ENTRETIEN. Jacques Chirac, « un Président sans grand dessein politique »

Publié le par Ouest-France par Pierrick Baudais

Quelle place va laisser Jacques Chirac dans l’Histoire ? Son bilan présidentiel est contrasté mais il a joui d’une forte popularité. Pour Michel Winock, historien, spécialiste des idées politiques, il ne marque pas la Ve République par un grand dessein. Entretien.

Jacques Chirac, "une carapace d'homme fort et un homme de coeur" - Archives Ouest-France

Jacques Chirac, "une carapace d'homme fort et un homme de coeur" - Archives Ouest-France

Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007, est mort à l’âge de 86 ans, ce jeudi. Un hommage populaire sera organisé dimanche aux Invalides. L’ancien Président sera inhumé le lendemain au cimetière du Montparnasse.

Michel Winock, historien, spécialiste des idées politiques et auteur de Charles de Gaulle, un rebelle habité par l’histoire (Gallimard, 128 p., 14,50 €) revient sur la place que le cinquième président de la Ve république va laisser dans l’histoire.

Les premiers présidents de la Ve République (de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand) ont marqué l’histoire. En diriez-vous autant de Jacques Chirac ?

Oui et non. Il a marqué le temps présidentiel pour avoir occupé le poste durant douze ans et pour avoir représenté la France durant tout ce temps. Mais lorsqu’on suit son évolution politique, qu’on lit ses discours, il change souvent d’avis par opportunisme politique. Je pense à l’Europe. Au moment de l’appel de Cochin, en 1978, il affiche des positions nationalistes. Et en 1992, c’est un fervent soutien du traité de Maastricht.

Diriez-vous comme l’historien René Rémond que Chirac s’intéressait moins aux idées qu’aux personnes et à l’action ?

Absolument. C’est un conquérant. Jacques Chirac sait parler aux foules, il s’y trouve bien. Il fait vibrer les cordes patriotique, sociale, populaire. C’est une bête politique. Il a subi des échecs mais a su se redresser. En revanche, on ne trouve pas chez lui de grand projet politique comme celui qu’avait élaboré Jacques Chaban-Delmas avec sa nouvelle société et sa volonté de transformer la France. Pour autant, il avait des principes. Il n’a jamais transigé avec le Front national.

Comment expliquer ce mystère : un bilan présidentiel contrasté et une forte popularité ?

Il reste deux grands discours. Celui de 1995 où il reconnaît la responsabilité de la France dans la déportation des juifs. Et celui prononcé par Dominique de Villepin, en 2003 – mais Chirac avait donné la direction à suivre – contre la guerre en Irak. Et puis il y a sa personnalité. Cette impression qu’il se cherche continuellement. Une carapace d’homme fort et un homme de cœur. Une image de brave type et quelqu’un de grande culture, incollable sur les civilisations d’Orient. Françoise Giroud a dit de lui : « Cet homme-là est du genre à lire de la poésie en se camouflant derrière un magazine Playboy. »

Sous la Ve République, contrairement à ce que dit la Constitution, le Président gouverne et non le Premier ministre. Il n’avait pourtant pas cette attitude lors de la cohabitation avec Lionel Jospin

Ce fut une cohabitation relativement apaisée, même si elle s’est durcie à l’approche des élections de 2002. À tel point que les Français s’y perdaient un peu, ne savaient plus vraiment qui gouvernait et ont pu penser qu’une seule classe politique subsistait. C’est l’une des raisons qui explique que Le Pen se retrouva au second tour.

Publié dans Articles de Presse

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