas obstacle à un nouveau procès.

Le 6 août 1949, Heinz/Karl Munter est condamné à mort comme coauteur des 86 assassinats et tentatives d’assassinat sur les rescapés. Et le 6 août 1969, vingt ans jour pour après le verdict de condamnation à mort, est tombée la prescription de la peine pour Heinz Munter et les autres condamnés par contumace.

Aujourd’hui, les spécialistes du droit, en Allemagne et au ministère français de la Justice, examinent les textes à la loupe pour s’assurer que cette précédente décision ne fait pas obstacle à un nouveau procès. On ne peut, en principe, pas juger deux fois la même personne pour les mêmes faits. Mais le contexte juridique de 1949 est tellement différent de celui d’aujourd’hui qu’un espoir de procès subsiste.

(1) « Ascq 1944, un massacre dans le Nord, une affaire franco-allemande », Éd. Les Lumières de Lille, 22 €

Publié dans Articles de Presse

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