La "Das Reich" : chemin de sang dans le Sud-Ouest

Publié le par Sud Ouest par Stéphane Barry, Docteur en histoire, Directeur associé des éditions Mémoring, Fondateur de l’association le Café historique

Tandis que les villes de Sud Ouest sont peu à peu libérées, l’été 1944 est marqué par les massacres commis contre les populations civiles par les nazis

Char Tigre de la 8e compagnie du SS-Panzer-Regiment 2 « Das Reich » en avril 1943 après la reprise de Belgorod, avec à droite du front de caisse l'emblème de la division. Bundesarchiv, Bild 101III-Gutscher-001-03 / Gutscher / CC-BY-SA 3.0

Char Tigre de la 8e compagnie du SS-Panzer-Regiment 2 « Das Reich » en avril 1943 après la reprise de Belgorod, avec à droite du front de caisse l'emblème de la division. Bundesarchiv, Bild 101III-Gutscher-001-03 / Gutscher / CC-BY-SA 3.0

Renvoyée sur le front de l’Est début 1943, la 2e division blindée SS « Das Reich », sous le commandement du Gruppenführer Lammerding, participe activement à la reprise de Kharkov, puis à la bataille de Koursk et à la défense de l’Ukraine. Au début de l’année 1944 durement touchée, presque liquidée, l’état-major décide de la rappeler en France l’installant au nord de la Loire et dans le Sud-Ouest en prévision d’un débarquement allié qu’il sait imminent. En avril 1944, les premiers éléments de la Division « Das Reich » arrivent dans le Sud-Ouest afin d’être reconstituée notamment à partir des apports d’alsaciens, ukrainiens ou hongrois, récemment enrôlés. Au total, ce sont environ 15 000 hommes qui seront répartis dans une cinquantaine de cantonnements à Montauban et dans les environs. Immédiatement des éléments de la « Das Reich », tentent de mettre en échec les réseaux de résistance de la région, attaquant les maquis du Lot en mai 1944, effectuant des arrestations à Figeac et fusillant des résistants.

Plaque commémorative des exactions de la 2ème Division SS Das Reich du 11 mai 1944 : 13 déportés, 4 ne sont pas revenus. Apposée sur l’église du Bourg. Crédit photo : CC Thiery 46

Plaque commémorative des exactions de la 2ème Division SS Das Reich du 11 mai 1944 : 13 déportés, 4 ne sont pas revenus. Apposée sur l’église du Bourg. Crédit photo : CC Thiery 46

Le 6 juin alors que le débarquement allié a commencé, la « Das Reich » reçoit l’ordre de rejoindre au plus vite la Normandie. Le regroupement se fait mais non sans peine, car il faut rassembler toute une division dont les éléments sont disséminés dans la région. En outre, l’état du matériel est alarmant, soixante pour cent des chars sont par exemple défectueux, tandis que d’autres éléments blindés qui remontent vers la Normandie par voie ferrée sont l’objet de nombreuses attaques.

Château en ruines de Laclotte à Castelculier ; la croix à droite désigne l’emplacement où le 7 juin 1944 ont été fusillés un résistant et quatre civils capturés ; le château a ensuite été incendié, ainsi que la ferme de deux des victimes. Crédit photo : Archives départementales du Lot-et-Garonne, Agen, France

Château en ruines de Laclotte à Castelculier ; la croix à droite désigne l’emplacement où le 7 juin 1944 ont été fusillés un résistant et quatre civils capturés ; le château a ensuite été incendié, ainsi que la ferme de deux des victimes. Crédit photo : Archives départementales du Lot-et-Garonne, Agen, France

Ce n’est pas une surprise pour les allemands qui, confrontés aux maquis de la Dordogne et du Limousin, particulièrement actifs pour ralentir leur progression, multiplient les exactions, exécutions sommaires et massacres de civils afin de terroriser les populations. Ils exercent avec une violence inouïe ce que leurs actualités dénomment pudiquement des « opérations de nettoyage dans le Sud de la France ».

La marche sanglante de la Das Reich

Après une offensive des FTP qui rentrent dans Tulle les 7 et 8 juin au cours de laquelle les troupes allemandes assassinent dix-huit garde-voies, l’arrivée d’éléments de la « Das Reich » contraint les maquisards à évacuer la ville. Le 9 juin les SS et des membres du Sipo-SD pénètrent dans la ville. Débutent alors de terribles représailles, quatre-vingt-dix-neuf hommes, sont pendus en pleine rue, aux lampadaires et aux balcons des immeubles. En même temps les allemands décident de déporter 149 hommes.

