La philanthropie selon Donald Trump

Publié le par notre correspondante à Washington, Hélène Vissière

La philanthropie selon Donald Trump

La fondation caritative du président américain a été dissoute en raison d'« un schéma récurrent d'actes illégaux ». Une énième enquête impliquant Trump.

Donald et Melania Trump, philanthropes aux pratiques dénoncées par la procureure de New York. YURI GRIPAS / Consolidated News Photos / Picture-Alliance/AFP

Donald et Melania Trump, philanthropes aux pratiques dénoncées par la procureure de New York. YURI GRIPAS / Consolidated News Photos / Picture-Alliance/AFP

Donald Trump a une curieuse conception de la philanthropie. En 2014, lors d'un gala de charité à Mar-a-Lago, sa propriété de Floride, il a proposé lors d'enchères le prix le plus élevé, soit 10 000 dollars, pour un portrait de lui-même. Mais il n'a pas payé un sou. Il a en fait utilisé les fonds de la Trump Foundation, son organisation caritative. Quant au tableau, il l'a accroché dans un restaurant de Doral, son club de golf, à Miami. Sept ans plus tôt, toujours lors d'un autre gala de charité à Mar-a-Lago, Melania avait payé 20 000 dollars aux enchères un autre portrait de son mari. Là encore, c'est la Trump Foundation qui a effectué le paiement à l'intention de l'organisation humanitaire Children's Place at Home Safe, qui aide les familles victimes de violences domestiques. Donald Trump a aussi acheté, lors d'une soirée caritative, pour 12 000 dollars, via sa fondation, un casque signé par Tim Tebow, un joueur de football américain dont la carrière a été très brève. Le problème ? Tout cela est totalement illégal : la loi interdit d'employer l'argent de sa fondation pour acheter des objets pour soi-même ou pour son entreprise, et de les garder.

Tout aussi troublantes, les drôles de pratiques de la Trump Foundation, épinglées par certains médias lors de la campagne présidentielle de 2016. Entre 2009 et 2014, Donald Trump ne lui a pas versé un sou, s'appuyant uniquement sur l'argent des donateurs, et son conseil d'administration ne s'est pas réuni depuis 1999. Le trésorier, un des hauts responsables de la compagnie Trump Organization, a déclaré qu'il ne savait pas qu'on l'avait nommé membre du conseil d'administration de la fondation. Quant aux frais de fonctionnement, ils étaient très modestes, presque nuls s'est vanté l'avocat de Trump. Et pour cause, il n'y a pas d'employés !

« Un schéma récurrent d'actes illégaux »

Assez de raisons pour que Barbara Underwood, la procureure de l'État New York, décide de lancer, il y a deux ans, une enquête. Cette semaine, après des négociations, la fondation a accepté de se dissoudre et de donner ses actifs restants évalués à quelque 1,8 million fin 2017. Parmi eux, les deux tableaux représentant le président et le casque, qui ne valent plus aujourd'hui que 975 dollars, selon les documents. « C'est une victoire importante… qui montre clairement que les règles s'appliquent à tout le monde », a déclaré Mme Underwood.

Barbara Underwood a accusé la fondation de n'être guère plus qu'une banque « destinée à servir les intérêts économiques et politiques de M. Trump », et d'être impliquée dans « un schéma récurrent d'actes illégaux ». L'ex-promoteur immobilier a notamment pioché 258 000 dollars dans la caisse pour régler plusieurs plaintes contre ses propriétés. Il a notamment versé 100 000 dollars pour mettre un terme à un litige qui opposait Mar-a-Lago à la ville de Palm Beach sur la hauteur du poteau où flottait le drapeau américain sur le golf. La ville a accepté de supprimer l'amende si Trump envoyait 100 000 dollars à une organisation de vétérans. Il a aussi versé, toujours par le biais de la fondation, 25 000 dollars à une candidate républicaine en Floride.

La procureure a également accusé l'organisation caritative d'être devenue une officine politique et d'avoir travaillé main dans la main avec l'équipe de campagne de Donald Trump. Là encore, une pratique totalement hors la loi. Quelques jours avant les primaires dans l'Iowa, Corey Lewandowski, le directeur de campagne, a demandé au trésorier de la fondation dans un e-mail rendu public : « N'y a-t-il pas un moyen de pouvoir débourser un peu de fonds (en provenance d'une collecte de fonds) cette semaine dans l'Iowa ? »

Bonne foi

Le président Trump clame, bien sûr, sa bonne foi. Il a répété qu'il voulait fermer sa fondation en 2016, mais qu'on l'en avait empêché. La procureure de New York s'y est en effet opposée, afin de mener son enquête jusqu'au bout. « La Trump Foundation a fait un super boulot et donné des tonnes d'argent, le mien et celui d'autres à de grandes causes pendant des années. Et je n'ai pas pris d'honoraires, de loyer, de salaire… » a tweeté Donald Trump en ajoutant que ces actions en justice étaient une chasse aux sorcières politique, car les procureurs de New York sont tous démocrates.

Dans un autre tweet, il a directement attaqué Barbara Underwood et celle qui lui a succédé en janvier, Letitia James, sans les nommer, assurant qu' « il ne sera jamais traité de manière équitable ».

La dissolution de la Trump Foundation ne met pas un terme à une autre action en justice en cours, qui vise à interdire à Donald Trump et à ses trois plus grands enfants de devenir membres du conseil d'administration d'une organisation caritative de New York, et demande la restitution de quelque 2,8 millions de dollars.

Multiples affaires et procès

Donald Trump et ses organisations font l'objet de bien d'autres enquêtes judiciaires. Il y a tout d'abord le procureur spécial Robert Mueller, qui examine ses liens avec les multiples Russes qui ont été mêlés de près ou de loin à la campagne de 2016. Et ils sont nombreux...

Il y a ensuite une enquête pour savoir si sur les 107 millions de dons que Trump a reçus pour financer l'organisation de son investiture, il y avait de l'argent étranger, autre pratique interdite. Après un article du New York Times qui montrait comment Trump, en magouillant, avait économisé des millions de dollars en impôts, plusieurs agences se sont penchées sur l'état de ses comptes.

Le président américain fait également l'objet de deux procès dans lesquels il est accusé d'avoir violé la Constitution en touchant de l'argent étranger dans l'exercice de ses fonctions. Même s'il ne dirige plus son groupe, il continue à percevoir des revenus de ses hôtels et de ses golfs dans lesquels viennent toutes sortes de dignitaires – saoudiens, qataris, roumains… – pour faire du lobbying.

Enfin, Summer Zervos, une ancienne participante de l'émission de téléréalité qui a rendu Trump célèbre, The Apprentice, le poursuit pour diffamation.

Et ce n'est sans doute pas fini. La nouvelle procureure de New York, Letitia James, très critique à l'égard du président, a annoncé qu'elle « aurait recours à toutes les facettes de la loi pour enquêter sur le président Trump et ses affaires ainsi que celles de sa famille ». Et les démocrates qui vont prendre le contrôle de la Chambre des représentants en janvier ont bien l'intention d'examiner à la loupe ses activités. Que risque Donald Trump ? Ce n'est pas très clair. Mais il semble qu'il y ait peu de chances qu'il soit inculpé tant qu'il est à la Maison-Blanche.

Publié dans Articles de Presse

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