Affaire Dupont de Ligonnès. Pourquoi cette incroyable méprise ?

Publié le par Ouest-France par François Chrétien et Thomas Heng

L’homme arrêté vendredi à Glasgow, en Écosse, était un simple retraité, pris à tort pour Xavier Dupont de Ligonnès. Toute la presse s’est plantée, nous compris, voici pourquoi. Décryptage.

Samedi 12 octobre 2019, devant le 55 boulevard Schuman, à Nantes, la maison du crime dont la porte reste fermée sur ses mystères. | OUEST-FRANCE

Samedi 12 octobre 2019, devant le 55 boulevard Schuman, à Nantes, la maison du crime dont la porte reste fermée sur ses mystères. | OUEST-FRANCE

Le fugitif le plus recherché de France sous les verrous, après huit ans de cavale : vendredi soir, on en a fait le titre majeur de notre journal, comme la plupart de nos concurrents. Avant de déchanter le lendemain midi, quand l’ADN a parlé, ce juge infaillible. Le Francilien arrêté vendredi à l’aéroport de Glasgow n’est pas Xavier Dupont de Ligonnès...

Pourquoi cet incroyable retournement de situation, dans cette affaire hors normes ? Pourquoi, cette fois, s’est-on planté ? Retour sur la soirée, à la rédaction Ouest-France de Nantes, ville où la femme et les quatre enfants de Dupont de Ligonnès ont été retrouvés assassinés, en avril 2011.

Un message à creuser

Vers 20 h, un collègue fait-diversier reçoit un message. Ligonnès aurait été retrouvé, grâce à ses empreintes digitales. Il faut creuser. L’histoire se dessine assez rapidement, après plusieurs recoupements.

À l’origine, la police française à reçu un signalement selon lequel un homme présenté comme « XDDL » prenait l’avion de Roissy pour Glasgow. Mais trop tard pour intervenir en France. Ce sont donc les policiers écossais qui ont interpellé l’homme à sa descente d’avion. Les empreintes digitales correspondent, nous dit-on, à celle de la fiche de recherche Interpol. À ce stade, on considère qu’il nous manque au moins une source pour publier, mais le Parisien annonce l’information.

Dès lors, c’est le branle-bas de combat dans toutes les rédactions. Des journalistes qui étaient rentrés chez eux rappliquent à celle de Nantes. On parvient à recouper nos propres infos pour les mettre en ligne, comme le font l’AFP, Le Monde et d’autres dans la foulée.

Aucune voix officielle

Le reste de la soirée se passe en vérifications, en rédactions de rappels historiques, en recherches d’angles originaux pour notre site Internet et le journal papier, dont les premières éditions partent à l’impression. Les détails qui apparaissent peu à peu semblent concorder. Si c’est bien de Ligonnès qui a été interpellé, c’est qu’il voyage avec un passeport volé au nom de GJ et qu’il s’est remarié en Écosse…

Autour de 23 h, pas une source n’a émis le moindre doute. Tous les voyants sont au vert. Dans les coulisses judiciaires, la confiance est de mise. Ça n’avait jamais été le cas, sur ce dossier où, depuis huit ans, plus de mille signalements se sont terminés en impasses. À cette heure-là, aucune voix officielle ne s’exprime, ni à l’Intérieur, ni à la Justice, à l’exception du patron de la PJ nantaise qui annonce à nos confrères de Presse Océan :  « Enfin un signalement est bon […]. Les paluches (empreintes)  ont matché à Glasgow […] On le tient ».  

Jusqu’ici tout va bien. Le premier voile de doute est apparu à 0 h 26, avec la dépêche de l’AFP citant le procureur de Nantes, Pierre Sennès, qui invite à la prudence : « Il y a une suspicion sur les empreintes, mais c’est en cours de vérification. » Trop tard pour le journal papier.

Pendant la nuit, le doute a pris de l’épaisseur. Dès 7 h, les journalistes grattent. À 9 h, on fait part des doutes sur le site. Vers midi, la piste est pliée, dans une consternation générale. Les critères de comparaisons entre enquêteurs écossais et français ne sont pas les mêmes. Un homme a bien été arrêté : GJ, un retraité d’Ile-de-France, marié en Écosse, qui s’était semble-t-il fait voler des papiers en 2014. Il a été pris pour de Ligonnès. Pendant quelques heures, vendredi soir, tout le monde y a cru.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article