Le mystère Rudolf Hess enfin levé

Publié le par notre correspondante à Washington, Hélène Vissière

Le mystère Rudolf Hess enfin levé

Le prisonnier de Spandau, capturé par les Anglais en 1941, était-il l'héritier spirituel d'Adolf Hitler ? De nouveaux documents rouvrent la controverse.

Hermann Goering (à droite) et Rudolf Hess (à gauche) lors du procès de Nuremberg.  AFP/ STRINGER

Hermann Goering (à droite) et Rudolf Hess (à gauche) lors du procès de Nuremberg. AFP/ STRINGER

Qui était réellement « le prisonnier n° 7 » détenu à la prison de Spandau pendant quarante ans ? Depuis la fin de la guerre, toutes sortes de rumeurs folles et de théories fantaisistes ont circulé sur l'identité du prisonnier nazi. Officiellement, c'était Rudolf Hess, adjoint et proche du Führer, qui a eu un drôle de destin. En mai 1941, de manière bizarre, Hess s'envole en tenue civile dans un avion qu'il pilote vers l'Écosse dans le but apparent d'essayer de négocier un accord de paix séparé entre Berlin et Londres. Mais, lorsqu'il atterrit en sautant en parachute, les Anglais l'arrêtent et l'enferment jusqu'à la fin de la guerre. Il sera ensuite jugé par le tribunal de Nuremberg, condamné à une peine à perpétuité et transféré en 1947 à Spandau, la prison forteresse de Berlin contrôlée en rotation par les Américains, les Anglais, les Français et les Russes, où il était à la fin le seul prisonnier. Il s'est suicidé à 93 ans, en 1987.

Mais, dès son arrestation, il y a des doutes sur son identité. Et à très haut niveau. Le président Franklin Roosevelt est persuadé qu'il s'agit d'un imposteur, tout comme Allen Dulles, le patron de l'OSS, l'ancêtre de la CIA qui envoie en 1945 un psychiatre à Berlin pour faire évaluer son état mental. C'est surtout W. Hugh Thomas, un médecin britannique qui a travaillé à Spandau, qui propage cette thèse. Il a vu Hess nu lors d'un examen médical et constate qu'il n'a pas de cicatrices, alors qu'il a été blessé au poumon gauche lors de la Première Guerre mondiale. Hess n'a pas non plus les dents écartées comme on le voit sur certaines photos, il refuse de voir sa famille jusqu'en 1969, souffre soi-disant d'amnésie, sans parler des incohérences sur les enregistrements radars, le plan de vol… W. Hugh Thomas fait des recherches et conclut que le nazi est bien parti pour l'Écosse, mais qu'il a été descendu au-dessus de la mer du Nord et que les Allemands ont aussitôt envoyé un double en Écosse. À moins que ce ne soient les Britaniques qui lui ont trouvé un sosie…

Un lieu de pèlerinage des néonazis

Tout cela paraît tiré par les cheveux parce que ça voudrait dire que Rudolf Hess a réussi à tromper les Britanniques, dont certains le connaissaient avant la guerre, mais aussi ses copains nazis, dont Hermann Goering et Joachim von Ribbentrop, avec qui il était assis sur le banc des accusés à Nuremberg, Albert Speer, dont il était très proche et avec qui il a été emprisonné, et surtout sa femme, qui lui a rendu visite et a qualifié l'idée d'un double d'« absurdité totale ».

Mais les rumeurs ont continué. Après sa mort, Hess a été enterré dans la ville de Wunsiedel et sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage des néonazis. En 2011, le gouvernement allemand a décidé d'exhumer ses restes et de les brûler, empêchant ainsi toute analyse ADN. Enfin du moins le croyait-on jusqu'au travail de détective d'un groupe de scientifiques américains et autrichiens.

Un autre parent éloigné qui a tenu à garder l'anonymat

En 1982, un médecin américain, dans le cadre d'un examen médical de routine, a fait une prise de sang à Hess. Quelques gouttes ont été placées sur une lame en verre pour être observées au microscope et vérifier les cellules, puis le spécialiste l'a scellée hermétiquement avec la mention « Spandau #7 » et l'a gardée pour ses cours à l'hôpital militaire de Walter Reed, à Washington. Dans les années 90, un de ses collègues, Sherman McCall, a entendu parler de l'échantillon. « J'ai d'abord découvert l'existence de la plaquette de sang de Hess lors d'une remarque par hasard pendant que je faisais mon internat à Walter Reed, a raconté McCall au New Scientist. J'ai découvert la controverse historique quelques années plus tard. » Ça lui a donné des idées.

Il a contacté Jan Cemper-Kiesslich, un biologiste à l'université de Salzburg, en Autriche, qui a extrait l'ADN de la plaquette. Il a fallu ensuite chercher un parent de Hess. Outre le fait que c'est un nom courant, les descendants ne se bousculaient pas pour se faire connaître. Les scientifiques ont d'abord obtenu par un historien révisionniste britannique le numéro de téléphone de l'unique fils de Hess. Manque de chance, il venait de mourir. Ils ont fini par trouver un autre parent éloigné, qui a tenu à garder l'anonymat.

Après examen des deux ADN, les résultats « soutiennent fortement l'hypothèse que le le prisonnier n° 7 était bien Rudolf Hess, l'adjoint du Führer du IIIe Reich », écrivent-ils dans le journal Forensic Science International : Genetics. La théorie du sosie est donc « hautement peu probable et donc réfutée ». Un mystère historique en moins…

Publié dans Articles de Presse

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