Jean Piat, une belle voix de cinéma

Publié le par Bastien Hauguel

Jean Piat, une belle voix de cinéma

En doublage, le comédien savait aussi bien tenir les rôles de méchant (Scar dans Le Roi lion) que de gentil (Gandalf dans Le Seigneur des anneaux).

Jean Piat savait aussi bien tenir les rôles de méchant (Scar dans Le Roi lion) que de gentil (Gandalf dans Le Seigneur des anneaux). MARTIN BUREAU / AFP

Jean Piat savait aussi bien tenir les rôles de méchant (Scar dans Le Roi lion) que de gentil (Gandalf dans Le Seigneur des anneaux). MARTIN BUREAU / AFP

Il faisait partie de ces comédiens immédiatement reconnaisables par leurs voix. La sienne était belle, profonde, solide, parfaitement posée, musicale en prose comme en poésie. Jean Piat avait non seulement un visage connu, dominé par de beux yeux bleus, mais aussi ce timbre chaleureux qu'il savait moduler à souhait, servi par une diction impeccable, celle conquise à la Comédie-Française . Mort à 93 ans, Jean Piat laisse derrière lui une génération de spectateurs captivée par l'éloquence shakespearienne qu'il a insufflée à des personnages célèbres comme Scar dans Le Roi lion, Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame et Gandalf dans Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit. « Vous ne passerez pas ! » hurlait-il notamment derrière le vénérable visage de Ian Mckellen, dans l'une des scènes les plus épiques et mémorables de la trilogie d'heroic fantasy de Peter Jackson.

Mais bien avant de s'essayer au doublage, Piat fut un homme de théâtre, jouant à la Comédie-Française les classiques de Molière, Rostand, Hugo, Claudel ou encore Feydeau. Il apparaît en chair et en os au cinéma et finit par poser sa voix pour la première fois en 1954 dans le Prince Vaillant, du cinéaste américain Henry Hathaway. Il retente l'expérience en 1962 pour Lawrence d'Arabie, où son timbre âpre s'accorde à la fougue aventureuse et à l'élégance de Peter O'Toole. Piat doublera de nouveau le monstre sacré du cinéma britannique dans Lord Jim (1965) et La Nuit des généraux (1967).

Du Roi lion au Bossu de Notre-Dame

Après de nombreux passages à la télévision, Jean Piat se consacra presque entièrement, dès le début des années 1990, à sa voxographie. Le comédien se glisse alors sous la fourrure noire du sournois Scar, le célèbre méchant du film d'animation Disney Le Roi lion. Sa verve solennelle, ses intonations impétueuses et son timbre pétrifiant s'accordent à la perfection, autant dans les dialogues que dans les chansons, avec ce personnage, fourbe, lâche et machiavélique. Piat livrera une prestation tout aussi marquante dans Le Bossu de Notre-Dame (1996), où il prête sa voix au vil diacre Claude Frollo. Côté dessins animés, on peut également l'entendre par la suite dans Le Château des singes (1999), Kaena la prophétie (2003) et Tous à l'Ouest (2007).

En 2001, Jean Piat livre une prestation aristocratique dans la version française du Gosford Park, de Robert Altman, où il double Michael Gambon, plus connu comme le deuxième Dumbledore des films Harry Potter. La même année, il devient l'une des voix du Britannique Ian McKellen, à la fois dans À la croisée des mondes (2007) mais aussi, et surtout, dans les trilogies d'heroic fantasy du Seigneur des anneaux et du Hobbit. La voix iconique et emplie de sagesse de Piat devient alors celle du sorcier Gandalf. Il suffit de quelques répliques légendaires – « Fuyez, pauvres fous ! » – pour que le personnage au chapeau gris s'illumine auprès des spectateurs. Le nom de Jean Piat, lui, reste dans l'ombre. Mais comme il le disait dans son livre Les Plumes des paons : « Parler juste, c'est comme chanter juste, c'est un don. Mais ça étonne moins. »

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