La cinéaste Marceline Loridan-Ivens, survivante d'Auschwitz, est morte

Publié le par Le Figaro

La cinéaste Marceline Loridan-Ivens, survivante d'Auschwitz, est morte

DISPARITION - La productrice et écrivaine est décédée à l'âge de 90 ans ce mardi, a annoncé à l'AFP l'avocat Jean Veil, fils de Simone Veil, dont la disparue était très proche après l'avoir rencontrée dans le camp d'Auschwitz-Birkenau lors de la Seconde Guerre mondiale.

Marceline Loridan-Ivens le 15 janvier 2015 à Paris. DOMINIQUE FAGET/AFP

Marceline Loridan-Ivens le 15 janvier 2015 à Paris. DOMINIQUE FAGET/AFP

Un peu plus d'un an après son amie Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens est décédée ce mardi à Paris, a annoncé l'avocat Jean Veil au nom de la famille de la nonagénaire. «Marceline était quelqu'un qui avait une vitalité exceptionnelle. On avait gardé, les uns et les autres, des relations quasiment filiales. Mon frère et moi étions très proches d'elle, sa présence était importante pour nous», a souligné le fils de Simone Veil.

Cette cinéaste, mais aussi productrice et écrivaine, a passé sa vie à dénoncer l'injustice et la violence, meurtrie à jamais par sa déportation, à l'âge de 15 ans. En février 1944, celle qui s'appelle alors Marceline Rozenberg et son père résistant sont arrêtés à Bollène (Vaucluse) par la Gestapo. Transférés vers le camp de Drancy, en banlieue parisienne, ils sont déportés à Auschwitz-Birkenau en avril. C'est là que la jeune Marceline rencontre Simone Veil. «C'était une camarade de déportation de maman, cet épisode de leur vie si difficile avait fait d'elles des amies indéfectibles», a ajouté Me Jean Veil.

La jeune femme fait partie des déportés transférés, à l'approche de l'Armée Rouge, vers le camp de Bergen-Belsen puis Theresienstadt. Le 10 mai 1945, deux jours après la capitulation allemande, elle aperçoit le premier soldat soviétique, arrivant à moto avec un drapeau rouge.
«Plus personne ne pouvait m'imposer quoi que ce soit»

Après la guerre, elle fréquente la Cinémathèque à Paris et tape des manuscrits pour le sémiologue Roland Barthes. Elle entre dans le monde du cinéma grâce au philosophe Edgar Morin, qui l'entraîne dans le tournage, avec Jean Rouch, de Chronique d'un été en 1961. Elle se fait connaître notamment par des documentaires sur le Vietnam ou la Chine de Mao réalisés avec son second mari, le Néerlandais Joris Ivens.

Jusqu'à sa mort, Marceline Loridan-Ivens ne cesse de témoigner. Dans une interview accordée en mars 2018 à Madame Figaro à propos de son dernier ouvrage, L'Amour après, elle raconte que dans les camps, elle avait «trouvé une forme de liberté». «Cette liberté construite dans les camps m'a poursuivie après. Plus personne ne pouvait m'imposer quoi que ce soit», conclut la nonagénaire. Éternellement libre.

Les hommages n'ont pas tardé à affluer. Le président Emmanuel Macron a salué sa mémoire en assurant que «son témoignage et sa leçon ne sauraient être oubliés». «Ils nous obligent», a-t-il souligné. La Fondation pour la mémoire de la Shoah et la ministre de la Culture Françoise Nyssen ont salué «une grande dame». Pour Anne Hidalgo, Marceline Loridan-Ivens était «une femme inspirante»: «Son œuvre, sa force de caractère et son humour ont toujours suscité mon admiration», a tweeté la maire de Paris. «Marceline Loridan-Ivens, une leçon de vie, à méditer et perpétuer», a quant à lui réagi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

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