Libération de Paris : «Je lui ai mis deux balles dans la tempe, et voilà…»

Publié le par Le Parisien par Charles de Saint Sauveur

Madeleine Riffaud avait 19 ans quand elle a abattu un officier allemand sur un pont de Paris, le 23 juillet 1944. Un mois plus tard, elle participait, armes à la main, à la Libération. Nous l’avons rencontrée.

La résistante Madeleine Riffaud, 94 ans, est l’une des dernières grandes figures de la libération de Paris. AFP/Natalie Handel

La résistante Madeleine Riffaud, 94 ans, est l’une des dernières grandes figures de la libération de Paris. AFP/Natalie Handel

Cette fois, elle ne viendra pas. La faute à son genou droit qui la tourmente trop. Les commémorations du 75e anniversaire de la libération de Paris, le week-end prochain, se dérouleront donc sans l'une de ses dernières grandes figures : Madeleine Riffaud, alias Rainer. C'est sous ce nom de résistante que le 23 juillet 1944, à 19 ans, elle avait abattu un officier allemand.

La petite dame aux mille vies - poétesse, amie d'Eluard et Picasso, reporter de guerre, aide soignante… -, qui nous reçoit dans son salon où se dissipent les dernières volutes d'un cigarillo cubain, aura 95 ans ce vendredi. Les stores de son appartement, niché en plein cœur du Marais, ont été baissés, pour ménager ses yeux fatigués. Reste son regard, aussi impérieux qu'il devait être il y a 75 ans, quand elle s'est mise en chasse d'une cible à éliminer.

« Tous debout et chacun son boche! » Madeleine avait reçu cinq sur cinq l'injonction du Parti communiste, où elle avait adhéré début 1944 pour rejoindre les maigres rangs de la lutte armée. Après le débarquement allié en Normandie, les opérations s'intensifiaient pour préparer le soulèvement parisien. « Le mot d'ordre qui circulait, c'était de faire une exécution sommaire en plein jour, pour montrer que c'était possible, que la peur changeait de camp… Sans but politique, ça n'aurait servi à rien », assène-t-elle, en lissant pensivement sa longue natte.

Mais c'est dur de tuer un homme. Même un nazi. Au sein du petit groupe de FTP (Francs-tireurs et partisans) dont elle a pris la tête, avec un dénommé Paul et son ami « Picpus », le tableau de chasse reste vierge. « Certains les ont eus au bout de leur revolver, mais ils ne sont pas arrivés à tirer. Un m'a dit : Rainer, je n'ai pas été élevé comme ça. Je lui ai répondu : moi non plus. »

Madeleine Riffaud le 25 août 1944./DR

Madeleine Riffaud le 25 août 1944./DR

« Les sentiments personnels, à cette époque, il fallait savoir les mettre de côté, mais ce n'était pas de gaieté de cœur vous savez… » Le problème, ajoute-t-elle, c'est que les Allemands se méfiaient. « Ils n'allaient plus au bordel la nuit, pour ne pas s'exposer. La ville devenait moins sûre pour eux, et nous n'étions pas nombreux dans la lutte armée. Mais on nous a dit : débrouillez-vous ! »

Dimanche 23 juillet 1944. Le soleil, éclatant, pousse tous les Parisiens dehors. « Je me suis dit : voilà une occasion ! » En début d'après-midi, Madeleine a rendez-vous dans le jardin de Notre-Dame avec Manuel, un résistant. « Je lui ai simplement dit : prête-moi Oscar, il faut que j'y aille. Il m'a donné ce que je voulais, sans un mot, et je suis partie… »

Publié dans Articles de Presse

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