Mort de John McCain : bon débarras pour Moscou

Publié le par Marc Nexon

Mort de John McCain : bon débarras pour Moscou

John McCain était la bête noire du régime russe. À Moscou, personne ne regrette celui qui estimait que Poutine était plus dangereux que Daech.

John McCain, sur la place de l'Indépendance à Kiev en décembre 2013, est venu soutenir le mouvement en faveur d'un rapprochement avec l'Europe, un rapprochement que Moscou veut empêcher à tout prix. Volodymyr Shuaveyev / AFP

John McCain, sur la place de l'Indépendance à Kiev en décembre 2013, est venu soutenir le mouvement en faveur d'un rapprochement avec l'Europe, un rapprochement que Moscou veut empêcher à tout prix. Volodymyr Shuaveyev / AFP

S'il est une capitale où personne ne pleure la mort du sénateur John McCain, c'est Moscou. La palme de la délicatesse revient même à une proche de Vladimir Poutine : Margarita Simonian, 38 ans, rédactrice en chef de la chaîne Russia Today. « Je suis une chrétienne de merde, parce que je n'arrive pas à aimer mes ennemis, écrit-elle sur son compte Facebook. Si je ne réussis pas à compatir, je ne dois pas me réjouir du malheur des autres. Mais il faut que je fasse un effort sur moi-même. »

Entre la chaîne anglophone, bras armé du régime à l'étranger et l'élu républicain, la guerre sévissait, il est vrai, depuis longtemps. En novembre 2017, McCain défendait avec virulence l'adoption de sanctions à l'égard de Russia Today accusée de « miner les régimes démocratiques » et d'avoir influencé l'élection américaine en 2016. L'obligation pour la chaîne de s'enregistrer aux États-Unis comme « agent étranger » déclenche alors la fureur de sa dirigeante, également à la tête de l'agence gouvernementale Rossiya Segodnia. Elle conseille au sénateur de lire La Ferme des animaux de George Orwell, ferme dans laquelle « certains animaux sont plus égaux que d'autres ». « Même s'il l'a lu il n'a rien compris, bien sûr », dit-elle.

« Ces accusations de russophobie ne sont pas justifiées »

En Russie, McCain a les traits du diable. Surtout depuis sa sortie sur Vladimir Poutine en mai 2017. « Il est la première et la plus importante des menaces devant l'État islamique », lance-t-il lors d'une visite en Australie. Une phrase qui tourne en boucle depuis sa disparition sur les chaînes russes. À un détail près : le présentateur omet de mentionner Poutine et explique que l'ex-candidat à la présidentielle de 2008 considérait « la Russie plus dangereuse que Daech ». Un raccourci également opéré par les politologues du Kremlin. « Il soutenait les terroristes », écrit Sergueï Markov, responsable du conseil stratégique national. « Il incarne la pensée ouvertement antirusse selon laquelle la Russie ne peut être qu'hostile », renchérit Oleg Morozov, membre de la commission internationale du Conseil de la Fédération.

Seule voix dissonante, celle de l'ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov, devenu un opposant au régime. « Je le connaissais bien. Ces accusations de russophobie ne sont pas justifiées. Il portait un jugement positif sur les Russes, mais pensait que leur gouvernement est un poison. »

Il n'empêche, McCain a multiplié les formules assassines. Au lendemain de l'annexion de la Crimée et de l'invasion de l'Ukraine, il se lâche : « La Russie est une station essence qui prétend être un pays », dit-il en référence à sa dépendance pétrolière. Voilà pourquoi il faut des sanctions fortes. » Hasard du calendrier : la semaine où le héros de la guerre du Vietnam s'éteint, Washington impose une nouvelle salve de mesures restrictives à Moscou.

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