Suites du massacre d’Ascq : l’historienne Jacqueline Duhem «stupéfaite»

Publié le par Franck Bazin

Suites du massacre d’Ascq : l’historienne Jacqueline Duhem «stupéfaite»

Quand l’historienne Jacqueline Duhem a découvert le nom de l’ancien SS présumé poursuivi dans l’enquête sur le massacre d’Ascq, elle a été stupéfaite : parce que la procédure n’a pas été abandonnée et parce que l’individu ne lui est pas inconnu.

Jacqueline Duhem suit de très près l’enquête. Elle est une des meilleures spécialistes du dossier.

Jacqueline Duhem suit de très près l’enquête. Elle est une des meilleures spécialistes du dossier.

Jacqueline Duhem est l’auteur d’un ouvrage fouillé et complet sur le massacre d’Ascq en avril 1944 et, surtout, ses suites judiciaires. Deux procès dans l’après-guerre, à Lille puis à Metz, n’ont pas permis d’aboutir à des décisions claires. Les condamnations à mort ont été commuées en peines de prison ou prononcées par contumace, et l’exécution des peines n’a été que très partielle.

C’est un des 8 condamnés à mort par contumace à Metz en 1949 qui intéresse la justice allemande. Heinz M., qui a changé de prénom depuis la guerre, a eu une paisible vie d’artisan à Nordstemmen en Basse-Saxe.

Il n’a été rattrapé par l’histoire qu’en janvier 2016, quand les enquêteurs ont perquisitionné son domicile. Opération au cours de laquelle il aurait reconnu avoir ouvert le feu à Ascq. Il était alors sous-officier de l’unité de reconnaissance de la division SS Hitlerjugend.

«  Contrairement aux très jeunes recrues de cette unité, Heinz M. et ses collègues officiers et sous-officiers avaient l’expérience du feu après avoir servi sur le front russe  », souligne Jacqueline Duhem. «  Je suis stupéfaite de voir que les choses bougent. Je ne pensais pas que l’affaire aboutirait, même si nous n’en sommes pas encore au procès.  »

« C’est un des condamnés de Metz ! »

Autre motif de stupéfaction pour l’historienne : l’identité du mis en cause. «  C’est un des condamnés de Metz ! En principe, dans les années 1950 à 1970, la justice allemande devait répondre à la demande de la justice française et lui fournir les condamnés à mort par contumace. Mais les Allemands répondaient que les condamnations de ce type n’étaient pas définitives et ne donnaient pas suite aux demandes françaises.  »

Décision avant Noël

Avant la transmission du dossier à la juridiction compétente de Celle (Basse-Saxe), le procureur général de Dortmund voulait s’assurer qu’il y avait matière à poursuites et que la condamnation de 1949 n’était pas un obstacle juridique.

Cité par nos confrères du Hildesheimer Allgemeine Zeitung, Bernd Kolkmeier, porte-parole du parquet de Celle estime que ce n’est pas un problème. Il existe un principe fondamental, valable à l’échelle européenne, selon lequel une personne ne peut pas être jugée deux fois pour les mêmes faits. Mais M. Kolkmeier note que la juridiction de 1949, un tribunal militaire, et la sanction, la peine de mort, sont «  tellement éloignées de nos standards de droit actuels  » qu’elles ne peuvent empêcher la tenue d’un nouveau procès.

La décision de renvoyer ou non Heinz M. devant la justice sera prise avant Noël.

« Ascq 1944, Un massacre dans le Nord, une affaire franco-allemande », par Jacqueline Duhem (Éd. Les Lumières de Lille), 15 €. 

Publié dans Articles de Presse

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