Le lendemain, des éléments de la division décident qu’Oradour-sur-Glane, un village situé à environ vingt kilomètres au nord-ouest de Limoges, et sans lien avec la résistance, va être l’objet de sanglantes et terribles représailles, suite à la disparition du major Helmut Kämpfe enlevé par les FTP communistes de Georges Guingouin.

Parcours de la 2e Panzerdivision SS « Das Reich » en mai et juin 1944. Crédit photo : T.Maillard CC

Parcours de la 2e Panzerdivision SS « Das Reich » en mai et juin 1944. Crédit photo : T.Maillard CC

Le 10 juin 1944, un détachement du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier « Der Führer » conduit par Adolf Diekmann entre dans le village. La population d’Oradour, qui a presque doublé du fait des réfugiés, est séparée en deux groupes. Les hommes sont fusillés dans les granges, alors que les femmes et les enfants de moins de quatorze ans sont brûlés vifs dans l’église. En une journée six cent quarante-deux personnes sont assassinées. Des hommes il n’y eut que cinq survivants alors qu’une seule femme s’échappa de l’église en feu.

Lorsqu’ils quittent Oradour, Diekmann demande à ses hommes de garder le silence, au besoin de dire qu’il y avait une cache d’armes appartenant à la résistance pour justifier la répression. Puis quelques jours plus tard un contingent vient effacer les traces du massacre, déblayant le village et jetant dans une fosse commune les corps des victimes. Le drame connu, Helmut Kämpfe dont la disparition est à l’origine du massacre, est exécuté par les FTP.

Carcasse d’une Peugeot 202 au milieu des ruines (août 2017). Crédit photo : Davdavlhu — CC

Carcasse d’une Peugeot 202 au milieu des ruines (août 2017). Crédit photo : Davdavlhu — CC

Dans toute la région, les représailles se multiplient. Quelques jours seulement après le drame d’Oradour-sur-Glane, une colonne allemande composée de soldats SS de l’escadron Böde fait régner la terreur en capturant puis en exécutant des otages, et en incendiant plusieurs maisons et granges de Saint-Cyprien et des alentours.

Mais Oradour reste le plus grand massacre de civils commis en France, atteignant une violence paroxystique comme en témoignent les rares témoins qui en ont échappés. Inexplicable militairement, il puise peut-être son sens pour les officiers SS dans ce qu’ils appellent « la part du sang », achevant ainsi la formation des recrus en leur faisant commettre des actes odieux dictés par les horreurs de la guerre et l’idéologie nationale socialiste qui les imprègne. Ses membres, généralement de très jeunes hommes, ont combattu sur le front de l’Est ou vivent dans la proximité de militaires ayant combattu en Russie, tous se perçoivent comme une unité militaire d’élite qui a déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans. En outre, les directives de l’état-major les autorisent à conduire des représailles qui resteront, le pensent -ils, impunies.

Oradour n’est pas un cas isolé en Europe occidentale, des massacres assez semblables sont commis par les allemandes, notamment à Marzabotto, ou Distomo (ce dernier perpétré lui aussi le 10 juin 1944), et qui transposent sur le front de l’Ouest des pratiques courantes sur le front de l’Est, comme le relate le film « Requiem pour un massacre », fiction russe d’Elem Klimov et qui décrit sans complaisance, la destruction d’un village biélorusse.

Connue pour sa valeur combative, la division l’est également pour sa brutalité, ses nombreuses violences et crimes de guerre commis quotidiennement sur le front de l’Est, en Ukraine ou Biélorussie ou plusieurs centaines de villages ont été intégralement détruits et leurs habitants massacrés. En France son nom reste indissolublement associé aux massacres commis en juin 1944 à Tulle, à Combeauvert, à Argenton-sur-Creuse à Oradour-sur-Glane

Soldat de la « Das Reich » mort près de son semi-chenillé SdKfz 251 en Normandie (12 août 1944). Crédit photo : National Archives USA, US Army Photograph – CC

Soldat de la « Das Reich » mort près de son semi-chenillé SdKfz 251 en Normandie (12 août 1944). Crédit photo : National Archives USA, US Army Photograph – CC

Arrivée sur le front de Normandie, la division va quasiment être annihilée. Reconstituée une nouvelle fois, elle participe à la bataille des Ardennes, puis à la bataille d’Allemagne ou elle n’est plus que l’ombre d’elle-même avant de définitivement disparaître dans les ruines du troisième Reich, et seuls subsisteront les innombrables massacres auquel elle a attaché son nom.

Publié dans Articles de Presse

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