Guerre commerciale : la Chine riposte aux nouvelles taxes américaines

Publié le par Pierre-Yves Dugua

Guerre commerciale : la Chine riposte aux nouvelles taxes américaines

VIDÉO - La Chine a indiqué de nouvelles taxes douanières portant sur 60 milliards de dollars de produits américains importés, ce mardi. La veille, la Maison Blanche a confirmé l'imposition de taxes visant 200 milliards de dollars de produits venus de l'Empire du milieu.

Guerre commerciale : la Chine riposte aux nouvelles taxes américaines

Donald Trump ne bluffait pas. Après des mois de menaces explicites, puis quelques escarmouches depuis juillet, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine se durcit. La Maison-Blanche a non seulement confirmé lundi soir l'imposition de nouveaux droits de douane de 10% visant quelque 200 milliards de dollars supplémentaires de produits venus de Chine. Mais elle est allée encore plus loin. Donald Trump met en garde la Chine qu'en cas de mesures de rétorsion, «nous engagerons immédiatement la troisième phase qui consiste en droits de douane couvrant 267 milliards de dollars d'importations supplémentaires». 

Ces menaces n'ont pas empêché l'Empire du milieu de répliquer. Dans un premier temps, le ministère du Commerce chinois a en effet indiqué que le pays n'a pas d'autre choix que de riposter à ces nouveaux droits de douane américains, mais espère que les États-Unis vont changer d'attitude, sans pour autant préciser la nature des représailles. Plus tard dans la journée, le gouvernement de l'Empire du milieu a indiqué qu'elles portaient sur 60 milliards de dollars de biens américains. La liste des produits ciblés n'était pas disponible mardi dans l'immédiat sur le site du ministère des Finances. Mais une liste préliminaire dévoilée le 3 août énumérait une large variété de produits agricoles, dont le boeuf, des textiles, des composants chimiques, de petits avions et pièces aéronautiques, ou encore le gaz naturel liquéfié, mais également... un type de préservatifs, alors menacé d'être taxé à 25%. Pékin a également annoncé mardi le dépôt d'une plainte additionnelle devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans le contentieux en cours contre Washington sur cette série de droits de douane.

Sur Twitter, le président américain a accusé mardi la Chine de «tenter d'influencer» les élections américaines par ses sanctions commerciales, après l'annonce, par Pékin, de «représailles» à ses nouveaux tarifs douaniers. À Bruxelles, la commissaire européenne Cecilia Malmström a qualifié les nouvelles taxes américaines de «très regrettables» et ajouté que l'UE était «en désaccord avec la méthode» de Washington. «L'escalade» dans le conflit commercial américano-chinois «est très préoccupante», a estimé dans un communiqué Dieter Kempf, président de la Fédération allemande de l'industrie (BDI), pour qui la Chine doit cependant «prendre au sérieux les critiques de ses partenaires».

Comme Washington a déjà mis en œuvre en juillet des droits de douane de 25% couvrant 50 milliards de dollars d'importation, c'est la quasi-totalité des produits chinois arrivant sur le marché américain qui devrait être frappée. Ce n'est pas tout. En dépit du barrage de critiques que ces mesures suscitent de la part des milieux d'affaires, le président américain, sûr de sa méthode, indique que les droits de 10% annoncés hier soir vont grimper à 25% d'ici à la fin de l'année. L'idée est de donner le temps aux entreprises américaines qui dépendent de fournisseurs chinois de trouver des sources alternatives d'approvisionnement. C'est aussi, manifestement, un moyen de faire monter la pression sur Pékin.

La Chine veut encore négocier

Selon l'agence Bloomberg, le vice-premier ministre chinois Liu He devait convoquer une réunion ce mardi matin à Pékin pour discuter de la réponse du gouvernement à la décision américaine. Fang Xinghai, vice-président de l'autorité chinoise de réglementation des valeurs mobilières, la CSRC, a de son côté déclaré lors d'une conférence à Tianjin qu'il espérait que les deux parties pourraient s'asseoir à la table des négociateurs et négocier sur le commerce. Il a dit espérer de bonnes relations commerciales sino-américaines à long terme. «Le président Trump est un homme d'affaires implacable. Il essaie de faire pression sur la Chine pour qu'il puisse obtenir des concessions dans nos négociations. Je pense que ce genre de tactique ne marchera pas avec la Chine», a déclaré Fang Xinghai. «S'il applique des droits de douane sur la totalité des exportations chinoises vers les États-Unis - ce qu'il dit vouloir faire - même dans ce scénario, l'impact négatif sur l'économie chinoise sera d'environ 0,7%» a-t-il poursuivi. Ce mardi matin, les bourses de Hong Kong, Shanghai et Shenzhen étaient en léger repli.

Jusqu'à présent les autorités chinoises ont riposté rapidement, et par des mesures équivalentes, aux surtaxes américaines. Dans les faits, il leur sera désormais plus difficile de le faire, car le volume d'exportations américaines à destination de la Chine n'est que de 130 milliards de dollars, tandis que la première puissance d'Asie exporte pour plus de 500 milliards de dollars de biens vers les États-Unis. Pékin ne pourra réagir complètement qu'en ayant recours à des mesures administratives, tout aussi handicapantes pour les firmes américaines, comme la privation d'accès à certains produits, le blocage en douane, ou le refus d'autorisations diverses.

Le moment choisi par la Maison-Blanche pour cette escalade est délibérément provocant. Steven Mnuchin, le Secrétaire américain au Trésor, venait tout juste d'inviter à Washington une délégation de hauts dirigeants chinois pour renouer la semaine prochaine des négociations commerciales directes. La rafale de sanctions antichinoises pourrait faire capoter cette visite. Elle affaiblit aussi la parole de Steven Mnuchin aux yeux du Vice-premier ministre chinois, qui était censé faire le voyage dans la capitale américaine. Les autorités chinoises qui ont déjà indiqué «ne pas vouloir négocier avec un revolver sur la tempe», savent que Steven Mnuchin fait partie des rares libres-échangistes de l'administration Trump. Ils peuvent douter aujourd'hui de sa capacité à faire accepter un éventuel accord qu'il pourrait négocier avec Pékin.

300 produits sensibles épargnés

L'autre libre-échangiste convaincu de l'entourage de Donald Trump est Larry Kudlow. Ce conseiller économique s'efforce de présenter la politique de son président sous un jour plus constructif. «Nous sommes prêts à négocier et à parler à tout moment avec la Chine dès qu'ils seront disposés à des négociations sérieuses et substantielles pour progresser vers un commerce libre, pour réduire les droits de douane et les barrières non-tarifaires...» assure-t-il. Le seul aménagement consenti par Donald Trump aux demandes des milieux d'affaires, très hostiles à sa politique agressive de sanctions, concerne quelque 300 produits sensibles écartés à la dernière minute de la liste des articles à surtaxer. Il s'agit par exemple de montres numériques comme celles d'Apple et Fitbit, de casques de vélo, et de sièges automobile pour enfants.

Convaincu que l'économie américaine est assez solide, et que le consommateur américain sera tolérant de hausses de prix, Donald Trump pense par sa politique de droits de douane croissants va contraindre Pékin de faire des concessions en vue d'ouvrir les marchés chinois aux exportateurs américains. Il demande aussi l'abandon de pratiques jugées déloyales, notamment en matière de partage forcé de propriété intellectuelle.

Publié dans Articles de Presse

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