Héritiers ou musées, la justice doit dire à qui appartiennent trois toiles de Derain

Publié le par Le Figaro

Les descendants d’un galeriste juif spolié pendant la Deuxième Guerre mondiale réclament au ministère de la Culture la restitution de trois œuvres toiles peintes entre 1907 et 1910 par le grand fauviste: Paysage à Cassis, La Chapelle-sous-Crecy et Pinède, Cassis. La justice française doit trancher le litige ce jeudi 29 août.

La justice doit décider aujourd’hui 29 août 2019 qui de l’État ou des héritiers d’un galeriste juif spolié pendant la Guerre est propriétaire de trois toiles d’André Derain. Sur la photo le peintre fauviste en 1952. Rue des Archives

La justice doit décider aujourd’hui 29 août 2019 qui de l’État ou des héritiers d’un galeriste juif spolié pendant la Guerre est propriétaire de trois toiles d’André Derain. Sur la photo le peintre fauviste en 1952. Rue des Archives

La justice française doit désigner aujourd’hui jeudi 29 août les légitimes propriétaires de trois toiles du fauviste André Derain, tranchant un litige entre les héritiers d’un collectionneur d’art juif spolié et les musées qui exposent depuis des années ces tableaux.

Plus de 75 ans après l’Occupation, les descendants du grand galeriste parisien René Gimpel attendent encore de récupérer l’ensemble des œuvres spoliées ou disparues dans le tumulte de la guerre. Après des années d’enquête, ils affirment avoir retrouvé trois Derain, acquis par leur aïeul en 1921 à Paris.

La famille Gimpel réclame au ministère de la Culture la restitution de ces toiles peintes entre 1907 et 1910, Paysage à Cassis, La Chapelle-sous-Crecy et Pinède, Cassis, exposés pour les premiers au musée d’art moderne de Troyes et pour le troisième au musée Cantini de Marseille. Ils se fondent pour cela sur une ordonnance d’avril 1945 sur la nullité des actes de spoliation.

Ces œuvres ont voyagé, changé de nom, parfois été rentoilées: à l’audience, le 25 juin, les avocats du ministère et des musées avaient mis en doute la concordance entre les toiles réclamées et celles acquises par René Gimpel.

Les musées défendent la légalité des acquisitions

Pour l’avocat du ministère de la Culture, Me Aurélien Burel, les pièces fournies par la famille ne permettent pas de se forger «une certitude». Il a affirmé que le «livre de stock» présenté par la famille Gimpel n’était en fait «qu’un livre de mouvements» des œuvres entre Paris et New York, où le père de René Gimpel partagea un temps une galerie avec les marchands d’art Wildenstein. Les avocats des musées ont aussi défendu la légalité de leurs acquisitions, doutant qu’on puisse qualifier de «vente forcée» celle de la Pinède, orchestrée par des résistants et proches de Gimpel.

La famille Gimpel, qui a retrouvé la trace des tableaux au gré d’expositions, a dénoncé la mauvaise grâce de l’État français. Elle dit s’être heurtée à l’hostilité des musées depuis 2013 et s’est indignée de l’inertie de la France, pourtant signataire de l’accord de Washington de 1998 sur l’indemnisation des spoliations.

«Les tableaux changent tout le temps de noms. Vous vendrez mieux un Paysage aux jeunes filles qu’un Paysage avec des vaches... Gimpel était un marchand et il le savait», avait réagi sa petite-fille Claire Gimpel-Touchard, déplorant le temps perdu «alors qu’il aurait suffi d’aller consulter les archives familiales à Londres».

Il y a quelques mois, la justice française a confirmé en appel la restitution à ses descendants d’une gouache de Pissarro, La cueillette, détenue par des Américains qui l’avaient achetée légalement aux enchères. 

Publié dans Articles de Presse

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