Donald Trump se déchaîne contre Bob Woodward

Publié le par notre correspondante à Washington, Hélène Vissière

Donald Trump se déchaîne contre Bob Woodward

Si la Maison-Blanche a tardé à démentir certaines des révélations du journaliste, sur Twitter, le président a déclenché un véritable tir de barrage.

Sur Twitter, le président américain accuse Woodward de rouler pour les démocrates. Jonathan Ernst / X90178 / REUTERS

Sur Twitter, le président américain accuse Woodward de rouler pour les démocrates. Jonathan Ernst / X90178 / REUTERS

La meilleure défense, c'est l'attaque. Un adage que Donald Trump pratique beaucoup. Depuis la publication mardi par le Washington Post et divers médias d'extraits du nouveau livre explosif de Bob Woodward qui dépeint une administration totalement chaotique – « une maison de fous », selon les termes du secrétaire général – et un président « dérangé » et totalement incontrôlable, Donald Trump se déchaîne via Twitter.

« N'est-il pas scandaleux qu'un individu puisse écrire un article ou un livre, inventer des histoires de toutes pièces et projeter l'image d'une personne qui est littéralement l'opposé de la réalité, et s'en tirer sans punition ou conséquences », a écrit Trump sur Twitter. « Je ne sais pas pourquoi les politiciens de Washington ne changent pas les lois sur la diffamation. »
 

Le livre Fear du célèbre journaliste dont l'enquête avec Carl Bernstein sur le Watergate a contraint Richard Nixon à la démission doit sortir le 11 septembre et la Maison-Blanche était parfaitement consciente qu'il dressait un portrait dévastateur du président. Pourtant, mardi, elle a mis plusieurs heures à réagir après la publication des extraits. Selon le Washington Post, les conseillers qui n'avaient pas réussi à se procurer un exemplaire demandaient, paniqués, aux journalistes s'ils étaient cités.

Démentis

Sarah Huckabee Sanders, la porte-parole, s'est finalement fendue d'un communiqué disant que ce n'était « rien que des histoires fabriquées, souvent par d'anciens employés mécontents ». Mais elle n'a pas nié les révélations ni précisé quels étaient les points erronés.

Plusieurs conseillers sont montés au créneau pour démentir les citations qu'on leur attribuait. James Mattis, le ministre de la Défense, qui aurait dit, selon Woodward, que le président avait le comportement et l'entendement d'un « écolier de 10 ou 11 ans », a qualifié l'ouvrage de « fiction ». « Je n'ai jamais prononcé ou entendu les mots méprisants sur le président qui me sont attribués dans le livre de Woodward », a-t-il déclaré. « J'apprécie en général la lecture de fiction, mais c'est une marque de littérature unique à Washington et ces sources anonymes ne lui donnent pas de crédibilité. » Le secrétaire général John Kelly, de son côté, a ajouté : « L'idée que je puisse avoir appelé le président idiot est fausse, c'est même exactement le contraire. » Dans le livre, il est cité disant : « C'est un idiot. Ça ne sert à rien d'essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il déraille complètement. On est dans une maison de fous. »

John Dowd, l'ex-avocat de Donald Trump, a lui aussi nié la scène incroyable dans laquelle il apparaît. Convaincu qu'une audition de Donald Trump devant le procureur spécial Robert Mueller serait suicidaire, car il allait se parjurer, Dowd monte une simulation d'interrogatoire qui se révèle un désastre. Trump s'emmêle dans ses réponses, se contredit, débite des mensonges… Selon le livre, l'avocat lui dit alors : « Ne témoignez pas. C'est ça ou l'uniforme orange [celui des prisonniers, NDLR]. » Dans un communiqué, John Dowd a dit qu'il n'avait pas lu le livre, un récit « tendancieux ». « Je veux que ce soit bien clair : il n'y a pas eu de session d'entraînement ou de reconstitution d'un faux interrogatoire au bureau du procureur spécial. En outre, je n'ai pas traité le président de menteur et n'ai pas dit qu'il terminerait en uniforme orange. »

« Woodward respecte toujours les règles du jeu »

Ce n'est pas le premier portrait peu flatteur de l'administration. Il y a déjà eu toute une brochette de livres très négatifs que la Maison-Blanche s'est appliquée à discréditer agressivement. Mais réfuter les révélations de Fear risque d'être plus difficile. Bob Woodward est un grand nom, un lauréat du prix Pulitzer, respecté pour son sérieux et ses contacts. Ensuite, il a parlé à toutes sortes de proches de Donald Trump, possède des centaines d'heures d'interviews et raconte des scènes de manière très documentée.

Ari Fleischer, l'ex-porte-parole de l'administration Bush, a pris la défense de Woodward. « Je me suis retrouvé moi aussi dans un des livres de Woodward. Il y avait des citations que je n'ai pas aimées. Mais pas une fois – jamais –, j'ai pensé qu'il les avait inventées, a-t-il tweeté. Woodward respecte toujours les règles du jeu. »
 

Un coup de fil enregistré et diffusé par le Washington Post

Il est donc revenu à Donald Trump, décrit dans le livre comme de plus en plus parano, d'attaquer Woodward. Et il ne s'en est pas privé par une avalanche de tweets, clamant que Fear était truffé « de mensonges et de sources bidon ». « Il dit que j'ai traité Jeff Sessions [le ministre de la Justice, NDLR] de retardé mental et de crétin sudiste. Je n'ai rien dit de tel, n'ai jamais utilisé ces termes pour parler de quelqu'un, y compris Jeff, et être du Sud est super. Il a inventé ça pour nous diviser. »

Le président a affirmé également que le journaliste était à la solde des démocrates et qu'il avait fait exprès de sortir son livre avant les élections de novembre pour torpiller les républicains : « Woodward est un agent démocrate ? Notez le timing ? » a-t-il insinué.

Selon le Washington Post qui a diffusé l'enregistrement, Donald Trump a appelé Bob Woodward en août pour dire qu'il voulait être interviewé pour le livre. Le journaliste lui répond qu'il a demandé en vain un entretien et que c'est trop tard. Personne, se justifie le président, ne lui a transmis la demande et il le regrette, le journaliste s'étant « toujours montré juste » à son égard. À la fin de la conversation, il est moins louangeur. Ça va être un « livre plein d'inexactitudes, et c'est dommage », conclut-il. En prévente sur Amazon, Fear y est numéro un des ventes.

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