Un «shutdown» à quitte ou double pour Donald Trump

Publié le par Philippe Coste, intérim à New York

Un «shutdown» à quitte ou double pour Donald Trump

Depuis minuit ce samedi, les administrations publiques américaines sont paralysées faute de compromis entre le Congrès et la Maison Blanche sur le financement d'un mur à la frontière mexicaine.

Nancy Pelosi, cheffe du groupe démocrate à la Chambre des représentants, le vice-président Mike Pence et Donald Trump à la Maison Blanche le 11 décembre. AFP

Nancy Pelosi, cheffe du groupe démocrate à la Chambre des représentants, le vice-président Mike Pence et Donald Trump à la Maison Blanche le 11 décembre. AFP

Le couperet est tombé à minuit. Comme prévu. Déjà certains que la loi de finance contenant le cadeau de Noël de Donald Trump, les 5,6 milliards de dollars nécessaires à la construction d’un mur «en dur» à la frontière mexicaine, resterait enlisé au Sénat faute d’une majorité anti-blocage de 60 voix, un grand nombre d’élus avaient déjà quitté Washington en fin d’après-midi vendredi.

Le «shutdown», la «fermeture», pour la troisième fois cette année, des administrations publiques, privées de budgets de fonctionnement, a donc commencé, du moins virtuellement, sans générer samedi matin, pour l’instant, le chaos annoncé pendant toute la semaine. Les personnels essentiels, touchant la sécurité nationale, restent à leur poste, assurés du paiement différé de leurs salaires, la poste et les transports ne sont pas affectés et même les musées et parc nationaux tentent de fonctionner en jonglant avec les fonds d’urgence.

L'anxiété de Donald Trump

Ce «shutdown», mitigé dans les faits, contraste avec l’extrême dramatisation politique et médiatique du moment. Et pour cause : les affrontements qu’il suscite depuis 24 heures, via Twitter et CNN, entre l’exécutif et le Congrès, en disent long sur l’anxiété de Donald Trump, bafoué par les élections de mi-mandat et déjà obsédé par la présidentielle de 2020. Le chaos révèle aussi les atermoiements du parti républicain, à la veille de l’entrée d’une majorité démocrate à la Chambre des représentants le 3 janvier. Si le Sénat a étayé sa majorité républicaine, l’establishment du parti ne peut que prendre ses distances avec Trump, en particulier après son annonce aberrante sur le retrait des troupes de Syrie, et en prévision d’une défaite possible aux sénatoriales de 2020.

Pas question donc pour Mitch McConnell, chef de cette majorité, de céder à la demande de Trump de changer les règles de vote du Sénat pour débloquer son mur et la loi de finance à la majorité simple. Cette option «nucléaire» autoriserait les démocrates à agir de la même manière s’ils emportaient le Sénat en 2020. Ensuite, Donald Trump joue ici son va-tout politique. Les démocrates, bientôt maîtres de la Chambre des représentants, n’ont aucune intention de contribuer dans l’autre hémicycle aux 60 voix nécessaires à la construction d’un mur qui représente la promesse essentielle d’une présidence honnie. Et il est peu probable que la Maison Blanche obtienne même le soutien unanime des républicains du Sénat sur ce point.

Quitte ou double

Trump n’a d’autre option que de se nourrir de ce conflit pour galvaniser sa base, ses supporters les plus passionnés, dans l’espoir de rééditer dans deux ans, la formule de sa victoire de 2016, essentiellement fondée sur le rejet de l’immigration et de l’establishment politique. Pas le choix. Un temps tenté par le compromis, mercredi dernier, Trump a soudain durci le ton en voyant les médias conservateurs se retourner contre lui. L'émission Fox & Friends, d’ordinaire dévouée sur Fox News, ou Rush Limbaugh, ténor radiophonique de l’ultradroite, ont fustigé l’abandon possible du mur, et la virulente polémiste, d’ordinaire si loyale, Ann Coulter l’a même traité de faiblard («gutless») à l’antenne.

Selon un récent sondage de l’institut Quinnipiac, 59% des électeurs républicains approuvent la fermeture des administrations si l’enjeu est la construction du mur. Dans le New York Times, l’éditorialiste du très conservateur Washington Examiner Philipp Klein y voit le quitte ou double de Donald Trump, et les prémices de deux années d’empoignade politique. «Côté démocrate, le champ des candidatures aux présidentielles est ouvert, et il est probable que Trump soit opposé à une personnalité clivante, ce qui augure d’un combat entre la base républicaine et la base démocrate», prédit-il. Quels que soient les résultats d’une rencontre de la dernière chance des leaders républicains avec Trump au matin du 22 décembre, la guérilla de Noël annonce deux nouvelles années de chaos politique.

Publié dans Articles de Presse

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