Critiqué de toutes parts, Trump rend tardivement hommage à McCain

Publié le par L'Obs

Le président américain a finalement rendu hommage au sénateur républicain, mort samedi, en ordonnant la mise en berne des drapeaux à travers le pays.

Le drapeau américain à la Maison-Blanche, remonté puis redescendu, le 27 août 2018, en hommage à John McCain (Mandel Ngan / AFP )

Le drapeau américain à la Maison-Blanche, remonté puis redescendu, le 27 août 2018, en hommage à John McCain (Mandel Ngan / AFP )

Après avoir obstinément refusé tout au long de la journée de répondre aux questions sur John McCain, qui fut l'un des rares dans le camp républicain à le critiquer ouvertement, Donald Trump a finalement dû se résoudre lundi 27 août à diffuser, deux jours après la mort du sénateur, un communiqué saluant, a minima, son engagement pour son pays.

Réticent jusqu'au bout, il n'a pas tweeté ce texte, laissant cette tâche au compte officiel de la Maison-Blanche.

A cette occasion, il a annoncé que le drapeau américain flottant sur la Maison-Blanche, qui avait été abaissé ce week-end puis relevé lundi matin dans un étrange ballet, serait de nouveau placé à mi-mât pour le reste de la semaine, jusqu'à l'enterrement de celui qui a siégé plus de trente-cinq ans au Congrès et fut candidat à la présidence en 2008.

"En dépit de nos différences politiques, je respecte l'engagement du sénateur John McCain pour notre pays et, en son honneur, j'ai signé un décret ordonnant la mise en berne des drapeaux américains jusqu'au jour de son enterrement", a-t-il indiqué dans ce court texte.

Plusieurs associations d'anciens combattants étaient montées au créneau peu avant pour demander au président de changer de posture et d'adopter un comportement plus rassembleur.

"Nous apprécions vraiment tout ce que le sénateur McCain a fait pour notre pays", a-t-il encore dit lundi soir, lors d'un dîner à la Maison-Blanche en l'honneur de dirigeants évangélistes.

Message posthume de McCain

Consterné par le discours de repli nationaliste et protectionniste du 45e président des Etats-Unis, John McCain dénonçait régulièrement – et avec une liberté de ton sans équivalent au sein du Parti républicain – le style et les provocations de l'ancien homme d'affaires de New York.

Dans un message posthume lu par son porte-parole, celui qui fut surnommé "le dernier lion du Sénat" a mis en garde les Etats-Unis contre la tentation du repli et les risques de la division, une dénonciation à peine voilée de l'actuel locataire de la Maison-Blanche.

Peu avant sa mort à l'issue d'une longue bataille contre le cancer, John McCain a écrit :

""Nous affaiblissons notre grandeur lorsque nous confondons notre patriotisme avec des rivalités tribales qui ont engendré le ressentiment, la haine et la violence aux quatre coins de la planète. Nous l'affaiblissons quand nous nous cachons derrière des murs, plutôt que de les faire tomber.""

Son porte-parole a par ailleurs confirmé que Trump n'assisterait pas aux funérailles nationales prévues samedi à Washington, où ses prédécesseurs Barack Obama et George W. Bush vont prononcer un éloge funèbre.

La rupture avec les codes et les usages de la politique américaine fut la marque de fabrique du candidat Trump. Elle est aussi, dans une large mesure, celle du président Trump. Mais le fait qu'il pousse cette logique aussi loin, dans un pays friand de moments – même éphémères – d'unité nationale, a surpris et choqué nombre d'élus.

Jusqu'à lundi soir, le contraste était saisissant : depuis le décès samedi à 81 ans du sénateur républicain au verbe haut, les hommages s'accumulent des deux côtés de l'échiquier politique, mais aussi à travers le monde.

Trump, lui, s'en était tenu à un tweet laconique dans lequel il adressait ses condoléances à la famille. Contrairement à son vice-président, Mike Pence, ou à sa femme, Melania, il n'avait pas dit un mot sur la vie, le parcours ou les combats de John McCain.

Le "Washington Post" a rapporté que Trump a même refusé la publication d'un communiqué préparé par ses services, dans lequel l'ancien prisonnier de la guerre du Vietnam était qualifié de "héros".

Funérailles nationales samedi à Washington

Les hommages à l'élu octogénaire, dont Barack Obama a loué le "courage" hors du commun, vont s'étaler sur toute la semaine. Dans l'hémicycle du Sénat, le pupitre de John McCain était couvert lundi d'une étoffe noire et décoré de roses blanches.

Après avoir été présenté mercredi au capitole de l'Arizona, son cercueil sera transporté à Washington, où il sera présenté vendredi au public dans la rotonde du Capitole, un honneur réservé aux grands personnages de l'histoire des Etats-Unis comme John F. Kennedy ou Rosa Parks. Le vice-président, Mike Pence, sera présent.

Les funérailles nationales auront, elles, lieu samedi dans l'imposante cathédrale de la capitale fédérale. Donald Trump a annoncé que le chef du Pentagone, Jim Mattis, et son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, y représenteraient son administration.

Parmi les personnes qui porteront le cercueil figurent l'acteur Warren Beatty, l'ancien vice-président Joe Biden et l'ex-maire de New York Michael Bloomberg.

Publié dans Articles de Presse

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