1974, Valéry Giscard d’Estaing : l’alternance avant l’alternance ?

Publié le par Public Sénat par Mariétou Bâ

Son discours « d’adieu aux français », le texte de la réforme constitutionnelle d’octobre 1974, ou le dossier secret de sa campagne présidentielle… Pour la première fois réunies dans un documentaire, les archives du Président Valéry Giscard d’Estaing, nous offrent une nouvelle lecture d’un septennat marqué par les réformes.

1974, Valéry Giscard d’Estaing : l’alternance avant l’alternance ?

Quatre cents mètres d’archives, si on les met bout à bout. C’est ce que représentent les comptes-rendus de réunions, les lettres, et autres notes de Valéry Giscard d’Estaing, conservés aux Archives nationales.  Pour la première fois le réalisateur Pierre Bonte-Joseph dévoile ces documents et met en lumière dans un documentaire les coulisses des deux premières années du septennat de l’ancien Président.

Une rupture avec « l’ancien monde »

Si l’on peut penser que l’alternance politique s’est faite avec l’arrivée de la gauche en 1981, le début du mandat de Valéry Giscard d’Estaing est déjà porteur d’un projet de rupture avec « l’ancien monde », celui du gaullisme, et du pompidolisme c’est en tout cas la thèse développée dans le film.

A commencer par la cérémonie d’investiture le 25 mai 1974, qui inaugure des nouveaux codes. Contrairement à l’usage jusqu’ici, le Président nouvellement élu descend les Champs-Elysées à pied, en tenue de ville, et se fait présenter le grand collier de la Légion d’honneur, plutôt que de le porter. « Très franchement, c’était démodé », conclue-t-il.

Mais les changements ne vont pas être que protocolaires. Le film revient sur la rapidité des réformes entreprises - la fin des écoutes téléphoniques, fin des saisies de presse, la majorité à 18 ans - mais aussi la méthode du nouveau Président. L’historien Nicolas Vinci rappelle par exemple la manière dont Valéry Giscard d’Estaing a « sous politisé » le débat sur l’Interruption volontaire de grossesse, en choisissant l’angle du respect de l’Etat de droit, plutôt que le droit des femmes à disposer de leur corps. Une cause d’ailleurs défendue par la ministre de la Santé Simone Veil, et non la secrétaire d’Etat à la condition féminine, Françoise Giroud.

Des mesures sociétales, prises en à peine deux ans, qui se doublent d’une politique forte de réduction des inégalités avec l’augmentation par exemple de 23% du smic, ou l’augmentation du minimum vieillesse.

    « On est toujours sur l'idée que le changement ne conduit pas à la révolution mais au contraire, il l’éloigne. » Nicolas Vinci, historien, à propos de la politique réformatrice de Valéry Giscard d'Estaing.

« La démocratie n’est pas la capture du pouvoir »

Mais une des réformes les plus ambitieuses lancées par Valéry Giscard d’Estaing reste celle de la Constitution. Le texte voté le 21 octobre 1974 donne plus de pouvoir à l’opposition. Désormais soixante députés ou sénateurs peuvent saisir le Conseil constitutionnel, s’ils considèrent qu’une loi ne respecte pas le texte fondateur de la République.

Un tournant dans le fonctionnement de la Cinquième République où jusqu’ici le parti majoritaire concentrait les pouvoirs.  Aujourd’hui encore, à quarante-cinq ans d’intervalle, l’ancien président affirme toujours avec la même conviction que « la démocratie n’est pas la capture du pouvoir ».

A l’époque, Valéry Giscard d’Estaing veut rassembler « deux Français sur trois » autour de ses réformes, et évite à tout prix tout ce qui peut fracturer l’opinion. Comme l’explique Nicolas Vinci, la politique giscardienne s’appuie sur l’idée que « le changement ne conduit pas à la révolution mais au contraire, il l’éloigne ». Les premiers sondages donnent raison au Président, une majorité de Français est satisfaite des changements.

Portrait officiel du Président Valéry Giscard d'Estaing, Jacques-Henri Lartigue, 1974.

Portrait officiel du Président Valéry Giscard d'Estaing, Jacques-Henri Lartigue, 1974.

Réinterroger une période mésestimée

Puis les années passent et les membres de sa famille politique se divisent. Jacques Chirac, Premier ministre de l’époque, donne sa démission en 1976. La même année les mouvements sociaux se multiplient, le nombre de chômeurs passe de 400 000 à un plus d’un million, l’inflation grimpe et le deuxième choc pétrolier met à bas les marges de manœuvres budgétaires du gouvernement.

La mésentente et la fracture de la majorité ne permettent plus d’engager des réformes. Le programme de Valéry Giscard d’Estaing pour la campagne de 1981 sera plus conservateur, il « montre un rapport différent à l’immigration, ou encore à la sécurité » comme le souligne Nicolas Vinci.

Ponctué documents d’archives inédits et du témoignage de l’ancien Président, ce documentaire, d’une structure simple et efficace, offre un regard nouveau sur une période mésestimée.

Publié dans Articles de Presse

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