Bordeaux : le 12 janvier 1953 s’ouvrait le procès du massacre d’Oradour

Publié le par Jean-Michel Le Blanc

Bordeaux : le 12 janvier 1953 s’ouvrait le procès du massacre d’Oradour

Il y a soixante-cinq ans, le tribunal militaire de Bordeaux ouvrait le procès des accusés du massacre d’Oradour commis en juin 1946. Cinq semaines d’audience relatées dans « Sud Ouest ».

Bordeaux : le 12 janvier 1953 s’ouvrait le procès du massacre d’Oradour

Dans son édition du mardi 6 janvier 1953, « Sud Ouest » titrait : « Le 10 juin 1944, dans d’atroces circonstances, le village d’Oradour-sur-Glane et ses habitants étaient rayés du monde des vivants. Des acteurs de cette horrible tragédie comparaîtront le 12 janvier devant le tribunal militaire de Bordeaux. »

En ce lundi 12 janvier 1953, à 14 heures, sous la présidence du conseiller à la cour Marcel Nussy Saint-Saëns, les débats se sont donc ouverts. Prévus initialement pour durer quinze jours, ils se sont étalés sur cinq semaines.

Jour après jour, les journalistes de « Sud Ouest » ont rapporté l’ambiance souvent houleuse, chargée d’émotion, vécue dans la salle du tribunal. Le service de documentation du journal dispose d’une soixantaine de pages d’époque relatant ce procès qui fut l’un des plus importants de l’après-guerre.

La France divisée

Soixante témoins, parmi lesquels des rescapés des fusillades seront appelés à la barre. Le 31 janvier, c’était au tour de Marguerite Rouffanche, la seule rescapée de l’église d’Oradour. Elle a perdu dans la tuerie son mari, son fils, ses deux filles et son petit-fils âgé de 7 mois. « Compatissant et ému, le tribunal s’était groupé autour du témoin pour recueillir son témoignage chuchoté… » pouvait-on lire dans le journal.

À travers ce procès, la France est divisée. La population limousine réclame un jugement de vengeance, les avocats alsaciens invoquent la contrainte qui a pesé sur les incorporés de force. Chacun suit donc de près le sort des 14 Alsaciens figurant parmi les 21 accusés. Cela amène même le président à faire une mise au point : « Bien des malentendus autour de cette affaire me conduisent à sortir aujourd’hui de ma réserve… Ce procès est celui de l’hitlérisme, qui a conduit des hommes à commettre des crimes comme celui d’Oradour. »

Dans la nuit du 12 au 13 février 1953, à 2 h 30 du matin, le verdict tombe. Cinq à huit ans de prison pour les 13 SS alsaciens, dix à douze ans de travaux forcés pour six des sept soldats allemands, la peine de mort pour l’engagé alsacien et l’adjudant allemand comme pour les 42 autres SS de la division Das Reich présents à Oradour mais condamnés par contumace. Cinq jours plus tard, « au nom de la réconciliation » et de « l’intérêt supérieur de l’unité nationale », les Malgré-nous (incorporés de force dans la Wehrmacht) alsaciens sont amnistiés et, dans la foulée, les autres condamnés bénéficient d’une grâce avec aménagement de peine.

« Sud Ouest » annonçait ainsi que le samedi 21 février 1953, « 13 Alsaciens sont libérés discrètement ».

Le procès d’Oradour est resté une affaire très sensible qui continue aujourd’hui à alimenter les débats sur l’histoire de la Libération et ses conséquences sur l’unité nationale.

Publié dans Articles de Presse

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