Dijon au cœur de la répression

Publié le par Anne-Françoise Bailly

 Dijon au cœur de la répression

Pourquoi Dijon avait une situation particulière dans la France occupée ? Le professeur d’histoire Jean Vigreux répond à cette question.

Le 17 juin 1940, à 15 heures, les premiers Allemands étaient arrivés à Dijon. Photo archives LBP

Le 17 juin 1940, à 15 heures, les premiers Allemands étaient arrivés à Dijon. Photo archives LBP

Le 11 septembre 2014, Dijon fêtera les soixante-dix ans de sa libération du joug nazi. L’occasion pour toutes celles et ceux qui ont vécu cette période douloureuse de se remémorer les années noires de l’Occupation, depuis l’arrivée, à la mi-juin 1940, de la 4e Panzer-division du général Stever à Dijon, la plus grosse division blindée de la Wehrmacht avec ses douze mille hommes, ses trois cent quarante-trois chars et ses cinquante automitrailleuses…

Pendant la dernière guerre mondiale, pourquoi la situation de Dijon était-elle particulière ? À l’Université de Bourgogne, nous avons rencontré le professeur d’histoire contemporaine Jean Vigreux, qui répond à cette question.

Dijon, un carrefour

« La situation de Dijon était particulière pour plusieurs raisons », explique l’enseignant. Certes, Dijon est une grande ville, capitale de l’Est, mais aussi « pendant très longtemps, elle a été fortement marquée par la guerre de 70 et donc la guerre de 1914. C’est pourquoi, à Dijon, il y avait beaucoup de casernes. En fait, c’est une “ville caserne”. Dijon, c’est aussi un croisement, car le PLM, le Paris Lyon Marseille, passe par Dijon, donc c’est un lieu de transport et de carrefours ferroviaires importants. Ainsi, les Allemands vont installer à Dijon des troupes d’élite, non seulement une kommandantur comme on peut en trouver partout, non seulement sa Wehrmacht, mais ce qu’on appelle l’Abwehr, c’est le service de renseignement allemand. En fait, tout leur service de renseignements pour la France était basé à Dijon ».

La Sipo SD (Sicherheitspolizei/Sicherheitsdienst), qui est la police politique des nazis et qu’on appelle vulgairement la gestapo, était aussi présente à Dijon, avec des locaux rue Docteur-Chaussier. « Dijon était un gros nœud pour l’occupation, le renseignement, la répression. »

Et de poursuivre : « Il y a un rôle non négligeable de Dijon, dans la vision allemande. Il y a même eu une volonté, mais cela n’a pas abouti, dans le cadre de la logique de collaboration, de faire une grande Bourgogne, qui aille de la Bourgogne actuelle jusqu’aux Pays-Bas : la renaissance d’un Moyen Âge mythifié par les nazis où Dijon aurait été la capitale de cette Bourgogne lotharingie. C’était dans les plans de Goebels, mais cela n’a pas abouti ».

La Sipo SD avait un siège qui débordait sur la Bourgogne Franche-Comté. Et c’est d’ici que va s’organiser toute la répression. Jean Vigreux cite l’exemple du massacre de Dun-les-Places, village du Nivernais-Morvan, dans la Nièvre, qui a connu trois journées d’horreur, du 26 au 28 juin 1944. « C’est de Dijon que les troupes sont parties. » Le village, encerclé par près de trois mille hommes, sera pillé, brûlé en partie, vingt-sept personnes seront fusillées.

C’est aussi à Dijon, au PC du lieutenant-général Wilhem Hederich, que la terrible opération Treffenfeld contre les maquis de l’Ain et du haut Jura sera décidée et réalisée du 11 au 21 juillet 1944.

Rue Pasteur

Dans la cité des ducs, les services de l’Abwehr furent installés dans l’hôtel de l’Urbaine, 28, rue Pasteur, à Dijon, aux numéros 9 et 10, du boulevard Carnot, et dans des appartements. L’Abwehr de Dijon lança des opérations de démantèlement de réseaux de résistants, à Paris et partout en France, le cas du réseau Alliance, qui se solda par des arrestations sur tout le territoire national. Dans son mémoire sur l’Abwehr de Dijon, l’universitaire et homme politique côte-d’orien Maurice Lombard écrivit que quatre cent trente-huit agents d’Alliance avaient été fusillés ou avaient péri dans les camps de concentration. Kurt Merk, un officier de l’Abwehr de Dijon, n’avait pas résisté au plaisir d’arrêter lui-même le commandant du réseau, le 16 septembre 1943, en montant dans le train pour Paris, lors d’un arrêt à Aulnay-sous-Bois. Il s’était installé dans son compartiment et lui avait posé cette question : « Avez-vous fait bon voyage en Angleterre, M. Faye ? ».

L’officier Léon Faye, dit l’Aigle, est mort le 30 janvier 1945, lors du massacre du camp de concentration de Sonnenburg, en Pologne.

Publié dans Articles de Presse

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