Armentières : ces morts de la Seconde Guerre mondiale qui vont sortir de l’oubli

Publié le par La Voix du Nord par Christelle Jeudy

Les premières pages du second livre de l’historien armentiérois, Hans Landler, sont écrites : après 14-18, il se plonge dans la Seconde Guerre mondiale et les témoignages sont déjà nombreux. Des histoires de vies brisées, partagées par des familles émues de voir que leurs disparus ne sont pas oubliés.

Micheline, la fille du policier Louis Leroy mort en mai 1940 sous les bombardements, a témoigné auprès d’Hans Landler.

Micheline, la fille du policier Louis Leroy mort en mai 1940 sous les bombardements, a témoigné auprès d’Hans Landler.

 1 Louis Leroy, policier mort le 24 mai 1940

Depuis la parution de notre premier article, en mai dernier, qui présentait le prochain livre d’Hans Landler sur la Seconde Guerre mondiale à Armentières, l’historien local a été contacté par de nombreuses familles. Il y a d’abord Micheline, 88 ans, et son petit-fils, David, qui ont tenu à évoquer la mémoire de Louis Leroy.

Louis Leroy était en service le 24 mai 1940 quand les premières bombes sont tombées rue du Nord, tuant près de 50 civils et lui avec.

Louis Leroy était en service le 24 mai 1940 quand les premières bombes sont tombées rue du Nord, tuant près de 50 civils et lui avec.

Ce dernier, père de Micheline, était policier à Armentières quand a eu lieu le terrible bombardement du 24 mai 1940 où 48 civils ont trouvé la mort près d’une boulangerie : c’était rue du Nord et Louis Leroy était ce jour-là en faction à un carrefour, « il y orientait les nombreux réfugiés, beaucoup de Belges, qui fuyaient en direction de Bailleul », précise Hans Landler qui a pu rencontrer la famille. « Le policier a entendu les stukas allemands arriver et a prévenu les réfugiés de s’abriter dans les maisons. Il a certainement sauvé des centaines de personnes », ajoute le président des Amis de la cité de la Toile.

Micheline, sa fille, avait alors dix ans et sa mère lui a raconté ce terrible jour où son père a perdu la vie dans l’exercice de ses fonctions. « Lui a pu être identifié car il portait son uniforme. Il restait un seul cercueil à Armentières, il était pour lui », ajoute Hans Landler. Le policier a ensuite été inhumé au cimetière d’Armentières, dans une fosse commune qui avait été creusée à la hâte. Son corps n’a été exhumé qu’en 1952 pour être enterré dans le caveau familial. Micheline habite toujours dans la maison de famille, à Armentières et son petit-fils, David, se fait son porte-parole. « Ma grand-mère n’en revient pas que près de 80 ans plus tard, on sorte ainsi son père de l’oubli grâce à ce livre que prépare Hans Landler », écrit-il ainsi à l’historien.

2 Une famille wattrelosienne décimée

Hans Landler a aussi rencontré, à Croix, Anne-Thérèse Dhelft, 68 ans aujourd’hui, dont les grands-parents et l’une de leurs filles ont été tués à Armentières dans le même bombardement du 24 mai 1940.

La famille Landrieu avant que les terribles bombardements armentiérois ne tue les parents et la petite-soeur, Anne-Marie, réfugiés le 24 mai 1940 dans l’épicerie de la rue du Nord.

La famille Landrieu avant que les terribles bombardements armentiérois ne tue les parents et la petite-soeur, Anne-Marie, réfugiés le 24 mai 1940 dans l’épicerie de la rue du Nord.

La famille Landrieu, Céline la maman, Émile le père, leurs trois filles Monique (15 ans), Marguerite-Marie (13 ans) et la plus petite, Anne-Marie, quittent en mai 1940 leur domicile de Wattrelos, fuyant l’arrivée des troupes allemandes. Deux autres enfants ont pu quitter la région mais le reste de la famille erre à pied dans la région. Ils veulent rejoindre Béthune où un train emmène les réfugiés dans le sud de la France. Mais le train est bondé, l’errance se poursuit, sur des routes attaquées par les avions allemands. Une nuit, des militaires français leur laissent leur place dans une grange pour dormir. Ils repartent vers Richebourg et Neuve Chapelle puis arrivent à Armentières l’après-midi du 24 mai : un prêtre leur propose de se reposer dans l’épicerie de la rue du Nord, une famille belge vient d’arriver quand la première bombe arrive. Les parents et la petite Anne-Marie sont tués, Marie-Marguerite (la mère d’Anne-Thérèse Dhelft) est sonnée.

Armentières : ces morts de la Seconde Guerre mondiale qui vont sortir de l’oubli

À l’hôpital d’Armentières, elle retrouve sa sœur Monique, blessée, qui devra être amputée. Les parents sont morts, enterrés au cimetière d’Armentières et ce n’est qu’en 1946 que le corps de la petite Anne-Marie les rejoint dans le caveau. Longtemps, Marguerite-Marie aura des frayeurs à chaque passage d’avion dans le ciel : elle est morte en 1996 en laissant son témoignage, précieux, à ses enfants. En 2015, ceux-ci ont déposé une gerbe et une photo de la famille Landrieu-Muylaert au pied du monument aux morts d’Armentières. « Ils sont tristes qu’il n’y ait aucune plaque pour rappeler le souvenir de leurs parents », ajoute Hans Landler.

Un café de la rue de Dunkerque détruit

À la Chapelle-d’Armentières, Hans Landler a aussi pu recueillir le témoignage de M. Lemaire, âgé de 91 ans. Il n’avait que douze ans quand Armentières a commencé à être bombardée en mai 1940. « Il se souvient être parti avec sa famille, direction la Vendée, mais arrêtés par des combats dans la Somme, ils sont finalement revenus dans la cité de la Toile le 29 mai malgré la présence des Allemands », explique Hans Landler.

La mère d’Anne-Thérèse Dhelft (notre photo), Marguerite-Marie Landrieu, a vécu le tragique bombardement de la rue du Nord dans lequel ont péri ses parents et l’une de ses soeurs.

La mère d’Anne-Thérèse Dhelft (notre photo), Marguerite-Marie Landrieu, a vécu le tragique bombardement de la rue du Nord dans lequel ont péri ses parents et l’une de ses soeurs.

À leur retour, le tabac que tenait le père de M. Lemaire rue de Dunkerque avait été totalement rasé. « Un tabac qui a été reconstruit au même endroit par la suite », ajoute Hans Landler qui attend encore les témoignages des familles armentiéroises pour poursuivre l’écriture de son livre. Les premières pages sont parties à la correction et la sortie de l’ouvrage est toujours espérée pour septembre 2020.

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Pour tout contact, hans.landler@wanadoo.fr

Publié dans Articles de Presse

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